Protohistoire – l'âge du fer
Gommecourt à la frontière de trois peuples gaulois : fermes enclosées, sanctuaires frontaliers, commerce du vin et conquête romaine dans le Vexin français (-800 à -52).
La Protohistoire : l'âge des Gaulois
De l'âge du Fer à la conquête romaine (-800 à -52)
Vue depuis les hauteurs de Gommecourt : la confluence Seine-Epte, un carrefour stratégique depuis 3000 ans
Introduction : Gommecourt à la croisée des mondes celtiques
Vers l'an 80 avant notre ère, un voyageur cheminant sur les hauteurs de Gommecourt aurait pu contempler un paysage déjà profondément façonné par l'homme. Les fumées s'élevant des fermes dispersées dans la campagne, les champs cultivés en lanières, les troupeaux paissant sur les coteaux — tout témoignait d'une société agricole prospère. Mais ce qui rendait ce lieu véritablement singulier n'était pas visible à l'œil nu : Gommecourt occupait une position géopolitique unique en Gaule, au point de rencontre de trois peuples gaulois distincts.
Au nord-est, au-delà de la Seine, s'étendait le territoire des Véliocasses, dont la capitale Rotomagus (l'actuelle Rouen) dominait la basse Seine. Au sud-ouest, de l'autre côté de l'Epte, les Aulerques Éburoviques contrôlaient un vaste territoire centré sur Mediolanum (Évreux). Et au sud, le long de la rive gauche de la Seine, commençait le domaine des puissants Carnutes, dont les terres s'étendaient jusqu'à Genabum (Orléans) et Autricum (Chartres), grenier à blé de la Gaule.
Cette triple frontière n'était pas un accident géographique : elle résultait de la rencontre naturelle de deux grandes voies d'eau — la Seine, axe commercial majeur reliant l'arrière-pays à la Manche, et l'Epte, affluent stratégique marquant une limite naturelle. Du carrefour d'échanges préhistorique naissait ainsi un carrefour politique gaulois.
Du silex au fer : huit siècles de mutations
L'âge du Fer, qui débute vers 800 avant notre ère et s'achève avec la conquête romaine en 52 avant J.-C., marque une rupture profonde avec la Préhistoire. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, les sociétés maîtrisent la métallurgie du fer — un métal bien plus abondant et performant que le bronze. De cette innovation découle un enchaînement de transformations qui touchent tous les aspects de la vie. L'agriculture s'intensifie : les araires garnis de fer ouvrent des terres plus lourdes, les défrichements se multiplient, et les surplus dégagés nourrissent une population croissante. L'artisanat se spécialise autour de ses forgerons, de ses potiers, de ses tisserands et de ses menuisiers. Aux premiers oppida — ces villes fortifiées de plusieurs dizaines d'hectares — répond une société de plus en plus hiérarchisée, dominée par une aristocratie guerrière et des druides influents, au-dessus des artisans libres et des populations dépendantes. La monnaie fait son apparition, frappée en or, en argent et en bronze dès le IIe siècle avant notre ère, tandis que le commerce à longue distance fait remonter le vin italien jusqu'aux fermes du Vexin, en échange de métaux, de sel et d'esclaves.
Gommecourt, observatoire d'une époque
Paradoxalement, Gommecourt lui-même n'a livré que peu de vestiges gaulois spectaculaires — pas d'oppidum fortifié, pas de sanctuaire monumental fouillé à ce jour. Mais c'est précisément cette apparente modestie qui en fait un site révélateur : Gommecourt représente le visage ordinaire de la Gaule gauloise, celui des fermes prospères, des artisans locaux, des communautés rurales qui formaient le tissu vivant des grandes civitates.
Les découvertes archéologiques dans les communes voisines — le sanctuaire de Bennecourt à quelques kilomètres, les fermes aristocratiques de la vallée de la Seine, le réseau de sites fortifiés — permettent de reconstituer le contexte dans lequel s'inscrivait la vie quotidienne des habitants de Gommecourt à l'âge du Fer.
