Blason de Gasny

Gasny

Tranché d'azur et de gueules ; au bâton en bande déjoint d'argent, haussé à dextre, abaissé à senestre et brochant sur la partition ; à la crosse d'or brochant en barre sur le tout, accompagnée au flanc dextre d'une palme contournée, au flanc senestre d'une fleur de lis et en pointe d'un léopard, le tout d'or.

Vestiges du prieuré Saint-Nicaise à Gasny
Le prieuré bénédictin Saint-Nicaise (XIIᵉ siècle), inscrit aux Monuments Historiques en 1991, dépendait de l'abbaye Saint-Ouen de Rouen et étendait sa juridiction sur tout le secteur. CC BY-SA, via Wikimedia Commons
Carte de situation de Gasny dans le département de l'Eure
Situation de Gasny dans le département de l'Eure Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Eure (27)
Communauté de communes
Seine Normandie Agglomération
Position
Vallée de l'Epte, en Vexin normand, voisine immédiate de Gommecourt sur l'autre rive ; le bourg historique s'est développé sur une île de l'Epte.

Carte d'identité

Bourg de l'Eure (~3 000 habitants, les Ganytois), Gasny occupe l'extrémité orientale du département dans la vallée de l'Epte, à 10 km de Vernon et 6 km de Giverny. La commune, qui fait partie de Seine Normandie Agglomération (et non, contrairement à plusieurs de ses voisines, de la commune nouvelle de Vexin-sur-Epte), est limitrophe de Gommecourt sur l'autre rive de l'Epte. Outre le bourg, elle comprend plusieurs hameaux dont le principal, Le Mesnil Milon. Caractéristique singulière : le bourg historique s'est développé sur une île de l'Epte, à la confluence de plusieurs bras de la rivière, ce qui lui valut au Moyen Âge un rôle stratégique exceptionnel.

Une présence chrétienne précoce

La présence chrétienne y est attestée très tôt : selon la tradition, c'est dans l'oratoire de l'île de Gasny que s'opéraient, vers 660, des miracles qui attirèrent l'attention de l'archevêque de Rouen. Cet oratoire est l'un des premiers foyers chrétiens connus de la vallée de l'Epte, dans une zone où le christianisme s'enracinait depuis l'époque mérovingienne sous l'impulsion des grandes abbayes normandes — Fontenelle (Saint-Wandrille), Jumièges, Saint-Ouen de Rouen.

Le prieuré Saint-Nicaise et le réseau monastique

Une charte du duc de Normandie Richard II (début du XIᵉ siècle) en faveur de l'abbaye Saint-Ouen de Rouen donne à Gasny un poids monastique remarquable : le prieuré de Gasny y est désigné comme tête d'un vaste réseau de dépendances qui inclut les paroisses voisines de Fourges, Sainte-Geneviève, Giverny, Villez, Limetz-Villez, Bazincourt et plusieurs autres — soit l'essentiel de la vallée de l'Epte de part et d'autre du fleuve. Le prieuré bénédictin Saint-Nicaise, du XIIᵉ siècle, situé entre l'Epte et le carrefour Saint-Eustache vers La Roche-Guyon, est aujourd'hui inscrit aux Monuments Historiques (1991), même si ses bâtiments ont été pour l'essentiel détruits.

Le siège de 1118 et les contre-châteaux

L'épisode médiéval le plus mémorable de l'histoire de Gasny est le siège de 1118, dans le contexte de la guerre opposant le duc de Normandie Henri Iᵉʳ Beauclerc au roi de France Louis VI le Gros sur la frontière de l'Epte. Au printemps de cette année-là, une petite troupe française s'empara de Gasny par stratagème : selon les chroniqueurs Suger et Orderic Vital, les assaillants s'introduisirent dans la place en dissimulant leurs armes sous leurs capes, puis utilisèrent le clocher de l'église comme point fortifié improvisé pour s'y maintenir. La position était jugée sûre « à cause des eaux qui environnaient la place de tous côtés ».

La riposte du duc Henri Iᵉʳ ne se fit pas attendre : pour isoler les Français, il fit édifier deux contre-châteaux sur les éminences voisines — des fortifications rapides en terre et bois, et non des châteaux féodaux pérennes, qui reçurent des défenseurs français les surnoms moqueurs de « Malassis » et « Gîte du Lièvre » (en latin trulla leporis). Le premier, élevé sur la rive droite de l'Epte, fut localisé à Sainte-Geneviève-lès-Gasny ; le second, longtemps resté énigmatique, est aujourd'hui identifié à la motte de Bellevue sur la crête séparant les vallées de l'Epte et de la Seine, à Gommecourt. De ces ouvrages éphémères, démantelés peu après la fin du conflit, il ne subsiste plus aujourd'hui que de discrètes traces au sol — la motte de Bellevue n'est plus qu'une modeste élévation de terre — qui font l'objet d'un article dédié sur ce site. La paix qui suivit la bataille de Brémule (20 août 1119), où Henri Iᵉʳ l'emporta sur Louis VI, rendit ces fortifications de campagne obsolètes ; mais elles témoignent de la guerre permanente jouée pendant deux siècles le long de la frontière de l'Epte définie par le traité de Saint-Clair-sur-Epte de 911.

Une frontière administrative millénaire

Cette position frontalière trouve une traduction administrative persistante : Gasny relève du Vexin normand (et du Parlement de Rouen sous l'Ancien Régime, du département de l'Eure aujourd'hui), tandis que Gommecourt, à quelques mètres de l'autre côté de l'Epte, relève du Vexin français (parlement de Paris autrefois, Yvelines aujourd'hui). La frontière fixée par le traité de 911 a survécu, par les couches successives de la division administrative, à plus de onze siècles d'histoire.

Archéologie : le Camp du Baquet et Toisy

L'archéologie atteste enfin une présence très ancienne : au Camp du Baquet, dans le bois du Faÿ, une enceinte quadrilatérale aux fossés rectilignes, identifiée par les érudits du XIXᵉ siècle (Charpillon, abbé Caresme, Léon Coutil) comme un possible camp romain du Haut-Empire, contrôlait le passage de la voie romaine sud-nord franchissant l'Epte entre Sainte-Geneviève-lès-Gasny et la pointe du bois. La tradition locale situe également entre Fourges et Gasny l'ancienne cité gallo-romaine de Toisy, dont quelques vestiges ont été dégagés au XVIIIᵉ siècle. Au triège des Bruyères, les habitants exploitaient autrefois la pierre en abondance, prolongeant jusqu'à l'époque moderne une tradition d'exploitation locale du calcaire.

Les peintres aux abords de Gasny

La vallée de l'Epte attira plusieurs peintres dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Le plus marquant, le Belge César De Cock (1823-1904), proche de l'école de Barbizon, s'installa en 1862 à Sainte-Geneviève-lès-Gasny juste de l'autre côté de l'Epte, et y vécut jusqu'à sa mort en peignant inlassablement les paysages des deux communes — d'où le toponyme « Gasny » qui revient dans plusieurs titres de ses tableaux, exposés à l'époque au Salon de Paris et conservés aujourd'hui pour partie au Musée des Beaux-Arts de Gand. Charles Quecq (1796-1873), figure plus discrète, mourut au château de la même commune voisine. Cette présence artistique fait écho à la grande vague impressionniste qui touchera dans les mêmes décennies Giverny — colonie de Claude Monet à partir de 1883 — et qui irriguera tout le secteur Seine-Epte jusqu'à la Première Guerre mondiale.

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Blason de Genainville

Genainville

Écartelé : au premier d'azur semé de fleurs de lys d'or, au deuxième de gueules au temple antique d'argent maçonné et ouvert de sable, au troisième losangé d'or et de gueules, au quatrième d'argent au chat effarouché de sable allumé de sinople.

Le site archéologique des Vaux-de-la-Celle à Genainville
Le théâtre antique des Vaux-de-la-Celle, partie d'un sanctuaire monumental gallo-romain de 25 hectares classé MH en 1941. CC BY-SA, via Wikimedia Commons
Carte de situation de Genainville dans le département du Val-d'Oise
Situation de Genainville dans le département du Val-d'Oise Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Val-d'Oise (95)
Communauté de communes
CC du Vexin-Val de Seine
Position
Plateau du Vexin français, au nord des Buttes d'Arthies, autour de la vallée encaissée des Vaux-de-la-Celle — abrite l'un des plus importants sites archéologiques d'Île-de-France.

Carte d'identité

Petit village du plateau du Vexin français (~545 habitants, Genainvillois et Genainvilloises), Genainville s'étend sur 1 050 hectares au nord des Buttes d'Arthies, à environ 15 km au nord-est de Mantes-la-Jolie. La commune appartient à la communauté de communes du Vexin-Val de Seine et se distingue par une dispersion ancienne de son habitat : outre le bourg, le territoire historique comptait de nombreux écarts aujourd'hui disparus — Launay-d'Omerville, Morlu, Launay-Saint-Père, Les Logis, Les Dangers, et L'Autreville (l'Altera Villa où le monastère Saint-Père de Chartres avait acquis un manse en 986). Trois vallons aux eaux abondantes entaillent le plateau, dont celui de Préfontaine et celui des Vaux-de-la-Celle, qui font la singularité de la commune.

Toponymie

Le toponyme remonte au haut Moyen Âge : Ghinnachariovilla dans le testament d'Arthies, vers 690, où un seigneur mérovingien lègue à sa femme sa terre d'Arthies et à sa mère l'usufruit de plusieurs villae, dont celle de Genainville. Les formes médiévales évoluent ensuite — Genestivillam en 849 dans une charte de Charles le Chauve, Genezvilla en 1186 ; l'étymologie la plus probable, selon le toponymiste Ernest Nègre, renvoie au nom de personne roman Genesius« domaine rural de Genesius ». Une charte de 658 attribuée à la reine Bathilde, veuve de Clovis II, qui aurait partagé Genainville entre les moines de Chartres, de Jumièges et le chapitre de Reims, est aujourd'hui considérée comme un faux médiéval.

Le sanctuaire monumental des Vaux-de-la-Celle

Genainville doit sa renommée à son site archéologique des Vaux-de-la-Celle, considéré aujourd'hui — avec le site paléolithique de Pincevent — comme l'un des plus importants sites archéologiques d'Île-de-France. Sur une emprise de plus de 25 hectares, à cheval sur les coteaux et le fond du vallon, se déployait à l'époque gallo-romaine un sanctuaire monumental de premier ordre. Il comprenait un théâtre adossé au coteau, dont la cavea atteint environ 115 m de diamètre, un temple à double cella entouré d'un vaste péribole rectangulaire (111 × 77 m), un ensemble de bassins thérapeutiques (un nymphée orné de hauts-reliefs sculptés représentant des couples mythologiques, un bassin monumental accessible par un escalier), des bâtiments annexes et un système hydraulique sophistiqué qui captait la nappe phréatique pour alimenter les eaux sacrées.

