Gasny
Tranché d'azur et de gueules ; au bâton en bande déjoint d'argent, haussé à dextre, abaissé à senestre et brochant sur la partition ; à la crosse d'or brochant en barre sur le tout, accompagnée au flanc dextre d'une palme contournée, au flanc senestre d'une fleur de lis et en pointe d'un léopard, le tout d'or.
- Département
- Eure (27)
- Communauté de communes
- Seine Normandie Agglomération
- Position
- Vallée de l'Epte, en Vexin normand, voisine immédiate de Gommecourt sur l'autre rive ; le bourg historique s'est développé sur une île de l'Epte.
Carte d'identité
Bourg de l'Eure (~3 000 habitants, les Ganytois), Gasny occupe l'extrémité orientale du département dans la vallée de l'Epte, à 10 km de Vernon et 6 km de Giverny. La commune, qui fait partie de Seine Normandie Agglomération (et non, contrairement à plusieurs de ses voisines, de la commune nouvelle de Vexin-sur-Epte), est limitrophe de Gommecourt sur l'autre rive de l'Epte. Outre le bourg, elle comprend plusieurs hameaux dont le principal, Le Mesnil Milon. Caractéristique singulière : le bourg historique s'est développé sur une île de l'Epte, à la confluence de plusieurs bras de la rivière, ce qui lui valut au Moyen Âge un rôle stratégique exceptionnel.
Une présence chrétienne précoce
La présence chrétienne y est attestée très tôt : selon la tradition, c'est dans l'oratoire de l'île de Gasny que s'opéraient, vers 660, des miracles qui attirèrent l'attention de l'archevêque de Rouen. Cet oratoire est l'un des premiers foyers chrétiens connus de la vallée de l'Epte, dans une zone où le christianisme s'enracinait depuis l'époque mérovingienne sous l'impulsion des grandes abbayes normandes — Fontenelle (Saint-Wandrille), Jumièges, Saint-Ouen de Rouen.
Le prieuré Saint-Nicaise et le réseau monastique
Une charte du duc de Normandie Richard II (début du XIᵉ siècle) en faveur de l'abbaye Saint-Ouen de Rouen donne à Gasny un poids monastique remarquable : le prieuré de Gasny y est désigné comme tête d'un vaste réseau de dépendances qui inclut les paroisses voisines de Fourges, Sainte-Geneviève, Giverny, Villez, Limetz-Villez, Bazincourt et plusieurs autres — soit l'essentiel de la vallée de l'Epte de part et d'autre du fleuve. Le prieuré bénédictin Saint-Nicaise, du XIIᵉ siècle, situé entre l'Epte et le carrefour Saint-Eustache vers La Roche-Guyon, est aujourd'hui inscrit aux Monuments Historiques (1991), même si ses bâtiments ont été pour l'essentiel détruits.
Le siège de 1118 et les contre-châteaux
L'épisode médiéval le plus mémorable de l'histoire de Gasny est le siège de 1118, dans le contexte de la guerre opposant le duc de Normandie Henri Iᵉʳ Beauclerc au roi de France Louis VI le Gros sur la frontière de l'Epte. Au printemps de cette année-là, une petite troupe française s'empara de Gasny par stratagème : selon les chroniqueurs Suger et Orderic Vital, les assaillants s'introduisirent dans la place en dissimulant leurs armes sous leurs capes, puis utilisèrent le clocher de l'église comme point fortifié improvisé pour s'y maintenir. La position était jugée sûre « à cause des eaux qui environnaient la place de tous côtés ».
La riposte du duc Henri Iᵉʳ ne se fit pas attendre : pour isoler les Français, il fit édifier deux contre-châteaux sur les éminences voisines — des fortifications rapides en terre et bois, et non des châteaux féodaux pérennes, qui reçurent des défenseurs français les surnoms moqueurs de « Malassis » et « Gîte du Lièvre » (en latin trulla leporis). Le premier, élevé sur la rive droite de l'Epte, fut localisé à Sainte-Geneviève-lès-Gasny ; le second, longtemps resté énigmatique, est aujourd'hui identifié à la motte de Bellevue sur la crête séparant les vallées de l'Epte et de la Seine, à Gommecourt. De ces ouvrages éphémères, démantelés peu après la fin du conflit, il ne subsiste plus aujourd'hui que de discrètes traces au sol — la motte de Bellevue n'est plus qu'une modeste élévation de terre — qui font l'objet d'un article dédié sur ce site. La paix qui suivit la bataille de Brémule (20 août 1119), où Henri Iᵉʳ l'emporta sur Louis VI, rendit ces fortifications de campagne obsolètes ; mais elles témoignent de la guerre permanente jouée pendant deux siècles le long de la frontière de l'Epte définie par le traité de Saint-Clair-sur-Epte de 911.
Une frontière administrative millénaire
Cette position frontalière trouve une traduction administrative persistante : Gasny relève du Vexin normand (et du Parlement de Rouen sous l'Ancien Régime, du département de l'Eure aujourd'hui), tandis que Gommecourt, à quelques mètres de l'autre côté de l'Epte, relève du Vexin français (parlement de Paris autrefois, Yvelines aujourd'hui). La frontière fixée par le traité de 911 a survécu, par les couches successives de la division administrative, à plus de onze siècles d'histoire.
Archéologie : le Camp du Baquet et Toisy
L'archéologie atteste enfin une présence très ancienne : au Camp du Baquet, dans le bois du Faÿ, une enceinte quadrilatérale aux fossés rectilignes, identifiée par les érudits du XIXᵉ siècle (Charpillon, abbé Caresme, Léon Coutil) comme un possible camp romain du Haut-Empire, contrôlait le passage de la voie romaine sud-nord franchissant l'Epte entre Sainte-Geneviève-lès-Gasny et la pointe du bois. La tradition locale situe également entre Fourges et Gasny l'ancienne cité gallo-romaine de Toisy, dont quelques vestiges ont été dégagés au XVIIIᵉ siècle. Au triège des Bruyères, les habitants exploitaient autrefois la pierre en abondance, prolongeant jusqu'à l'époque moderne une tradition d'exploitation locale du calcaire.
Les peintres aux abords de Gasny
La vallée de l'Epte attira plusieurs peintres dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Le plus marquant, le Belge César De Cock (1823-1904), proche de l'école de Barbizon, s'installa en 1862 à Sainte-Geneviève-lès-Gasny juste de l'autre côté de l'Epte, et y vécut jusqu'à sa mort en peignant inlassablement les paysages des deux communes — d'où le toponyme « Gasny » qui revient dans plusieurs titres de ses tableaux, exposés à l'époque au Salon de Paris et conservés aujourd'hui pour partie au Musée des Beaux-Arts de Gand. Charles Quecq (1796-1873), figure plus discrète, mourut au château de la même commune voisine. Cette présence artistique fait écho à la grande vague impressionniste qui touchera dans les mêmes décennies Giverny — colonie de Claude Monet à partir de 1883 — et qui irriguera tout le secteur Seine-Epte jusqu'à la Première Guerre mondiale.