Un fil rouge : le carrefour permanent
Comme nous l'avons vu dans l'article consacré à la Préhistoire, Gommecourt a toujours occupé une position de carrefour. À l'âge du Fer, cette fonction s'accentue et se politise. Le carrefour est d'abord géographique — la confluence Seine-Epte, ce passage obligé entre les plateaux et les vallées —, mais il devient aussi économique, par la circulation du sel, des métaux, du bétail et des céréales ; politique, puisque trois peuples puissants s'y rencontrent ; et même religieux, un réseau de sanctuaires frontaliers venant matérialiser les limites territoriales le long du fleuve.
Cette continuité remarquable — du carrefour préhistorique au carrefour gaulois, puis romain, puis médiéval — constitue le fil narratif de toute l'histoire de Gommecourt.
Repères chronologiques : l'âge du Fer en Gaule et dans le Vexin
Avant de plonger dans le détail de la vie gauloise, posons quelques jalons chronologiques essentiels. Les archéologues divisent l'âge du Fer en deux grandes périodes, du nom de sites archéologiques majeurs en Europe :
La frise chronologique de la Protohistoire
Les grandes phases de l'âge du Fer, du Hallstatt à La Tène finale
Les grandes phases
Le Hallstatt (-800 à -450)
Premier âge du Fer, du nom d'un site autrichien. Cette période voit l'émergence des premiers royaumes celtiques organisés, avec leurs "résidences princières" fortifiées et leurs tombes à char somptueuses. Dans le Bassin parisien, les témoignages restent rares : quelques objets métalliques isolés, quelques sépultures discrètes. Le Vexin semble alors peu peuplé ou mal documenté.
Pour Gommecourt : Aucun vestige hallstattien identifié à ce jour. La région est probablement occupée par des communautés agro-pastorales laissant peu de traces archéologiques.
La Tène ancienne et moyenne (-450 à -150)
Second âge du Fer, du nom d'un site suisse sur le lac de Neuchâtel. La civilisation celtique s'épanouit : art animalier stylisé, tombes à char, sanctuaires communautaires. Dans le Vexin, la documentation archéologique reste modeste : quelques habitats, quelques découvertes isolées (fibules, céramiques, monnaies).
Pour Gommecourt : Occupation probable mais mal connue. Quelques tessons de céramique et fragments métalliques suggèrent une présence humaine continue, sans doute sous forme de fermes dispersées.
La Tène finale (-150 à -52)
Période cruciale qui voit l'explosion démographique, économique et urbaine de la Gaule. C'est l'époque des grands oppida fortifiés (Vernon, Bibracte, Alésia), des sanctuaires monumentaux, du commerce massif avec le monde méditerranéen, de la monétarisation généralisée. C'est aussi la période la mieux documentée archéologiquement.
Pour Gommecourt et le Vexin : Occupation attestée par de nombreux sites. Présence d'amphores vinaires italiennes (Dressel 1A) dans les fermes, témoignant d'une aristocratie locale intégrée aux réseaux d'échanges. Multiplication des sanctuaires frontaliers.
| Période · Dates | Contexte général | ⭐ Vexin / Gommecourt |
|---|---|---|
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Hallstatt ancien –800 à –650 |
Premiers objets en fer · rares en Europe du nord | Occupation probable, non attestée |
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Hallstatt récent –650 à –450 |
Résidences princières · tombes à char | Aucun vestige identifié |
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La Tène A–B –450 à –250 |
Art celtique · premières monnaies · oppida naissants | Présence possible, peu documentée |
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La Tène C –250 à –150 |
Grands oppida · densification · monnaies frappées | Fermes dispersées sur le plateau du Vexin |
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La Tène D1 –150 à –80 |
Urbanisation · commerce longue distance · amphores | 🏛 Sanctuaire de Bennecourt (v. –120) |
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La Tène D2 –80 à –52 |
Apogée gauloise · importations massives de vin | 🏡 Fermes aristocratiques · vin d'Italie |
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Conquête romaine –58 à –52 |
Guerre des Gaules · défaite à Alésia (–52) | ⚔️ Transition · continuité d'occupation |
⭐ Données locales d'après l'archéologie du Vexin et des communes limitrophes
I. Géopolitique gauloise : Gommecourt au cœur d'une triple frontière
Le puzzle des peuples gaulois
Contrairement à une idée reçue, la Gaule de l'âge du Fer n'était pas un ensemble unifié, mais une mosaïque de civitates — des peuples-États organisés autour d'un territoire, d'institutions communes et d'une identité partagée. César en dénombre une soixantaine en Gaule chevelue (la Gaule hors de la province romaine du sud).