Les fouilles, conduites de manière continue depuis 1935 par P. Orième, puis surtout par P.-H. Mitard (1963-1990s) pour le compte du Centre de recherches archéologiques du Vexin français, ont livré un mobilier d'exception : statues monumentales d'une déesse-mère et d'une nymphe, masque en tôle de bronze (ex-voto), tête aux yeux bandés, stèles inscrites VSLM (« s'est acquitté de son vœu de bon gré »), petits instruments médicaux à caractère ophtalmologique. L'ensemble évoque un sanctuaire à vocation thérapeutique, vraisemblablement dédié à une déesse des sources guérissant les maladies oculaires et digestives. Avant le sanctuaire, le site avait abrité un cimetière de l'âge du Fer (Hallstatt final / La Tène ancienne), où trente-deux inhumations et plusieurs sépultures à incinération ont été fouillées, accompagnées de fibules, bracelets, torques et anneaux d'oreille. Les monuments romains furent abandonnés dans la seconde moitié du IIIᵉ siècle — les couches de destruction sont datées des environs de 270 —, leurs ruines servant ensuite de carrière aux Vᵉ-VIᵉ siècles pour la fabrication de sarcophages et de stèles mérovingiennes. Le site est classé monument historique depuis le 9 août 1941 (complété en 1981) et inscrit dans la loi-programme de 1988 relative aux sites archéologiques nationaux à caractère majeur ; le mobilier est conservé au Musée archéologique départemental du Val-d'Oise à Guiry-en-Vexin.

Patrimoine bâti

Au cœur du village, l'église Saint-Pierre, à double nef et ornée d'un curieux labyrinthe, jouxtait le prieuré bénédictin Saint-Pierre dépendant de l'abbaye de Jumièges (Seine-Maritime), qui resta jusqu'en 1581 le seigneur principal de Genainville au spirituel comme au temporel — date à laquelle le prieuré fut réuni à la chartreuse de Bourbon-lès-Gaillon. Il en subsiste aujourd'hui une porte romane en plein cintre et une fenêtre géminée du XIIIᵉ siècle. La croix de cimetière, ornée d'une pietà au revers, est classée monument historique depuis le 7 décembre 1944. Une ferme seigneuriale fortifiée au hameau de La Bretèche, des moulins disparus sur le ru de Genainville, des fours à chaux dans les bois de Morlu et une ancienne usine de tire-bouchons complètent un patrimoine rural et industriel discret mais varié.

Rodolphe Salis et le « Chatnoir-ville-en-Vexin »

Au XIXᵉ siècle, le célèbre Rodolphe Salis (1851-1897), créateur du cabaret parisien Le Chat Noir à Montmartre, possédait une maison à Genainville, qu'il avait surnommée par jeu « Chatnoir-ville-en-Vexin ». Le chat effarouché du quatrième quartier du blason municipal en perpétue le souvenir.

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Blason de Gisors

Gisors

De gueules, à la croix engrêlée d'or, au chef d'azur, chargé de trois fleurs de lis d'or

Le donjon octogonal du château de Gisors sur sa motte castrale
Le donjon octogonal du château de Gisors (XIIᵉ siècle), juché sur sa motte de vingt mètres de hauteur — verrou militaire du Vexin normand pendant deux siècles de guerre franco-anglaise. CC BY-SA, via Wikimedia Commons
Carte de situation de Gisors dans le département de l'Eure
Situation de Gisors dans le département de l'Eure Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Eure (27)
Communauté de communes
Communauté de communes du Vexin Normand
Position
Sous-préfecture historique du Vexin normand, à environ 30 km au nord de Gommecourt, au confluent de l'Epte et de la Troesne ; forteresse-frontière capétienne face aux Plantagenêts pendant deux siècles, et l'un des hauts lieux de la mythologie templière.

Carte d'identité

Sous-préfecture historique du Vexin normand, Gisors est une ville de 12 395 habitants (chiffres 2022, recensement Insee), les Gisorsiens et Gisorsiennes. La commune s'étend sur 1 667 hectares au confluent de l'Epte et de la Troesne, en bordure du département de l'Oise, à environ 30 km au nord de Gommecourt. Elle appartient à la communauté de communes du Vexin Normand et constitue le centre urbain principal de tout l'est du département de l'Eure. Sa position est exceptionnelle : la rivière Epte, qui matérialisait depuis le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911) la frontière entre la Normandie ducale et le domaine royal français, traverse précisément la ville et faisait de Gisors le verrou militaire de la frontière, à mi-chemin entre la Seine et la lisière nord du Vexin. La ville est aujourd'hui à la lisière du Vexin français — sa proximité immédiate avec le département de l'Oise et le Val-d'Oise rappelle cette situation historique de carrefour.

Toponymie et origines

Le toponyme Gisortium (latinisé) est attesté dès le haut Moyen Âge. L'étymologie reste discutée — certains érudits y voient une racine germanique, d'autres une formation gallo-romaine. La position au confluent de deux rivières, sur un plateau calcaire entaillé par l'Epte, en faisait un site naturel pour le passage : voies anciennes vers Rouen, vers Beauvais et vers la vallée de la Seine s'y croisaient depuis les temps protohistoriques. La ville antique n'a guère laissé de traces de premier plan — Gisors n'avait pas le statut d'agglomération secondaire à l'époque gallo-romaine —, mais le site servit de point de passage continu, et son nom paraît dans la documentation médiévale dès le XIᵉ siècle, en lien avec la fortification de la frontière de l'Epte par les ducs de Normandie.

Le château fort, théâtre de la rivalité capétienne-Plantagenêt

L'histoire de Gisors se confond pendant deux siècles avec celle de son château. L'édifice naît dans le contexte de la fortification de la frontière de l'Epte au lendemain de la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant : en 1097, son fils Guillaume le Roux, roi d'Angleterre et duc de Normandie, charge Robert de Bellême d'élever une forteresse pour faire face aux places fortes capétiennes de Chaumont, Trie et Boury. Un premier donjon de bois est édifié sur une motte artificielle de vingt mètres de hauteur — l'une des plus imposantes de Normandie. À partir du premier tiers du XIIᵉ siècle, les fortifications en bois sont remplacées par la pierre : le donjon octogonal massif qui domine encore aujourd'hui la ville prend la place de la tour de guet primitive, entouré d'une enceinte en pierre — la chemise — qui abrite chapelle et cuisine. Sous Henri II Plantagenêt (roi d'Angleterre et duc de Normandie de 1154 à 1189), une seconde campagne de travaux développe l'ensemble dans des proportions considérables : une vaste enceinte longue de plus de 800 mètres, protégée par huit tours, enveloppe le donjon central. Ces tours présentent une variété d'innovations architecturales notables — tour quadrangulaire à bec, tour en U, tour circulaire à plusieurs niveaux d'archères.

L'épisode le plus mémorable se joue à l'été 1193, alors que Richard Cœur de Lion, retour de la troisième croisade, est retenu prisonnier par l'empereur du Saint-Empire germanique. Profitant de cette captivité, Philippe Auguste revient sur ses pas et fait pression sur le gouverneur de la place. Le 20 juillet 1193, Gilbert de Vascœuil lui remet la forteresse. Philippe Auguste y entreprend immédiatement des travaux majeurs qui font de Gisors un modèle de l'architecture philippienne : il ajoute une barbacane orientée vers la ville, et surtout une imposante tour-maîtresse circulaire à trois niveaux et près de 28 mètres de haut, inspirée du donjon du Louvre — la « tour du Prisonnier », qui surveille à la fois la ville, le château et la campagne environnante. Le château devient l'une des résidences royales majeures du Capétien et matérialise dans le paysage la nouvelle emprise française sur le Vexin normand.

La forteresse change encore plusieurs fois de main au cours de la guerre de Cent Ans — prise par les Anglais en 1419 au terme d'un siège de trois semaines, elle n'est récupérée par la France qu'en 1449, quand les armées de Charles VII reconquièrent la Normandie. Avec la fin du conflit franco-anglais, le château perd sa raison d'être ; il est officiellement déclassé en 1591. La majorité des bâtiments est démantelée à la fin du XVIᵉ siècle, mais le donjon, la tour-maîtresse et plusieurs tours d'enceinte demeurent. Reconverti en prison sous l'Ancien Régime, le château laisse jusqu'à nous des graffitis spectaculaires gravés par les détenus dans les pierres de la tour du Prisonnier. Site classé Monument Historique avec ses jardins en 1940, il accueille aujourd'hui visites guidées et événements culturels, et reste le monument emblématique de la ville.

La collégiale Saint-Gervais-Saint-Protais

Aux dimensions de cathédrale — 70 mètres de long, 24 mètres de hauteur sous voûtes, cinq vaisseaux et six travées —, la collégiale Saint-Gervais-Saint-Protais est l'autre grand monument de la ville. Consacrée par le pape Calixte II en 1119, dans le contexte des opérations militaires de la frontière de l'Epte évoquées dans la notice de Gasny, elle voit sa nef ravagée par un incendie dès 1123. La tour centrale qui s'élève à la croisée du transept date du dernier quart du XIIᵉ siècle ; le chœur, du premier XIIIᵉ, est en style gothique rayonnant de l'Île-de-France. L'essentiel de l'édifice actuel a été reconstruit entre la fin du XVᵉ et la fin du XVIᵉ siècle en gothique flamboyant puis, pour la grosse tour sud-ouest mise en chantier en 1541 et la façade occidentale, dans le style de la Renaissance française. Au XIXᵉ siècle, Viollet-le-Duc la considérait comme l'une des églises les plus représentatives du gothique français.

L'édifice abrite un mobilier remarquable : sculpture monumentale d'arbre de Jessé datée de 1593, vitraux dont plusieurs réalisés par le célèbre atelier de Beauvais, transi du XVIᵉ siècle représentant un cadavre décomposé (rareté iconographique en Normandie), pilier sculpté de la confrérie des tanneurs, fragments de jubé. L'ensemble fait l'objet d'un classement au titre des Monuments Historiques dès la liste fondatrice de 1840, parmi les tout premiers édifices français protégés.