Ces civitates n'étaient pas de simples tribus nomades, mais de véritables entités politiques structurées. Chacune possédait sa capitale — un oppidum faisant office de centre administratif, religieux et commercial —, ses assemblées d'aristocrates délibérant sur la guerre, la paix et les alliances, et ses magistrats élus pour un an à la tête de la cité. Son territoire était délimité, parfois matérialisé par des sanctuaires frontaliers, et elle frappait ses propres monnaies, au nom de la civitas ou de ses magistrats.
Les trois civitates de Gommecourt
Les Véliocasses, Aulerques Éburoviques et Carnutes : Gommecourt à la triple frontière
Les Véliocasses : maîtres de la basse Seine
Au nord-est, au-delà de la Seine, les Véliocasses contrôlent toute la basse vallée du fleuve, de Mantes jusqu'à son embouchure, en englobant le Vexin normand et le nord du Vexin français. Leur capitale, Rotomagus — l'actuelle Rouen —, est déjà un grand port fluvial. Leur prospérité tient à l'eau : ils tiennent le trafic de la Seine entre l'arrière-pays et la Manche, complètent ce commerce par la céréaliculture et l'élevage bovin, et tirent du littoral le sel qui circule jusque dans les terres. César les range parmi les peuples belges, réputés plus belliqueux que les Gaulois du centre — réputation qu'ils confirment en 52 avant notre ère en levant dix mille guerriers pour la coalition de Vercingétorix. Au-delà de Rouen, leur territoire est jalonné de positions fortes comme l'oppidum de hauteur de Vernon. C'est sur leur frontière méridionale, là où la Seine les sépare des Carnutes, que se joue le destin de Gommecourt : le sanctuaire de Bennecourt, sur la rive véliocasse, fait face à celui de Bonnières, sur la rive carnute, comme deux sentinelles gardant le fleuve-frontière.
Les Aulerques Éburoviques : peuple de l'Eure
Au sud-ouest, de l'autre côté de l'Epte, s'étend le territoire des Aulerques Éburoviques, centré sur la vallée de l'Eure et débordant jusqu'à la Seine à l'est. Leur capitale est Mediolanum Aulercorum — Évreux —, relayée par l'immense sanctuaire fédéral de Gisacum, au Vieil-Évreux. Peuple d'agriculteurs et d'éleveurs, les Éburoviques occupent une position d'intermédiaires entre la vallée de la Seine et la Bretagne armoricaine, et se distinguent surtout par une intense tradition cultuelle : Gisacum, avec ses 250 hectares, deviendra l'un des plus grands sanctuaires de toute la Gaule romaine. Branche de la grande famille des Aulerques — aux côtés des Cénomans du Mans et des Diablintes de Jublains —, ils entretiennent une alliance étroite avec leurs voisins carnutes. Au nord, l'Epte leur sert probablement de frontière avec les Véliocasses ; au sud, la limite avec les Carnutes reste plus floue.
Les Carnutes : grenier à blé de la Gaule
Au sud enfin, le long de la rive gauche de la Seine, commence le domaine des puissants Carnutes — une vaste civitas qui s'étire de la vallée de la Loire, autour d'Orléans, jusqu'à la Seine près de Mantes, en englobant la Beauce, le Perche et une partie du Vexin. Elle s'organise autour de deux capitales : Genabum (Orléans), port fluvial sur la Loire, et Autricum (Chartres), son grand centre religieux. Sa richesse vient de la terre : sur les plateaux limoneux de la Beauce, l'agriculture intensive du blé et de l'orge a fait des Carnutes le grenier à blé de la Gaule, complété par un élevage important et un commerce fluvial actif sur la Loire comme sur la Seine. Mais c'est surtout leur prééminence religieuse qui frappe les contemporains : selon César, c'est en pays carnute, « qui passe pour occuper le centre de la Gaule », que se tient chaque année la grande assemblée des druides venus trancher les litiges de tout le pays. C'est encore d'eux que partira l'étincelle : en 52 avant notre ère, les Carnutes déclenchent le soulèvement général en massacrant les Romains installés à Genabum. Vers le nord, la Seine les sépare des Véliocasses ; ils en tiennent la rive gauche jusqu'à Bonnières, où leur sanctuaire fait pendant à celui de Bennecourt, et marquent encore leur présence cultuelle jusqu'au sanctuaire de Vaux-de-la-Celle, à Guiry.
Qui étaient ces trois peuples ? Quelle langue parlaient-ils, quels dieux priaient-ils, comment vivaient-ils ? Et que signifiait, au quotidien, habiter au carrefour de trois cultures celtiques ? → Véliocasses, Carnutes, Éburoviques : trois peuples au confluent
Gommecourt : un lieu de contact et d'échanges
La position de Gommecourt à la jonction des trois territoires n'est pas anodine, car les zones frontalières gauloises remplissaient des fonctions essentielles. Sur le plan économique, elles accueillaient les marchés et les foires où les trois peuples échangeaient leurs produits ; elles commandaient les passages obligés du commerce fluvial — avec, sans doute, le contrôle des gués et la perception de péages —, et elles faisaient se rencontrer des économies complémentaires, les céréales carnutes, le sel véliocasse et les productions éburoviques. Sur le plan politique, c'étaient des lieux de négociation entre tribus, d'alliances matrimoniales et de traités, mais aussi des zones tampons que les conflits pouvaient à l'occasion transformer en terrains disputés, étroitement surveillés. Sur le plan religieux enfin, la multiplication des sanctuaires frontaliers offrait autant de terrains neutres de rencontre, de marqueurs symboliques des limites territoriales et de lieux de pèlerinage inter-tribal où, le temps d'une fête, les différences s'estompaient.
Bien qu'aucun sanctuaire gaulois n'ait été formellement identifié sur le territoire communal, la proximité immédiate de Bennecourt (2 km), de Bonnières (5 km) et de Limetz-Villez (3 km) — tous dotés de sanctuaires ou d'occupations gauloises — suggère que Gommecourt participait pleinement à ce réseau frontalier.
Le réseau des sanctuaires : frontières sacralisées
L'une des particularités les plus remarquables du Vexin à l'âge du Fer est la concentration de sanctuaires en zones frontalières. Ces lieux de culte ne servaient pas uniquement à honorer les dieux : ils matérialisaient symboliquement les limites territoriales et offraient des espaces neutres où les peuples voisins pouvaient se rencontrer.
Bennecourt : le grand sanctuaire du confluent
C'est le site qui éclaire le mieux la vie religieuse de la région. Sur la Butte du Moulin à Vent, à la limite de Bennecourt et de Limetz-Villez, un sanctuaire domine la confluence Seine-Epte depuis une position chargée de sens : il s'élève à la frontière probable des Véliocasses, au nord-est, et des Aulerques Éburoviques, au sud-ouest, à quelques centaines de mètres seulement de la frontière carnute qui court sur la rive gauche de la Seine.
Dans sa phase gauloise — La Tène D1, vers 120 à 80 avant notre ère —, le lieu de culte prend la forme d'un enclos carré de 16,60 sur 14,80 mètres, ouvert vers l'est. En son centre s'élève un temple de bois, bâti au-dessus d'une fosse cultuelle souterraine — un autel en fosse —, et le sol de l'enceinte est soigneusement empierré d'un cailloutis de silex. Les fouilles y ont mis au jour les offrandes caractéristiques d'un grand sanctuaire celtique : de nombreuses monnaies gauloises rendues inutilisables — statères coupés, percés, burinés —, un important lot de fibules en fer offertes par les pèlerins, et une faune abondante, vestige des banquets sacrificiels où dominent le bœuf, le porc et le mouton. L'armement, en revanche, en est quasi absent : on est ici dans un sanctuaire pacifique, et non sur un lieu de dépôt guerrier.
Sa vocation se devine sans peine. Bennecourt est un grand lieu de pèlerinage régional, où des fidèles venus de plusieurs civitates honorent une divinité commune — peut-être une déesse des eaux, ce que suggérerait sa position au confluent. Les assemblées saisonnières en faisaient aussi un cadre de transactions commerciales et de négociations politiques. À l'époque romaine, le sanctuaire sera monumentalisé, doté de temples de pierre, sans rupture de fréquentation : l'activité cultuelle s'y poursuit jusqu'au IVe siècle de notre ère, soit plus de cinq siècles de continuité.