L'épisode templier et la légende du trésor

Gisors entretient avec l'ordre du Temple une histoire historiquement courte mais qui a généré une mythologie particulièrement tenace. En 1158, dans le cadre d'une trêve entre Louis VII et Henri II Plantagenêt, le château est confié à la garde des Templiers pour deux ans — trois chevaliers, Robert de Pirou, Tostes de Saint-Omer et Richard d'Hastings, en assurent l'administration jusqu'au mariage en 1160 d'Henri le Jeune avec Marguerite de France, qui restitue la forteresse à la dynastie Plantagenêt. À cet épisode bref s'ajoute un second, plus tardif et plus douloureux : à partir de mars 1310, quatre dignitaires de l'ordre y sont incarcérés pendant le procès du Temple — le grand-maître Jacques de Molay, Hugues de Pairaud, Geoffroy de Gonneville et Geoffroy de Charnay. Ils n'en sortiront qu'en mars 1314, conduits au bûcher de l'île aux Juifs à Paris.

De ces deux séjours templiers est née, au XXᵉ siècle, une mythologie luxuriante. À partir de 1944, le gardien du château, Roger Lhomoy, entreprend des fouilles clandestines dans les souterrains de la motte et affirme avoir découvert en mars 1946 une chapelle souterraine contenant trente coffres métalliques. La municipalité de l'époque, sceptique, fait reboucher les cavités et bétonner la cour. L'affaire serait restée locale si Gérard de Sède n'en avait fait le sujet de son livre Les Templiers sont parmi nous, ou l'énigme de Gisors (1962), succès de librairie qui lance la vogue de l'« énigme de Gisors » et lie le lieu à la chimère du Prieuré de Sion. André Malraux, alors ministre de la Culture, ordonne en 1964 des fouilles officielles du ministère, qui n'aboutissent à rien — sinon à déstabiliser les fondations du château. Les historiens spécialistes du Temple, eux, considèrent unanimement la légende sans fondement documentaire : aucun texte d'époque ne mentionne le transfert d'un quelconque trésor vers Gisors, et la place forte se trouvait sous contrôle royal direct depuis 1193, soit plus d'un siècle avant la rafle de 1307. La légende, néanmoins, demeure attachée à la ville et nourrit aujourd'hui encore le tourisme local.

Gisors et la frontière de l'Epte : un rôle articulé avec le secteur de Gommecourt

Si Gisors est éloignée de Gommecourt d'une trentaine de kilomètres, la ville participe directement de l'histoire du secteur. Les châtellenies de l'Epte — Gisors au nord, Saint-Clair-sur-Epte à mi-parcours, Bray-et-Lû, Dangu, puis enfin la place forte de Baudemont au sud, à proximité de La Roche-Guyon — composaient une ligne de défense continue de la frontière dite « ferrée », appuyée sur les places fortes capétiennes ou plantagenêts selon les périodes. Le siège de Gasny en 1118, le traité de Gisors de 1180 (où Henri II et Philippe Auguste se rencontrent sous l'orme légendaire dont la chute en 1188 marque symboliquement la rupture définitive entre les deux dynasties), la prise de 1193 par Philippe Auguste sont autant d'événements dont les répercussions se sont fait sentir jusqu'aux confins de l'actuel département des Yvelines. Gisors est, sur le plan stratégique, à la frontière nord de l'Epte ce que La Roche-Guyon est au confluent avec la Seine : la pointe émergée d'un dispositif militaire qui couvre tout l'axe.

Personnalités liées à Gisors

Gisors n'est pas qu'un théâtre d'événements militaires ; elle a vu naître ou résider plusieurs personnages historiques. Jean de Gisors (1133-1220), seigneur du lieu et fondateur de la ville anglaise de Portsmouth, est l'une des figures médiévales les plus célèbres associées à la cité. À l'époque moderne, le maître-verrier Romain Buron (1534-1575) y travailla aux vitraux de la collégiale. La famille Passy, installée à Gisors à partir de 1760, donna plusieurs générations d'hommes politiques, scientifiques et économistes, parmi lesquels Hippolyte Passy (1793-1880), ministre des Finances de Louis-Philippe puis de Louis-Napoléon. Marie-Pierre-Isidore de Blanmont, baron de Gisors (1770-1846), lieutenant-général de l'Empire et de la Restauration, a sa statue dans la ville. Jean-Baptiste-Joseph Duchesne (1770-1856), miniaturiste recherché sous l'Empire, y est né. Jacqueline Aimée Brohon (1731-1792), romancière un temps soutenue par Voltaire, mourut au couvent des Annonciades de Gisors. Frédéric François-Marsal (1874-1958), brièvement président du Conseil du 8 au 14 juin 1924, naquit à Gisors. Pablo Picasso (1881-1973) vécut entre 1930 et 1936 au château de Boisgeloup — au hameau dépendant de Gisors —, qu'il avait acquis pour y installer son atelier de sculpture ; il y créa l'essentiel de son œuvre sculptée des années trente, notamment la Tête de Marie-Thérèse Walter. Jean Bouret (1914-1979), écrivain, critique d'art et résistant, enseigna au collège de Gisors de 1936 à 1940.

Géographie et carrefour

Gisors est limitrophe de dix communes : Bazincourt-sur-Epte, Bézu-Saint-Éloi, Boury-en-Vexin (Oise), Chambors (Oise), Courcelles-lès-Gisors (Oise), Éragny-sur-Epte (Oise), Lattainville (Oise), Neaufles-Saint-Martin, Saint-Denis-le-Ferment et Trie-Château (Oise) — soit six communes sur dix dans le département voisin de l'Oise, configuration géographique singulière qui souligne le rôle de commune-charnière entre Normandie, Vexin français (par Magny et Cergy) et Vexin oisien. La ville est traversée par la route D 915 (axe nord-sud Beauvais-Vernon) et par la D 14, ainsi que par la ligne ferroviaire Paris-Gisors-Serqueux ouverte en 1869. Le bois de Gisors, dans la partie septentrionale du territoire, prolonge sur le plateau les forêts du Vexin normand.

Pour aller plus loin

Les ouvrages anciens majeurs sur Gisors sont l'Histoire de la ville de Gisors de Louis-Étienne Charpillon (juge de paix de la ville à partir de 1865) et le Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l'Eure publié en deux volumes par Charpillon et l'abbé Caresme en 1868 — source de référence également citée dans nos notices de Port-Mort et de Notre-Dame-de-l'Isle. Pour la légende templière, on lira avec prudence Gérard de Sède (Les Templiers sont parmi nous, 1962) et Jean Markale (Gisors et l'énigme des Templiers, 1986) — ouvrages divertissants mais qui ne reposent sur aucune base documentaire sérieuse.

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Giverny

Le jardin d'eau de Claude Monet à Giverny
Le pont japonais et le bassin aux nymphéas, créés par Claude Monet en 1893 sur un bras dérivé de l'Epte — source d'inspiration de la célèbre série des Nymphéas. CC BY-SA, via Wikimedia Commons
Carte de situation de Giverny dans le département de l'Eure
Situation de Giverny dans le département de l'Eure Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Eure (27)
Communauté de communes
Seine Normandie Agglomération
Position
Rive droite de la Seine à la confluence de l'Epte, en Vexin normand ; commune limitrophe de Limetz-Villez (78) et proche de Gasny — mondialement célèbre pour la maison et les jardins de Claude Monet.

Carte d'identité

Village de l'Eure d'environ 430 habitants (Givernois et Givernoises), Giverny s'étend sur 646 hectares à l'extrémité orientale du département, sur la rive droite de la Seine à sa confluence avec l'Epte. La commune appartient à Seine Normandie Agglomération et se situe à 3,5 km à l'est de Vernon et à environ 17 km au nord-ouest de Mantes-la-Jolie. Limitrophe de Limetz-Villez (Yvelines) et proche de Gasny, Giverny se trouve dans le Vexin bossu, paysage ondulé où de multiples vallons secs entaillent le plateau avant de rejoindre la vallée de l'Epte.

Toponymie et premières mentions

Le toponyme remonte au haut Moyen Âge sous la forme latine Giverniacum. La paroisse fut fondée sous les Mérovingiens et l'église placée sous le vocable de sainte Radegonde. Une charte de Charles le Chauve reconnut la possession de Giverny aux moines de l'abbaye de Saint-Denis-le-Ferment ; au XIᵉ siècle, le fief et l'église revinrent à la puissante abbaye Saint-Ouen de Rouen — le même prieuré qui détenait la juridiction sur Gasny et sur les paroisses voisines de Fourges, Limetz et Villez. Le village vécut longtemps de la viticulture et de l'agriculture sur ces coteaux bien exposés.

La Pierre de Sainte-Radegonde

Devant l'église, dans l'enceinte de l'ancien cimetière, subsiste la Pierre de Sainte-Radegonde, un dolmen en calcaire incrusté de rognons de silex, aujourd'hui en mauvais état : sa table, encore en place, mesure 2,26 m de long sur 2 m de large. Le mégalithe fit l'objet d'un pèlerinage populaire pendant des siècles — on venait y invoquer sainte Radegonde pour obtenir la guérison des maladies de peau — et le vicomte de Pulligny le signala dès 1879, avant que Léon Coutil ne l'intègre à son inventaire des dolmens de l'Eure en 1896. Ce dolmen rattache Giverny au réseau des monuments mégalithiques de la vallée de l'Epte (Dampsmesnil, Coppières, Boury…), témoins de la circulation des populations néolithiques le long de la rivière.

L'église Sainte-Radegonde

L'église Sainte-Radegonde est d'origine romane : l'abside en hémicycle, voûtée en cul-de-four et ornée de modillons à sujets grotesques, remonte aux XIᵉ-XIIᵉ siècles ; la nef conserve des maçonneries en opus spicatum de la même époque. Le reste de l'édifice a été reconstruit au XVᵉ siècle dans un style alternant flamboyant et Renaissance : la façade occidentale est percée d'une porte en anse de panier moulurée, les bas-côtés sont voûtés sur croisées d'ogives, et un clocher en charpente à flèche octogonale s'élève à la croisée du transept. Le mobilier comprend de belles statues en pierre (Vierge à l'Enfant du XVᵉ siècle, sainte Radegonde, saint Roch) et des fragments de verrières polychromes du XVIᵉ siècle. L'église, inscrite aux Monuments Historiques en 1927 (inscription étendue à l'ensemble en 2009), a fait l'objet d'une restauration complète au début des années 2020.