→ Pour l'histoire complète du site, voir la page dédiée : Le sanctuaire de Bennecourt.
Bonnières-sur-Seine : le sanctuaire carnute face à Bennecourt
Sur la rive opposée, au lieu-dit « Les Guinets », un second sanctuaire répond au premier. En territoire carnute, il fait directement face à Bennecourt, et cette symétrie est puissamment chargée de sens : deux lieux de culte se regardent de part et d'autre de la Seine-frontière. La prospection aérienne y a révélé un fossé ovalaire entourant le fanum gallo-romain — un tracé qui appartient probablement à un enclos de sanctuaire gaulois plus ancien. Les potins et bronzes gaulois recueillis sur place confirment d'ailleurs une fréquentation dès La Tène finale. Pendant carnute de Bennecourt, le sanctuaire des Guinets était à la fois un lieu de culte local et un point de rencontre entre les Carnutes et les populations de la rive droite. Son histoire fait l'objet d'un article spécifique : Bonnières, les Guinets.
Autres sanctuaires du réseau
Le maillage cultuel ne s'arrête pas au confluent. En aval, à Mézières-sur-Seine — sur le territoire de la Madrie, au nord-ouest des Yvelines —, un sanctuaire est attesté dès La Tène moyenne ; son mobilier, fait de monnaies typiques du pagus Madriacensis, de fibules et de céramiques, témoigne d'une fréquentation qui s'interrompt dès l'époque flavienne, au Ier siècle de notre ère. Sur le plateau carnute, à Septeuil, un probable sanctuaire gaulois occupe d'abord une position dominante à l'est du bourg actuel, avant de glisser vers le fond de vallée à l'époque augustéenne, où il devient un sanctuaire de source. Plus au nord, en territoire véliocasse, Vernon et Port-Villez couronnent les hauteurs d'oppida fortifiés dont la fonction n'est pas seulement défensive, mais aussi religieuse et commerciale.
Reconstitution de l'oppidum gaulois d'Épiais-Rhûs (Val-d'Oise), vers 100 av. J.-C. — exemple du type de site fortifié qui jalonnait le Vexin à la période laténienne. L'oppidum de Vernon, à une vingtaine de kilomètres de Gommecourt, présentait un profil comparable.
Enfin, à Guiry, le sanctuaire des Vaux-de-la-Celle, dédié à Mercure et à Rosmerta — divinités du commerce et de la prospérité —, illustre une fois encore la longue continuité de ces lieux saints, fréquentés sans interruption de l'époque gauloise à l'époque romaine.
Le réseau des sanctuaires frontaliers autour de Gommecourt : une frontière sacralisée
Pourquoi cette position a-t-elle tant compté ?
La géographie ne fait pas tout, mais elle conditionne beaucoup, et Gommecourt n'est pas devenu un carrefour par hasard. Tout part de l'eau : la confluence Seine-Epte y aligne deux axes de circulation complémentaires, la Seine ouvrant vers Rouen et la Manche au nord-ouest, vers Paris et la vallée de la Marne au sud-est, tandis que l'Epte relie l'arrière-pays éburovique. Le relief fait le reste, les coteaux qui dominent les deux vallées offrant à la fois des positions défensives naturelles et d'excellents points de surveillance sur les voies de passage. À cela s'ajoute la générosité des ressources : sols limoneux fertiles sur les plateaux, prairies humides dans les fonds de vallée, silex en abondance dans la craie, et calcaire lutétien pour la construction. Reste enfin une qualité plus subtile, celle d'une position intermédiaire — ni trop proche des centres de pouvoir tribaux, ni trop excentrée —, soit la définition même d'une zone de contact optimale.
Cette position stratégique, héritée de la géologie et exploitée dès la Préhistoire, trouve à l'âge du Fer sa pleine expression politique : Gommecourt devient un carrefour entre trois mondes gaulois.