Claude Monet et le jardin d'eau

La renommée mondiale de Giverny tient évidemment à Claude Monet (1840-1926). Séduit par le paysage lors d'un trajet en train, le peintre s'installe au village en 1883 et loue une ancienne ferme, « Le Pressoir », qu'il achète en 1890. Il y aménage deux jardins extraordinaires : le Clos Normand, parterre de fleurs devant la maison, et le jardin d'eau, créé en 1893 grâce à une dérivation d'un bras de l'Epte, avec son célèbre pont japonais et son bassin de nymphéas — source d'inspiration de la série d'environ 250 toiles qui compte parmi les œuvres les plus célèbres de l'histoire de la peinture. Monet y vécut quarante-trois ans, jusqu'à sa mort le 5 décembre 1926 ; il repose dans le cimetière jouxtant l'église Sainte-Radegonde, en compagnie de sa famille. La maison et les jardins, classés Monument Historique depuis 1976 et labellisés Jardin Remarquable, attirent chaque année des centaines de milliers de visiteurs, faisant de Giverny le deuxième site le plus visité de Normandie après le Mont-Saint-Michel.

La colonie internationale d'artistes

La présence de Monet engendra un phénomène sans équivalent : dès 1885, une colonie internationale d'artistes — majoritairement américains — s'installa au village pour y peindre les paysages de la vallée de l'Epte. De six artistes en 1887, ils étaient une cinquantaine dès 1890, et près de 350 peintres de huit nationalités fréquentèrent Giverny jusqu'à la Première Guerre mondiale. L'auberge de Madame Baudy, sur la rue principale, devint leur quartier général, dotée d'un atelier dans le jardin. Parmi les figures marquantes de cette colonie : Theodore Robinson, Willard Metcalf, John Leslie Breck, Frederick Carl Frieseke, Guy Rose et Theodore Earl Butler — peintre américain devenu le gendre de Monet par son mariage avec Suzanne Hoschedé. Ce rayonnement artistique est aujourd'hui perpétué par le Musée des impressionnismes Giverny, héritier du musée d'Art Américain fondé en 1992 par la Terra Foundation for American Art.

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Gloton hameau (commune de Bennecourt)

Le hameau de Gloton au bord de la Seine
Le hameau de Gloton sur la rive droite de la Seine, face à Bonnières — lieu de villégiature de Zola, Cézanne et Monet dans les années 1860. CC BY-SA, via Wikimedia Commons
Carte de situation de Gloton (hameau de Bennecourt) dans le département des Yvelines
Situation de Gloton, hameau de la commune de Bennecourt, dans le département des Yvelines Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Yvelines (78)
Communauté de communes
CC Les Portes de l'Île-de-France
Position
Bord de Seine en amont de Bennecourt, face à Bonnières-sur-Seine et aux îles de la Seine ; sur la même rive que Gommecourt, dont il est voisin immédiat par Bennecourt — célèbre auberge des Aixois (Zola, Cézanne, Monet).

Carte d'identité

Gloton est un hameau de la commune de Bennecourt, situé en amont du bourg, au bord de la Seine, face à Bonnières-sur-Seine et aux longues îles boisées (La Croix, La Lorionne, le Motillon du Haut) qui parsèment ce méandre du fleuve. Avec Tripleval, c'est l'un des deux hameaux historiques de Bennecourt.

Origines médiévales et voie romaine

Le hameau est attesté dès le Moyen Âge dans la mouvance des seigneurs de La Roche-Guyon : au XIVᵉ siècle, Philippe de La Roche-Guyon (mort avant 1367) est dit seigneur de « Bennecourt et hameaux de Gloton, Tripleval et manoir de Jocourt ». Plus anciennement encore, la voie romaine n°18 reliant Vernonnet à Bonnières par la rive droite passait par Gloton, où elle bifurquait pour traverser la Seine — un carrefour de circulation qui explique l'ancienneté de l'occupation du site.

Les Aixois à l'auberge Dumont (1866)

Mais la célébrité de Gloton tient surtout à un épisode littéraire et artistique extraordinaire. Au printemps 1866, une bande de jeunes gens originaires d'Aix-en-Provence débarque à l'auberge du père Dumont (ou « de la mère Gigoux », du nom que Zola lui donnera plus tard dans ses écrits). Parmi eux : Émile Zola et Paul Cézanne, accompagnés de Baptistin Baille, Antony Valabrègue, Philippe Solari et le peintre Antoine Guillemet. Ce dernier, ami de Pissarro et élève de Corot, avait recommandé cette villégiature de bord de Seine. Les « Aixois », comme les villageois les surnomment vite, forment une joyeuse troupe de bohèmes barbus qui stupéfie les paysans. Zola raconte : « Ils arrivent en paletot, mais dès le soir, ils ont des chapeaux défoncés, des blouses bariolées de couleurs, des pantalons verdis par les herbes. »

Daubigny, Monet et Madame Baudy

Cézanne peint à Gloton le Bac à Bonnières et un portrait du « père Rouvel », beau-père de l'aubergiste. Zola, lui, revient régulièrement jusqu'en 1871, louant la maison Pernelle au bord de la Seine.

Le peintre paysagiste Charles-François Daubigny, qui sillonnait la Seine sur son bateau-atelier Le Bottin, accostait souvent à Gloton et y peignit notamment Le Village de Gloton et Le Bac à Gloton. C'est d'ailleurs sur la recommandation enthousiaste de Zola que Claude Monet, en 1868, vint à son tour s'installer à l'auberge Dumont avec Camille Doncieux et leur fils en bas âge. Il y peignit la célèbre toile La Seine à Bennecourt — la jeune femme assise à l'ombre sur la Grande Île, le regard tourné vers la descente du bac et la façade de l'auberge qui se reflète dans l'eau. Avant de trouver à Giverny sa résidence définitive en 1883, Monet avait donc découvert depuis Gloton les paysages de la vallée de l'Epte.

Mémoire de Zola dans son œuvre

Le hameau nourrit l'œuvre de Zola en profondeur : le conte « La Rivière » se situe explicitement à Gloton, et deux chapitres de L'Œuvre (1886) — le roman du peintre raté Claude Lantier, personnage largement inspiré de Cézanne — décrivent avec précision l'arrivée par le bac et le paysage de la rive. Le héros de Thérèse Raquin, Laurent, est fils d'un cultivateur de Jeufosse, la commune voisine. La descente du bac, autrefois au cœur de la vie du hameau, se distingue encore sur la berge ; l'ancienne auberge Dumont est aujourd'hui la boulangerie du village. Gloton fait partie du projet d'article dédié aux artistes de la région de Gommecourt, qui retracera le rôle de la vallée de la Seine et de l'Epte dans l'histoire de l'impressionnisme.

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Blason de Gommecourt

Gommecourt commune (avec son hameau de Clachaloze)

Parti, au premier d'argent et au second d'or au chef d'azur, aux deux fasces ondées du même brochant sur la partition, surmontées d'un fer de moulin parti de sable et d'or, adextré d'une grappe de raisin d'azur et senestré d'une autre grappe de raisin d'or… (blason commun à la commune et au hameau de Clachaloze ; les grappes de raisin évoquent le passé viticole du village).

Le bourg de Gommecourt - vue générale
Le bourg de Gommecourt, au cœur de la vallée de l'Epte — sur l'ancienne frontière entre Vexin français et Vexin normand. Photographie personnelle
Carte de situation de Gommecourt dans le département des Yvelines
Situation de Gommecourt dans le département des Yvelines Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Yvelines (78)
Communauté de communes
CC Les Portes de l'Île-de-France
Position
Confluence Seine-Epte (rive gauche de l'Epte, rive droite de la Seine), à la triple frontière des Yvelines (78), de l'Eure (27) et du Val-d'Oise (95) — carrefour géographique sur la longue durée.

Carte d'identité

Gommecourt est la commune souche de ce site, située aux confins du département des Yvelines, à la confluence de la Seine et de l'Epte. La commune se compose de deux pôles d'habitat distincts : le bourg de Gommecourt, étalé sur la rive gauche de l'Epte, dans une dépression ouverte vers la vallée encaissée de la rivière ; et le hameau de Clachaloze, village-rue tendu en bord de Seine au pied de la falaise crayeuse. Une arête rocheuse — la crête séparant les vallées de l'Epte et de la Seine — sépare les deux pôles. La commune compte aujourd'hui un peu plus de 600 habitants (Gommecourtois et Gommecourtoises) et appartient à la communauté de communes Les Portes de l'Île-de-France dont la ville-centre est Bonnières-sur-Seine.

Un carrefour, sur la très longue durée

La position de carrefour que Gommecourt occupe aujourd'hui n'est pas une particularité moderne : elle est au contraire le fil rouge de toute son histoire, et c'est elle qui structure l'ensemble de ce site. Dès l'âge du Fer, le territoire de l'actuelle commune se trouvait à la triple frontière entre trois peuples gaulois — les Véliocasses (Vexin), les Carnutes (au sud de la Seine) et les Aulerques Éburovices (à l'ouest de l'Epte) — comme le développe l'article Trois peuples gaulois au confluent. La frontière fixée par le traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911 entre Vexin français et Vexin normand n'a fait que réactiver, près de mille ans plus tard, une ligne de partage bien plus ancienne. Et la triple frontière départementale 78-27-95 d'aujourd'hui — Gommecourt borde l'Eure et le Val-d'Oise — n'est elle-même que la dernière strate, héritée de la Révolution, d'un découpage qui plonge ses racines deux mille ans en arrière. Carrefour de peuples, carrefour de royaumes, carrefour de départements : c'est bien la même logique géographique qui se répète d'une époque à l'autre.

Le toponyme et l'origine du village

Le nom de Gommecourt est attesté dès le haut Moyen Âge sous la forme latine Gomericuria« domaine rural de Gomer ». L'érudit Émile de La Bédollière (1861) note que la forme correcte aurait été Gomercourt, du nom de Gomer, qui aurait fondé le village « entre l'Epte et la Seine ». La formation toponymique est typique du haut Moyen Âge franc : un nom de personne germanique (Gomar, Gomher) suivi du latin curtis (domaine, exploitation rurale), comme dans Bennecourt, Heubécourt ou Haricourt voisins. Cette empreinte germanique du toponyme s'inscrit dans une zone où la colonisation franque a été particulièrement dense, à proximité immédiate du diplôme de Charles le Chauve (843-877) qui mentionne plusieurs paroisses de la région — et tout particulièrement le voisin Heubécourt sous la forme Hildbodi curtis en 862. L'article Toponymie de Gommecourt et environs développe l'ensemble des toponymes du secteur.

Repères historiques

Le territoire de Gommecourt est habité bien avant que n'apparaisse son nom écrit. Le plateau au-dessus de Clachaloze a livré des indices d'occupation paléolithique et néolithique, et le hameau lui-même se trouve dans le réseau des sites mégalithiques de la vallée de l'Epte (Dampsmesnil, Coppières, Boury). Les voies romaines, en particulier la voie n°18 reliant Vernonnet à Bonnières par la rive droite de la Seine, longeaient le territoire communal — assurant la fonction de carrefour que la commune n'a jamais cessé de jouer.

Le premier épisode mémorable bien documenté est la guerre franco-normande du début du XIIᵉ siècle. En 1118, dans le contexte du conflit opposant Henri Iᵉʳ Beauclerc à Louis VI le Gros sur la frontière de l'Epte, le duc de Normandie fit édifier sur la crête séparant les vallées de l'Epte et de la Seine un contre-château rapide en terre et bois pour assiéger les Français retranchés à Gasny. Cette fortification éphémère, surnommée par les défenseurs adverses « Gîte du Lièvre » (trulla leporis) en réponse au surnom moqueur du « Malassis » dressé symétriquement à Sainte-Geneviève-lès-Gasny, est aujourd'hui identifiée à la motte de Bellevue, qui fait l'objet d'un article dédié sur ce site.

La chaîne seigneuriale de Gommecourt est désormais clairement établie. La seigneurie appartint d'abord à la famille de Bus (XIVᵉ-XVIᵉ siècles), puis passa aux Mornay en 1571 (la même lignée qui possédait alors Villarceaux à Chaussy et le château de Lû à Bray-et-Lû). En 1615, François de Silly, comte puis duc de La Roche-Guyon, acheta la seigneurie de Gommecourt à la famille de Mornay le 30 août — acte qui rattache pour la première fois le bourg lui-même au domaine de la Roche-Guyon (Clachaloze, en revanche, faisait depuis 1399 au moins partie de la mouvance seigneuriale de La Roche-Guyon : voir la notice détaillée de ce hameau). À la mort de François de Silly en 1628, la seigneurie passa par alliance aux du Plessis-Liancourt (1632), puis aux La Rochefoucauld (c. 1670), qui la conserveront jusqu'à la Révolution. La dernière seigneuresse de Gommecourt fut, en 1789, Louise-Élisabeth de La Rochefoucauld, duchesse d'Enville (1716-1797), figure importante des Lumières et amie de Turgot, mère de Louis-Alexandre, le duc « ami du peuple » assassiné à Gisors en septembre 1792.

À la veille de la Révolution, la paroisse de Gommecourt comptait 677 habitants répartis en 179 feux. Son cahier de doléances, rédigé le 8 mars 1789 dans l'auditoire seigneurial, témoigne d'une « haute conscience politique » remarquable, défendant non seulement la cause du Tiers État mais plus particulièrement celle du « peuple des campagnes ». Son rédacteur fut probablement le curé Jean-Julien Avoine, qui sera élu peu après — le 5 décembre 1790 — évêque constitutionnel de Seine-et-Oise, dont le siège se trouvait à Versailles. Tout le détail de cette période mouvementée est développé dans les articles dédiés Les cahiers de doléances et Gommecourt et la période révolutionnaire.

Patrimoine bâti

L'église paroissiale, sous le vocable de Saint-Crépin et Saint-Crépinien — patrons des cordonniers, dont la fête le 25 octobre est traditionnellement liée aux travaux de traitement du cuir —, occupe le cœur du bourg. Elle fut, jusqu'à la fin du XIXᵉ siècle, ceinte de l'ancien cimetière paroissial, selon l'usage médiéval qui plaçait les morts au cœur même de la communauté des vivants. Au début du XXᵉ siècle (date à préciser), le cimetière fut déplacé en périphérie du village, et l'enclos funéraire qui entourait l'église a aujourd'hui disparu. L'édifice, remanié à plusieurs reprises, conserve les épitaphes de deux marchands de 1620 (Jacques Quédeville et Damien Jérôme) et un maître-autel ancien. Tout l'historique de l'édifice et de la communauté catholique du village est développé dans l'article Le catholicisme à Gommecourt.

Gommecourt possède également un temple protestant, situé sur la route du Temple, en direction de Bennecourt. Édifié entre 1848 et 1850 et aujourd'hui à l'abandon, il fait l'objet d'un article dédié : Le protestantisme à Gommecourt.

La Croix Monnier, située sur la route départementale reliant Gommecourt à Limetz-Villez, marque l'ancienne frontière entre les deux communes. De date d'édification inconnue, elle a été percutée et détruite par une voiture au début des années 2010, avant d'être patiemment restaurée par un artisan local — les fragments ayant été récupérés par un habitant attentif. Elle a été repositionnée à quelques mètres pour bien revenir, cette fois, dans les limites de Gommecourt. Petit témoignage des croix de chemin qui jalonnaient autrefois les routes du Vexin, la Croix Monnier illustre aussi la mémoire vive d'un patrimoine rural modeste mais cher à ses habitants.

Un passé viticole et industriel

Comme l'attestent les deux grappes de raisin qui figurent dans son blason, Gommecourt — et son hameau de Clachaloze — fut longtemps un village vigneron. La culture de la vigne en région parisienne remonte aux premiers siècles de notre ère, les Romains ayant introduit les premières vignes dans le bassin parisien dès le IVᵉ siècle ; elle connut une forte extension aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles avant de s'effondrer au XIXᵉ siècle sous le choc combiné des maladies, du développement du chemin de fer et de la concurrence des vins du Midi. L'histoire de cette viticulture régionale et locale est développée dans l'article La viticulture en vallée de Seine.

Le patrimoine industriel du XIXᵉ siècle est lui aussi remarquable, et témoigne d'une vitalité économique inattendue pour un village de cette taille. Le moulin Malgrain, sur un bras de l'Epte, mentionné dès 1712 (il payait alors 10 livres au duc de La Roche-Guyon), fut entièrement modernisé à la fin du XIXᵉ siècle : roue à aubes de 30 chevaux, cylindres mécaniques installés en 1892, capacité de production de 50 quintaux de farine par jour. À cette activité meunière s'ajouta un laminoir de zinc construit sur le même bras de l'Epte en 1876, qui fait de Gommecourt l'un des villages industriels actifs du Vexin à la Belle Époque. Les bâtiments du moulin sont encore visibles en bord de l'Epte, tandis que le laminoir, désaffecté, n'a pas survécu au XXᵉ siècle.

Mémoire de la Résistance

La rue Robert-Mennessier, qui relie le bourg à Gasny, porte le nom d'un résistant local mort durant la Seconde Guerre mondiale, le 25 août 1944. Une stèle commémorative a été élevée à l'emplacement même de sa mort, sur cette route, en hommage à son sacrifice — discrète mais persistante mémoire de l'engagement villageois face à l'Occupation. Un article dédié à Robert Mennessier est prévu.

Géographie et cadre naturel

La géographie de Gommecourt est dominée par la double façade sur l'Epte (à l'ouest) et sur la Seine (au sud, via le hameau de Clachaloze) — une configuration unique dans le secteur. Le bourg s'étend sur une cuvette ouverte, traversée par plusieurs petits rus tributaires de l'Epte ; le hameau de Clachaloze est un village-rue linéaire en bord de Seine. La commune est particulièrement riche en patrimoine naturel protégé : elle s'inscrit à la fois dans le site Natura 2000 de la vallée de l'Epte francilienne (zone de protection d'espèces rares — zannichellie des marais, balsamine des bois, agrion de Mercure, chabot) et dans le site Natura 2000 des Coteaux de la Seine, qui protège les falaises crayeuses et leur flore thermophile (hélianthème blanchâtre, astragale de Montpellier, phalangère à fleurs de lys). Les Coteaux de la Seine sont en outre classés réserve naturelle nationale depuis 2009 (267 hectares), et gérés par le Parc naturel régional du Vexin français, dont Gommecourt fait partie depuis sa création en 1995.

Le marais de Gommecourt, en fond de vallée de l'Epte, est un des hauts lieux de la biodiversité communale. Son lavoir, sa pompe à eau et son moulin Malgrain forment ensemble un parcours d'eau qui structure encore aujourd'hui la promenade dans le village (sentier du patrimoine du PNR Vexin français).

Vis-à-vis Seine et limites communales

Gommecourt n'est pas directement riveraine de la Seine : c'est son hameau de Clachaloze qui occupe le bord du fleuve. Le vis-à-vis bord-de-Seine s'établit ainsi entre Clachaloze et Freneuse sur la rive gauche, dans la grande boucle de Moisson. La commune borde par ailleurs cinq territoires voisins : Gasny à l'ouest sur l'autre rive de l'Epte, Sainte-Geneviève-lès-Gasny au nord-ouest sur cette même rive de l'Epte, Limetz-Villez au nord, Bennecourt à l'est, et La Roche-Guyon en aval — capitale historique de la châtellenie dont Clachaloze faisait partie depuis 1399 au moins.

Pour aller plus loin

L'ensemble du site gommecourt-et-environs.fr est consacré à l'histoire de la commune et de ses environs. Cette notice n'en propose qu'un résumé condensé : pour explorer chaque période et chaque thème, on se reportera aux pages thématiques du site (préhistoire, antiquité gallo-romaine, Moyen Âge, époque moderne, etc.) et aux articles dédiés — trois peuples gaulois au confluent, toponymie de Gommecourt et environs, motte de Bellevue, château de La Roche-Guyon, catholicisme, protestantisme, viticulture, cahiers de doléances, période révolutionnaire, roman Azraël de Jean Martet, monographie du village de Gommecourt (1899)…

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Blason de Guernes

Guernes

De gueules à la croix ondée d'or remplie d'azur, chargée d'une barque d'or et cantonnée en 1 et 4 de deux roses du même.

L'église Notre-Dame de Guernes (1948-1954)
L'église Notre-Dame de Guernes, édifice en béton armé reconstruit en 1948-1954 par l'abbé Grouet — abrite un retable polychrome XVIᵉ classé MH en 1904. CC BY-SA, via Wikimedia Commons
Carte de situation de Guernes dans le département des Yvelines
Situation de Guernes dans le département des Yvelines Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Yvelines (78)
Communauté de communes
CU Grand Paris Seine & Oise (GPS&O)
Position
Rive droite de la Seine, lové dans un méandre du fleuve (« boucle de Guernes »), face à Rosny-sur-Seine sur la rive gauche — village du Vexin français longtemps rattaché au duché-pairie de La Roche-Guyon.