II. L'économie gauloise : vivre et prospérer au bord de la Seine
Une agriculture déjà intensive
L'image du Gaulois chasseur et guerrier, popularisée par la bande dessinée, masque une réalité tout autre : la Gaule de La Tène finale est une société agricole avancée, dotée d'outils en fer performants et capable de dégager des surplus importants. Les Carnutes — dont le territoire jouxte Gommecourt au sud — sont précisément réputés pour la fertilité exceptionnelle de leurs terres. La Beauce, grenier à blé de la Gaule, commence à quelques kilomètres en amont de la Seine.
Sur les plateaux limoneux du Vexin, les paysans gaulois cultivent le blé épeautre, le blé amidonnier, l'orge et les légumineuses. Le seigle et l'avoine complètent les cultures sur les coteaux plus pauvres — exactement les mêmes distinctions de terroir que la monographie de l'instituteur de Gommecourt décrira encore à la fin du XIXe siècle, des siècles plus tard. Les araires et les charrues légères en fer permettent de travailler des terres plus lourdes qu'à l'âge du Bronze. Les meules rotatives en grès ou en calcaire — dont on a retrouvé des exemplaires dans toute la vallée de la Seine — remplacent les antiques va-et-vient pour moudre le grain.
Reconstitution d'une ferme enclosée gauloise sur les plateaux du Vexin
Dans les fonds de vallée, les prairies inondables offrent de riches pâturages pour les troupeaux. Bovins, porcs et moutons sont élevés non seulement pour la consommation alimentaire, mais aussi pour la traction, la laine, le cuir et — surtout pour l'aristocratie — pour les banquets sacrificiels qui rythment la vie sociale et religieuse.
La révolution du fer
Si les Gaulois ont laissé une empreinte durable dans l'histoire, c'est en grande partie grâce à leur maîtrise exceptionnelle de la métallurgie du fer. Partout où les archéologues fouillent les habitats ruraux du Vexin, ils retrouvent des scories de forge — ces résidus ferreux témoignant qu'à peu près chaque ferme possédait sa forge.
Le travail du métal n'est pas l'apanage de quelques artisans spécialisés : c'est une activité domestique courante, permettant de fabriquer et réparer outils agricoles, couteaux, fibules, ferrures. Les grands ateliers de forgerons, eux, produisent les lames d'épées longues caractéristiques de l'aristocratie guerrière, les umbos de boucliers, les fers de lances. Dans la région, plusieurs sites ont livré des concentrations importantes de scories, notamment à Arnouville-les-Mantes, révélant une véritable industrie métallurgique locale.
Pour Gommecourt et ses environs, les coteaux crayeux recèlent par endroits des nodules de limonite-goéthite, un minerai de fer d'accès facile. Sans être une grande région minière, le secteur pouvait alimenter une forge locale en matière première.
Le commerce fluvial : la Seine, autoroute gauloise
C'est sans doute dans le domaine commercial que la position de Gommecourt révèle tout son intérêt. La Seine est à l'âge du Fer ce que les autoroutes sont aujourd'hui : un axe de circulation majeur, à grande capacité de transport, drainant vers les ports côtiers les productions de l'intérieur des terres.
Flux d'échanges à la période gauloise : importations méditerranéennes remontant la Seine, exportations gauloises vers le sud et la Bretagne
Les bateaux gaulois sont de conception robuste — des embarcations à fond plat adaptées à la navigation fluviale, capables de transporter plusieurs tonnes de marchandises. Les sources antiques, notamment César et Strabon, mentionnent explicitement la densité du réseau commercial gaulois, et l'archéologie le confirme : les trouvailles de céramiques, monnaies et amphores dessinent avec précision les routes du commerce.
Vers Gommecourt et la Gaule intérieure remonte d'abord le vin d'Italie, transporté dans des amphores — surtout des Dressel 1A, rejointes plus tard par d'autres types — et importé massivement à partir du IIe siècle avant notre ère ; la présence de ces récipients dans les fermes reste le marqueur le plus éloquent de l'intégration des communautés locales aux réseaux méditerranéens. Avec lui voyagent la vaisselle de luxe — céramiques fines de Gaule centrale, coupes de bronze imitées des modèles italiens —, le sel de la côte normande indispensable à la conservation des aliments et à l'élevage, et même ces produits brittons, outils et ornements de bronze venus des îles, dont César signale le commerce entre Gaule belgique et Bretagne.
En sens inverse, la Seine emporte vers l'aval ce que produit l'arrière-pays. Au premier rang viennent les céréales carnutes, blé et orge en grande quantité, sans doute la principale exportation de la région ; suivent les métaux bruts et travaillés, le fer et le bronze, le bétail mené sur pied, et les textiles de laine aux couleurs vives qui ont fait la réputation des Gaulois. À ce cortège s'ajoute enfin une triste marchandise que mentionnent explicitement les sources antiques : les esclaves, monnaie d'échange privilégiée de la Gaule avec Rome.
Moins bien documentés, mais tout aussi réels, les échanges régionaux entre les trois civitates de Gommecourt complètent ce tableau : le sel véliocasse s'y troque contre les céréales carnutes, les productions artisanales locales — céramiques, fibules, outils — circulent sur de courtes distances, et le bétail comme les chevaux, pour lesquels les Gaulois nourrissent une passion bien attestée, changent régulièrement de mains.
« Les Gaulois achètent du vin à n'importe quel prix. À la limite, ils donnent un esclave contre une amphore. »
Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, V, 26
Cette phrase du chroniqueur grec, même dans son exagération rhétorique, dit quelque chose de vrai sur la valeur symbolique du vin dans la société aristocratique gauloise. Les amphores retrouvées dans les fermes du Vexin ne sont pas seulement des récipients : elles sont les témoins matériels d'un réseau commercial qui reliait les bords de l'Epte aux vignobles de la péninsule italienne, via les marchands marseillais et les voies fluviales de la Gaule.
On l'imagine volontiers s'écraser sur le bas-côté d'un chemin de terre, portée sur l'épaule d'un marchand transpirant. Et pourtant, l'amphore vinaire est l'un des objets archéologiques les plus voyageurs de l'Antiquité — et l'un des plus révélateurs.
Fabriquer une amphore italienne : les ateliers de la région tyrrhénienne (actuelle Toscane et Campanie) produisent à partir du IIe siècle avant J.-C. des millions d'amphores Dressel 1A — grandes jarres en céramique à paroi épaisse, panse ovoïde, deux anses robustes. Chacune contient environ 25 à 30 litres de vin. Elles sont colmatées avec un bouchon de liège et de la poix, puis entassées dans les cales des navires marchands.
Le voyage : La route la plus fréquentée passe par Marseille (Massalia), comptoir grec alliée de Rome, qui sert de plaque tournante. De là, le vin remonte soit par voie terrestre jusqu'au Rhône, soit directement par mer jusqu'aux ports de Bretagne et de la Manche. Les fleuves — Rhône, Loire, Saône, Seine — jouent un rôle essentiel pour atteindre l'intérieur des terres.
À Gommecourt : Des fragments d'amphores Dressel 1A ont été retrouvés dans plusieurs fermes de la vallée de la Seine, notamment à Limetz-Villez (villa de la Bosse-Marnière). Ces tessons — souvent de petits fragments de cols ou d'anses — représentent au minimum plusieurs amphores complètes ayant voyagé sur plus de 1 500 kilomètres depuis leur lieu de fabrication en Italie centrale.
Qui boit ce vin ? L'aristocratie, principalement. La présence d'amphores dans une ferme est un marqueur social : elle indique que le propriétaire dispose des moyens d'acquérir ce produit de luxe, et qu'il organise les banquets ostentatoires qui cimentent son rang social. La ferme de La Pièce du Fient à Richebourg (Yvelines), qui a livré 33 amphores entières, est sans doute l'établissement d'un personnage de premier plan dans la hiérarchie locale.
La monnaie gauloise : Pour payer ces importations, les Gaulois utilisent leurs propres monnaies frappées localement. Les potins coulés (petites pièces en alliage de cuivre et d'étain) servent aux transactions courantes. Les statères en or et les bronzes frappés sont réservés aux transactions de grande valeur. Dans le secteur de Gommecourt, les monnaies carnutes (potins BN 6151-6159) constituent le numéraire le plus courant, conformément à l'appartenance du territoire à cette civitas.