Carte d'identité

Village du Vexin français des Yvelines (~1 100 habitants, Guernois), Guernes est lové dans la convexité d'un méandre de la Seine, sur la rive droite du fleuve, dans le nord-ouest du département à 5 km à l'ouest de Mantes-la-Jolie. La commune appartient à la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise (GPS&O, 73 communes) et au Parc naturel régional du Vexin français, et s'inscrit dans le site Natura 2000 de la Boucle de Moisson. Le territoire s'étend sur 854 hectares entre 15 et 71 mètres d'altitude, le long d'un coteau orienté plein sud. Communes limitrophes : Follainville-Dennemont, Mantes-la-Jolie, Méricourt, Rolleboise, Rosny-sur-Seine et Saint-Martin-la-Garenne (cette dernière sur la rive opposée du fleuve, dans la boucle de Moisson).

Du Néolithique au cimetière mérovingien

L'occupation du territoire remonte à la préhistoire : comme dans toutes les communes riveraines de la Seine dans le secteur (Freneuse, Moisson, Rolleboise, Mantes), les sablières et les exploitations de carrières ont livré à Guernes un abondant outillage lithique — bifaces, éclats de type Levallois, lames —, sans qu'on puisse en déduire pour autant l'existence d'un habitat permanent à l'époque néolithique.

L'occupation permanente est en revanche attestée au haut Moyen Âge. En 1954, la destruction d'un site au lieu-dit « la Bastille » — qui coïncide presque avec l'emplacement d'une église figurant sur la carte de Cassini — a permis la découverte de cinq sépultures mérovingiennes, dont trois en sarcophages de plâtre et deux en sarcophages de pierre. L'un des couvercles, en bâtière, est daté de la fin du VIᵉ ou du début du VIIᵉ siècle, ce qui place Guernes dans la longue série des sites funéraires mérovingiens identifiés tout au long de la vallée de la Seine — d'Amenucourt à Freneuse en passant par Bennecourt.

Un fief du duché-pairie de La Roche-Guyon

L'existence de la paroisse est attestée depuis le XIIIᵉ siècle. En 1257, Hugues de Lonroy se désiste de ses prétentions sur le patronage de la cure de Guernes. Dès le XVᵉ siècle, le village est rattaché à la châtellenie de La Roche-Guyon — ce qui marque le début d'une appartenance seigneuriale qui ne se démentira plus jusqu'à la Révolution.

En 1474, le fief de La Roche-Guyon passe à la famille de Silly par le mariage de Marie de La Roche avec Bertin de Silly (chambellan du roi Louis XI). En 1513, l'étendue du fief est précisée : il « s'étend de Copières et Arthies au nord à Rolleboise au sud, et de Aincourt et Guernes à l'est à Limetz à l'ouest ». Guernes constitue ainsi la borne orientale du domaine. Au milieu du XVIIIᵉ siècle, sous le duc Alexandre de La Rochefoucauld (1690-1762), le duché-pairie de La Roche-Guyon comprend une vingtaine de paroisses, dont Guernes — aux côtés de La Roche, Gommecourt, Clachaloze, Bennecourt, Limetz, Villez, Amenucourt, Roconval, Beauregard, Chérence, Coppières, Montreuil-sur-Epte, Haute-Isle, Chantemesle, Vétheuil, Aincourt, Saint-Martin-la-Garenne, Sandrancourt, Moisson, Rolleboise, Méricourt, Freneuse et Bonnières. Cette appartenance perdure jusqu'à la Révolution.

À la création des départements en 1791, Guernes fait partie du bureau d'enregistrement de La Roche-Guyon (jusqu'en 1810), preuve administrative supplémentaire de l'unité historique du secteur.

L'église Notre-Dame et son retable XVIᵉ

L'église Notre-Dame actuelle est un édifice contemporain en béton armé, construit entre 1948 et 1953 par les architectes Pierre Barniaud et Maurice Plançon sous l'impulsion de l'abbé Clément Grouet, et consacrée le 10 janvier 1954. Elle remplace une ancienne église du XVIᵉ siècle, consacrée le 24 juin 1520 sous le vocable de Notre-Dame de l'Assomption, dont le clocher s'était effondré le 10 janvier 1924 après l'Angélus de midi ; le bâtiment, jugé dangereux, fut démoli en 1948.

L'édifice neuf, classé monument historique pour ses qualités architecturales, abrite un ensemble remarquable déménagé de l'ancienne église : un retable polychrome en bois sculpté composé de bas-reliefs représentant les scènes de la Passion — classé monument historique au titre d'objet le 10 août 1904 — ainsi qu'un Christ du XIVᵉ siècle, une Vierge et un saint Jean du XVIᵉ siècle. Ses vingt-et-un vitraux sont l'œuvre du peintre Maurice Rocher (1918-1995), secondé par le peintre-verrier orléanais Jacques Degusseau ; ils constituent l'un des ensembles de vitraux contemporains les plus complets du département.

Maximilien Luce à Guernes

Au début du XXᵉ siècle, le peintre néo-impressionniste Maximilien Luce (1858-1941), familier du secteur depuis sa découverte de Rolleboise en 1917, a peint à Guernes au moins deux toiles connues : L'Église et les champs et Bords de Seine à Guernes (années 1900, collections particulières). Élève de Carolus-Duran et compagnon de route de Pissarro et Signac, président de la Société des Artistes Indépendants à partir de 1935, Luce a sillonné toute la vallée de la Seine entre Mantes et Vernon, et ses toiles guernoises participent du même corpus que celles de Rolleboise. Voir l'article futur Artistes de la région de Gommecourt.

20 août 1944 : la première tête de pont américaine sur la rive droite

L'épisode le plus marquant de l'histoire contemporaine de Guernes est étroitement lié à la Libération. Le 20 août 1944, l'armée du général George S. Patton franchit la Seine sur un pont de bateaux reliant Guernes à Rosny-sur-Seine, et y établit la première tête de pont alliée sur la rive droite du fleuve dans le secteur — événement décisif pour la suite de la bataille du Vexin. Une stèle commémorative marque aujourd'hui le lieu du passage.

La veille, le 19 août 1944, deux résistants locaux, André Mandon et Roger Girardat, se sont illustrés lors des combats de la Libération : ils tentèrent d'obtenir la reddition des Allemands afin d'éviter un bombardement américain du village. Leurs noms sont aujourd'hui honorés sur deux plaques commémoratives apposées dans le village.

Le domaine régional de Flicourt et le bac de Rosny

À l'ouest du territoire communal, le domaine régional de Flicourt (37 hectares) — ancienne sablière réaménagée par l'Agence des espaces verts d'Île-de-France — est aujourd'hui un conservatoire de biodiversité intégré au PNR du Vexin français et au site Natura 2000 de la Boucle de Moisson. Il accueille une faune diversifiée d'oiseaux aquatiques et constitue un des points d'observation ornithologique les plus remarquables de l'aval de Mantes.

Un bac saisonnier entre Rosny-sur-Seine et Guernes, remis en service de 2014 à 2017, a brièvement rétabli un passage de rive à rive interrompu depuis des décennies — souvenir des bacs traditionnels qui assuraient autrefois les liaisons entre les deux rives de la Seine, en l'absence de pont entre Mantes-la-Jolie et Bonnières.

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Blason de Haute-Isle

Haute-Isle

Blason à compléter — voir mairie.

L'église Notre-Dame-de-l'Annonciation, creusée dans la falaise crayeuse de Haute-Isle
L'église troglodytique Notre-Dame-de-l'Annonciation, unique en Île-de-France, creusée dans la falaise de craie en 1670-1673. CC BY-SA, via Wikimedia Commons
Carte de situation de Haute-Isle dans le département du Val-d'Oise
Situation de Haute-Isle dans le département du Val-d'Oise Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Val-d'Oise (95)
Communauté de communes
CC Vexin Val de Seine
Position
Rive droite de la Seine, sur la falaise crayeuse, entre La Roche-Guyon (à l'ouest) et Vétheuil (à l'est) — étroite bande de 600 m de large entre fleuve et plateau, abrite l'unique église troglodytique d'Île-de-France.

Carte d'identité

Haute-Isle est une petite commune du Val-d'Oise (~250 hectares, un peu plus de 200 habitants) qui occupe sur la rive droite de la Seine une bande étroite de 600 mètres de large, étagée entre 15 et 149 mètres d'altitude. Elle s'inscrit dans le long cordon de villages adossés à la falaise crayeuse qui court sur la rive nord-est, en aval de Mantes — depuis Bennecourt à l'extrémité ouest jusqu'à Saint-Martin-la-Garenne à l'extrémité est, en passant par Clachaloze (hameau de Gommecourt), La Roche-Guyon et Vétheuil. La commune appartient à la communauté de communes Vexin Val de Seine et au Parc naturel régional du Vexin français. Elle compte un hameau, Chantemesle, situé à un kilomètre à l'est du bourg principal.

L'église troglodytique, unique en Île-de-France

La singularité de Haute-Isle tient à son église paroissiale Notre-Dame-de-l'Annonciation, entièrement creusée dans la falaise de craie en 1670-1673 — un cas unique en Île-de-France. Seul son clocher émerge en maçonnerie d'un ressaut gazonné au-dessus de l'épaulement crayeux dans lequel s'ouvrent les fenêtres de la nef ; même la façade extérieure n'est rien d'autre que la roche laissée en place. La nef unique est entièrement excavée dans le rocher, et le chœur — creusé dans le prolongement de la nef — est clos d'une clôture en bois provenant, selon la tradition, de la chapelle du palais de justice de Rouen ; le retable en bois sculpté du XVIIᵉ siècle s'insère harmonieusement dans cet univers minéral. L'édifice est inscrit à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques (ISMH) depuis 1926, classement motivé par le caractère insolite du lieu de culte et par la rareté des églises troglodytiques.

L'église fut fondée par Nicolas Dongois, seigneur du lieu et greffier au Parlement de Paris, lors du détachement des hameaux de Haute-Isle et Chantemesle de la paroisse de Chérence — paroisse dont les habitants devaient auparavant gravir un long sentier escarpé et dangereux pour gagner l'église, surtout en hiver. Les premières cérémonies eurent lieu dès l'été 1671. Pour réaliser cet édifice insolite, Dongois — qui avait fait sa fortune dans la magistrature et serait anobli en 1709 — fit tailler dans la craie un sanctuaire de 26 mètres de long pour 8 mètres de large et 8 mètres de haut, garni d'ornements liturgiques offerts à l'occasion de l'ouverture, dont une partie sera plus tard donnée par la famille Gilbert de Voisins qui hérita du domaine.

Boileau et l'Épître VI à Lamoignon

Nicolas Dongois était le neveu du grand poète satirique Nicolas Boileau-Despréaux (1636-1711). Le poète, presque du même âge que son neveu (il avait à peine plus de quelques années d'écart), séjourna régulièrement et dès sa jeunesse au manoir de Haute-Isle. C'est là qu'il composa, en 1677, une de ses œuvres les plus célèbres — l'Épître VI à M. de Lamoignon, où il décrit avec précision le hameau, la falaise crayeuse, les îles de la Seine et l'habitat troglodytique :

« Du lieu qui m'y retient veux-tu voir le tableau ? C'est un petit village, ou plutôt un hameau, Bâti sur le penchant d'un long rang de collines, D'où l'œil s'égare au loin dans les plaines voisines. La Seine, au pied des monts que son flot vient laver, Voit du sein de ses eaux vingt îles s'élever (…) Une roche au-dessus forme un amphithéâtre, Qui ne connaît ni la chaux ni le plâtre ; Et dans le roc, qui cède et se coupe aisément, Chacun s'y peut tailler de sa main son logement. »

Les vers sont d'une étonnante exactitude documentaire : ils décrivent un Haute-Isle reconnaissable presque sans changement trois siècles plus tard, et constituent l'une des plus anciennes évocations littéraires de l'habitat troglodytique seinois.

Habitat troglodytique

L'habitat troglodytique justement, à Haute-Isle, ne se résume pas à l'église : il s'étage sur près de 80 mètres de hauteur dans la falaise. Ces boves, occupées au moins depuis le haut Moyen Âge, ont longtemps servi de logements modestes, de caves, de granges ou d'annexes des fermes implantées en façade ; certaines abritaient encore des familles à la veille de la Première Guerre mondiale. Le monument aux morts de la commune, œuvre des sculpteurs Lanctuit et Bourdelle, a d'ailleurs été aménagé après 1918 dans une de ces baies de la falaise — alliance singulière du minéral et de la mémoire. Cet habitat troglodytique, héritage d'une longue tradition d'occupation de la craie campanienne — tendre et facile à tailler — est commun à toutes les communes du long coteau rive nord-est, de Bennecourt à Saint-Martin-la-Garenne.

Un passé viticole

Malgré la forte pente du coteau, la viticulture y était autrefois omniprésente : le cadastre de 1819 conserve la trace des lieux-dits Rouges-Vignes et Vignes-au-Grand, qui rappellent que ces terres calcaires orientées plein sud produisaient un vin de coteau apprécié. Comme partout en région parisienne, la culture de la vigne y remonte aux premiers siècles de notre ère, atteignit son apogée aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, et s'effondra au XIXᵉ. Les nouvelles techniques agricoles s'avérant incompatibles avec le relief accidenté, le versant s'est progressivement couvert de bois et de friches, qui représentent aujourd'hui 73 % du territoire communal. Plus de détails dans l'article La viticulture en vallée de Seine.

Un trésor carolingien aux Grottes du Colombier

L'antiquité du peuplement est attestée par plusieurs trouvailles archéologiques. Aux Grottes du Colombier, dans la falaise au-dessus du village, des fouilles ont mis au jour des fragments de verre gallo-romain, de la céramique mérovingienne et, surtout, un dépôt monétaire carolingien de 14 deniers et demi-deniers d'argent, dont 8 monnaies de Louis le Pieux (814-840), 3 de Charles le Chauve (843-877), 2 du règne d'Eudes (887-898) et une d'un atelier de Limoges — précieux témoignage des circulations monétaires de la vallée de la Seine au IXᵉ siècle, à l'époque où les incursions vikings bouleversaient la région.

Géographie et carrefour fluvial

À Haute-Isle, la Seine se ramifie en îles — d'où le nom de la commune, attesté dès le Moyen Âge sous la forme Alta Insula. Le hameau de Chantemesle, à un kilomètre à l'est, regarde le village de Moisson sur la rive opposée, à un endroit où les îles facilitaient autrefois la traversée du fleuve — l'un des points de passage de la grande boucle de Moisson. L'organisation de son parcellaire suggère un habitat médiéval protégé par une enceinte. À ses côtés, l'écart de Cocriomont, disparu depuis le XVIIIᵉ siècle, témoigne d'une occupation plus dispersée du coteau au Moyen Âge.

Comme tout le secteur, Haute-Isle est intégrée à la réserve naturelle nationale des Coteaux de la Seine (267 hectares, créée en 2009), qui protège la flore thermophile des coteaux crayeux exposés au sud.

Pour aller plus loin

Les liens internes ci-dessus renvoient vers les articles thématiques du site qui développent les périodes et thèmes ici simplement évoqués — antiquité, haut Moyen Âge, viticulture, et surtout l'article dédié au château de La Roche-Guyon, commune voisine dont l'histoire seigneuriale a longtemps embrassé Haute-Isle.

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Blason de Heubécourt-Haricourt

Heubécourt-Haricourt commune nouvelle (fusion 1965)

Blason à compléter — voir mairie.

L'église Notre-Dame d'Heubécourt
L'église Notre-Dame d'Heubécourt, des XIIᵉ-XIVᵉ et XIXᵉ siècles, recensée à l'inventaire général du patrimoine. CC BY-SA, via Wikimedia Commons
Carte de situation de Heubécourt-Haricourt dans le département de l'Eure
Situation de Heubécourt-Haricourt dans le département de l'Eure Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Eure (27)
Communauté de communes
Seine Normandie Agglomération (SNA)
Position
À 7 km au nord-ouest de Gasny et 9 km à l'est de Vernon, sur le plateau du Vexin normand (« Vexin bossu »), à environ 132 m d'altitude — toponyme Heubécourt attesté dès 862.

Carte d'identité

Heubécourt-Haricourt est une commune rurale du département de l'Eure (~460 habitants, Heubécourtois), située dans le canton des Andelys, à 7 km au nord-ouest de Gasny et 9 km à l'est de Vernon. Le territoire — environ 12 km² — s'étend sur le plateau du Vexin bossu (sous-ensemble du Vexin normand particulièrement vallonné), à une altitude moyenne de 132 mètres. La commune appartient à la communauté d'agglomération Seine Normandie Agglomération (SNA) et est limitrophe du Parc naturel régional du Vexin français, sans en faire elle-même partie — la frontière régionale et la limite du PNR coïncidant avec la rivière Epte qui passe à quelques kilomètres au sud-est.

Une commune issue d'une fusion (1965)

La commune dans sa forme actuelle est née le 1ᵉʳ janvier 1965 de la fusion simple de deux communes voisines : Heubécourt, qui comprenait déjà les hameaux de Coupigny et Grumesnil, et Haricourt, qui comprenait celui de La Queue d'Haye. Les quatre hameaux subsistent aujourd'hui comme entités géographiques distinctes, organisées autour du bourg principal d'Heubécourt — siège de la mairie. Cette fusion est typique du mouvement d'intégration des petites communes rurales que connut la France à partir des années 1960, mais elle a ici l'originalité de réunir deux paroisses anciennes, toutes deux dotées de leur propre église ou chapelle.

Repères historiques

L'origine du toponyme Heubécourt remonte au haut Moyen Âge : la première mention écrite figure dans le diplôme de Charles le Chauve de 862 sous la forme Hildbodi curtis« domaine rural de Hildbod », nom de personne germanique. Le suffixe latin -curtis (domaine, exploitation rurale) est typique des créations de l'époque mérovingienne et carolingienne, et caractéristique de cette zone du Vexin où la colonisation franque a été particulièrement dense : on le retrouve dans les communes voisines de Gommecourt (Gomericuria), Bennecourt, Tourny, et bien sûr Haricourt lui-même — formé sur le nom de personne germanique Hari + curtis. L'article Toponymie de Gommecourt et environs développe l'ensemble de ces formations toponymiques caractéristiques du secteur.

Les hameaux sont également porteurs de mémoire : Grumesnil est un toponyme normand classique en -mesnil (du latin mansionile, petite habitation rurale), tandis que Coupigny est un nom en -(in)iacum d'origine gallo-romaine qui suggère une occupation antérieure à la colonisation franque. La commune se trouve ainsi à l'articulation de deux couches toponymiques : un substrat gallo-romain (Coupigny) recouvert par les créations franques (Heubécourt, Haricourt).

Patrimoine

Un monument historique classé est inscrit sur le territoire communal : le manoir de Salverte, des XVᵉ et XVIᵉ siècles, élément patrimonial le plus remarquable de la commune. Classé au titre des Monuments Historiques pour ses qualités d'architecture domestique, il témoigne de la présence d'une petite seigneurie rurale active à la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance.

À ce monument classé s'ajoutent plusieurs éléments remarquables non protégés mais inventoriés : l'église Notre-Dame d'Heubécourt, des XIIᵉ, XIVᵉ et XIXᵉ siècles, recensée à l'inventaire général du patrimoine culturel, qui conserve des éléments de toutes les grandes périodes constructives du Moyen Âge ; la chapelle Saint-Gilles d'Haricourt, témoin de l'autonomie ancienne de la paroisse d'Haricourt avant la fusion de 1965 ; la croix de Grumesnil, la Croix de Pierre et la Croix du Grand Orme — ensemble de croix de chemin qui jalonnent les hameaux et témoignent d'une tradition de balisage rural et religieux du paysage ; le monument aux morts ; et le parc de Sillyvilla, propriété privée arborée.

Voisinage et appartenance régionale

Heubécourt-Haricourt est entourée de cinq communes contiguës : Gasny au sud-est (qui fait la jonction avec la vallée de l'Epte et le secteur de Gommecourt), Bois-Jérôme-Saint-Ouen au sud-ouest, Tilly au nord, Vernon à l'ouest, et Vexin-sur-Epte au nord-est — commune nouvelle créée en 2016 par fusion de plusieurs villages dont Tourny, Bus-Saint-Rémy et Saint-Clair-sur-Epte. Cette dernière voisine porte un nom évocateur de la position frontalière de toute la région : Heubécourt-Haricourt est en Vexin normand, tandis que la communauté de communes de Vexin-sur-Epte fait elle-même la jonction administrative entre les deux Vexins — héritage du traité de Saint-Clair-sur-Epte de 911 dont la frontière passait quelques kilomètres plus à l'est.

Pour aller plus loin

La toponymie d'Heubécourt et d'Haricourt s'inscrit dans un ensemble plus vaste de noms en -curtis du secteur, traités en détail dans l'article Toponymie de Gommecourt et environs. La période carolingienne, qui a vu la première mention écrite d'Heubécourt en 862, est par ailleurs développée dans la page Haut Moyen Âge.

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Blason de Jeufosse

Jeufosse commune déléguée de Notre-Dame-de-la-Mer (fusion 2019)

Blason de Notre-Dame-de-la-Mer, commune nouvelle dont Jeufosse est commune déléguée. Lys de la seigneurie de Blaru ; mitre de saint Germain de Paris (vocable de l'ancienne église paroissiale) ; étoile de Notre-Dame-de-la-Mer (vocable de la chapelle de pèlerinage).

La chapelle Notre-Dame-de-la-Mer dominant la Seine à Jeufosse
La chapelle Notre-Dame-de-la-Mer, reconstruite en 1866-1867 par l'abbé Le Barbu, dominant la vallée de la Seine — lieu de pèlerinage diocésain depuis 2002, érigé en mémoire de la délivrance des invasions vikings du IXᵉ siècle. CC BY-SA, via Wikimedia Commons
Carte de situation de Jeufosse dans le département des Yvelines
Situation de Jeufosse, commune déléguée de Notre-Dame-de-la-Mer, dans le département des Yvelines Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Yvelines (78)
Communauté de communes
CC Les Portes de l'Île-de-France
Position
Rive gauche de la Seine, à l'extrémité nord-ouest des Yvelines, face à Bennecourt et Limetz-Villez ; séparée de la rive droite par les îles de la Flotte et de la Merville — site historique majeur des incursions vikings sur la Seine au IXᵉ siècle.

Carte d'identité

Jeufosse est une ancienne commune des Yvelines (~430 habitants, Jeufossois) qui occupe sur la rive gauche de la Seine une bande étroite de plateau et de coteau, à l'extrémité nord-ouest du département, face à Bennecourt et Limetz-Villez sur l'autre rive. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2019, Jeufosse a fusionné avec sa voisine Port-Villez pour former la commune nouvelle de Notre-Dame-de-la-Mer, dont elle constitue le chef-lieu et où elle a le statut de commune déléguée. Le rivage communal s'étend sur 2,9 km le long du fleuve, séparé de la rive droite par les îles de la Flotte et de la Merville — sites historiques majeurs sur lesquels nous reviendrons. Jeufosse appartient à la communauté de communes Les Portes de l'Île-de-France, dont la ville-centre est Bonnières-sur-Seine.

Le toponyme : la « fosse de Givald »

Le nom de Jeufosse est d'une grande ancienneté et d'une formation toponymique caractéristique. Il est attesté sous la forme Fossa Givaldi au IXᵉ siècle, puis Guioltfossa, Giboufouse (XIIIᵉ siècle), Giefosse (1382) et Gieufosse (1420). Il est composé de l'anthroponyme germanique Givaldus (« Givald ») et du latin fossa — qui peut désigner soit une « fosse » au sens propre, soit un « mouillage » au sens médiéval, ce dernier sens étant particulièrement vraisemblable pour un site bordé par un fleuve fréquenté. Le nom signifierait donc littéralement « la fosse » ou « le mouillage » de Givald — vraisemblablement un colon franc d'époque mérovingienne ou carolingienne.

Le nom de personne germanique Givaldus, rare, se retrouve dans plusieurs toponymes en France : Geffosses (Manche), Géfosse (Calvados), un Givoldi fossa attesté à Abbeville, et de manière particulièrement intéressante Montjavoult (Oise, Monte Geuvoldi en 1157). Cette formation toponymique d'origine franque, courante dans le bassin parisien, est de la même famille que celles des villages voisins de la rive droite — Gommecourt, Bennecourt, Heubécourt — où le nom germanique s'attache cette fois au latin curtis plutôt qu'à fossa. L'ensemble des toponymes du cœur du secteur est traité dans l'article Toponymie de Gommecourt et environs.

Les Vikings à Jeufosse (IXᵉ-Xᵉ siècles)

C'est l'épisode historique le plus célèbre de Jeufosse, et l'un des plus importants de toute la moyenne vallée de la Seine. Au IXᵉ siècle, la Seine constitue la grande voie de pénétration des Vikings vers le cœur de la Francie occidentale, et le secteur de Jeufosse — où le fleuve s'élargit en un large bras parsemé d'îles facilement défendables — offre aux drakkars un site idéal pour s'établir en base arrière. La principale de ces bases est l'île de la Flotte, dont le nom même conserve la mémoire de cette occupation, et qui appartient encore aujourd'hui pour partie au territoire jeufossois (et pour partie à Bennecourt).

Entre 845 et 865, cinq raids vikings successifs partent de Jeufosse pour ravager la Seine en amont jusqu'à Paris. En 846, le chef Reignier y fait étape. De 852 à 856, Hosery y amarre ses barques et fortifie l'île de la Flotte, semant autour de lui « ruines et terreur » selon les chroniques. En 861, les chefs Brinon et Sidroc s'y cantonnent et harcèlent pendant plus de six mois l'armée de Charles le Chauve, roi des Francs — un fait d'armes qui résonne dans toutes les chroniques carolingiennes et que mentionnent les Annales de Saint-Bertin.

Un siècle plus tard, en 946, Jeufosse est encore le théâtre d'opérations militaires majeures. Le duc de Normandie Richard Iᵉʳ affronte alors le seigneur norvégien Harold, allié du roi des Francs Louis IV d'Outremer dans une tentative de récupérer le duché de Normandie. Après la bataille gagnée par Louis d'Outremer dans les plaines de Bonnières, Bennecourt et de Freneuse, les deux souverains se rencontrent à Jeufosse pour conclure la paix de Jeufosse, qui rétablit la Normandie dans ses anciennes limites — frontière de l'Epte issue du traité de Saint-Clair-sur-Epte de 911. Une dernière incursion scandinave est encore mentionnée en 965, à l'occasion d'une alliance entre Thibaud le Tricheur, comte de Chartres, et la mère remariée de Richard Iᵉʳ.

L'ensemble de cet épisode viking — qui justifie pleinement l'inclusion de Jeufosse dans le périmètre de notre site, où il sera développé dans la future page Haut Moyen Âge — fait de la commune un site historique de tout premier plan pour comprendre l'histoire du secteur Gommecourt-Bonnières au IXᵉ et au début du Xᵉ siècle.

La chapelle Notre-Dame-de-la-Mer

La mémoire de cette double délivrance — face aux Vikings du IXᵉ siècle, puis face à Harold en 946 — s'est cristallisée dans le vocable singulier de la chapelle qui domine le coteau de Jeufosse : Notre-Dame-de-la-Mer, en référence aux « hommes venus de la mer » que sont les Normands. Selon la tradition locale, une première chapelle aurait été élevée en 855, à l'extrémité de la seigneurie de Blaru, par les habitants de la Fosse Gevaud secondés par ceux de Limetz, en remerciement à la Vierge. Détruite par les huguenots au XVIᵉ siècle, elle est rebâtie au XVIIᵉ, cédée au prieuré de Chauffour, puis vendue comme bien national en 1794 et ruinée à la Révolution. C'est l'abbé Le Barbu, curé de Jeufosse, qui réussit en 1866-1867 à édifier la chapelle actuelle sur le coteau, où elle accueille à nouveau les pèlerins depuis lors. Restaurée à la fin du XIXᵉ siècle, elle abrite une statue du XVIᵉ et un riche programme de vitraux (Notre-Dame protectrice des bateliers, des laboureurs, et repoussant l'invasion normande).

Le pèlerinage s'est d'abord déroulé deux fois l'an, les premiers dimanches de mai et octobre, avant que Mgr Aumonier, évêque de Versailles, n'en fasse en 2002 un pèlerinage diocésain annuel célébré à l'Assomption, le 15 août. Ce pèlerinage, désormais soutenu par la communauté bénédictine voisine de Blaru, attire chaque année plusieurs centaines de fidèles. C'est en outre cette chapelle qui a donné son nom à la commune nouvelle de Notre-Dame-de-la-Mer créée en 2019.

L'ancienne église Saint-Germain

La commune conserve par ailleurs une ancienne église paroissiale, sous le vocable de saint Germain de Paris, inscrite au titre des Monuments Historiques par arrêté du 19 juin 1926. Aujourd'hui désaffectée — la chapelle Notre-Dame-de-la-Mer faisant office d'église paroissiale —, elle a été immortalisée par Claude Monet en 1893 dans son tableau L'Église de Jeufosse, temps de neige, l'un des nombreux paysages de la rive gauche de la Seine que le maître de Giverny a peints depuis sa résidence faisant face à Jeufosse.

Jeufosse vue par Monet et les peintres

La configuration du site — fleuve large et lumineux, îles boisées, coteau de craie, hameaux dispersés — a séduit plusieurs peintres de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle. Claude Monet, installé à Giverny à partir de 1883, est le plus célèbre d'entre eux : il a peint le secteur à de multiples reprises, notamment dans Paysage, bord de la Seine, près de Jeufosse (vers 1880), Le Bras de Jeufosse (1884), Printemps à Jeufosse (1884, conservé au Musée Barberini) ou encore L'Église de Jeufosse, temps de neige (1893). La peintre Georgette Agutte a également signé une Île de Jeufosse (1908, conservée au Musée de Grenoble), et Theodore Earl Butler — peintre américain de la colonie de Giverny et gendre de Monet — a peint Bateaux sur la Seine près de Port-Villez (1902).

Géographie et appartenance seigneuriale

Le territoire de Jeufosse s'étage entre le plateau dominant la Seine, le vaste talus boisé qui le sépare du fleuve, et l'étroite bande de rive — ensemble qui compose un paysage de transition entre le plateau du Vexin et la vallée. Les coteaux de la Seine de Jeufosse à Port-Villez sont inclus dans le site Natura 2000 des Coteaux et Boucles de la Seine (code FR1100797), pour leur intérêt biologique majeur (forêts de pente sur substrat crayeux, espèces submontagnardes). Sous l'Ancien Régime, le terroir était rattaché à la seigneurie de Blaru — importante baronnie du Mantois — jusqu'à la Révolution. L'île de la Flotte, prolongée par l'île de la Merville, reste partagée administrativement entre Jeufosse et Bennecourt, souvenir lointain des partages féodaux médiévaux.

Pour aller plus loin

La Société historique Hag'Dik, dont les travaux sur la Normandie ont fait référence pour la chronologie viking, fournit un aperçu détaillé des raids successifs sur la Seine entre 820 et 1020 ; ces sources seront mobilisées dans la future page Haut Moyen Âge du site.

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