III. La ferme gauloise : cadre de vie ordinaire
Enclos, bâtiments, activités
Pas d'oppidum fortifié identifié à ce jour à Gommecourt, pas de sanctuaire monumental. Ce que la Protohistoire a laissé sur le territoire communal et dans ses environs immédiats, c'est le tissu ordinaire de la Gaule rurale : des fermes enclosées, dispersées sur les plateaux et les versants.
Ces établissements ruraux, que les archéologues fouillent régulièrement en Île-de-France lors d'opérations préventives, suivent un schéma assez constant. Au centre, un enclos quadrangulaire délimité par un fossé et une palissade de bois — à la fois frontière symbolique et protection contre les animaux sauvages. À l'intérieur, plusieurs bâtiments aux fonctions complémentaires : le logis principal sur poteaux plantés (torchis sur armature de bois, toit de chaume), les greniers surélevés pour stocker le grain, les étables et les bergeries, les fosses de stockage.
La taille et la richesse de ces établissements varient considérablement selon le rang de leurs propriétaires. Un grand aristocrate comme celui de La Pièce du Fient à Richebourg possédait une ferme de 4 à 5 hectares, dotée d'une cave, d'amphores à profusion et de vaisselle de bronze importée. Une famille ordinaire vivait dans un enclos bien plus modeste, avec quelques greniers, une étable et un outillage en fer soigneusement entretenu.
Pour le plateau de Gommecourt : Les prospections de surface et les mentions dans les sources archéologiques du XIXe siècle (notamment les découvertes lors de travaux agricoles ou de carrières) signalent une concentration de vestiges antiques au lieu-dit le Bosquet — un emplacement qui correspond bien, topographiquement, aux zones de plateau fertile où une ferme gauloise aurait pu s'implanter. Le lieu-dit les Sablons, sur le coteau, a également livré de la céramique couvrant une longue période (IIIe-Ve siècle), ce qui laisse supposer une fréquentation ancienne du secteur.
La vie dans la ferme
L'intérieur d'une maison gauloise n'est pas la grotte sombre que l'on imagine parfois. Les fouilles montrent des espaces organisés : le foyer central au sol (parfois sur dalle de pierre) autour duquel s'organise la vie quotidienne, les réserves le long des murs, les métiers à tisser verticaux (reconstitués grâce aux poids de tisserand en argile retrouvés en abondance).
Les habitants mangent de la viande — surtout du porc, dont les os dominent dans les dépotoirs — et du pain (galettes d'épeautre ou d'orge cuites sur la pierre). La boisson habituelle est la cervoise (bière d'orge), à laquelle vient parfois s'ajouter l'hydromel (boisson fermentée au miel) ou — pour les plus fortunés — le vin importé. Les légumineuses (lentilles, pois, fèves) complètent le régime alimentaire.
Reconstitution d'un intérieur de maison gauloise : foyer central, métier à tisser, céramiques et amphores
L'habillement témoigne d'un réel savoir-faire textile. Les Gaulois sont réputés dans l'Antiquité pour la qualité et la variété colorée de leurs tissus de laine — rayures, carreaux, teintes vives obtenues à partir de plantes tinctoriales locales (guède pour le bleu, garance pour le rouge, résèdes pour le jaune). Les hommes portent des braies (pantalons amples), une tunique, un manteau à capuche (la birrus, qui fera fortune dans tout l'empire romain). Les femmes, une longue robe et un châle.
La parure métallique joue un rôle social crucial. Les fibules (agrafes de vêtement) et les torques (colliers rigides en bronze ou en fer) indiquent le rang de leur porteur. On n'en trouve pas par hasard dans les sanctuaires : les offrir aux dieux, c'est mettre en jeu sa propre position sociale, confier aux puissances invisibles quelque chose de précieux.
L'aube vient juste de poindre quand Catuvolcos entend les roues du chariot grincer sur le chemin de terre battue. Il reconnaît le son familier des bandages de fer sur la pierre — ce n'est pas un voisin, pas un paysan du plateau. L'animal de trait s'est arrêté devant la palissade. Dehors, une voix crie son nom.
Il sort, la tunique froissée par la nuit. Devant lui, Esunertos le marchand, un Carnute de Bonnières qu'il connaît depuis l'enfance, sourit depuis son siège. Derrière lui, dans la caisse du chariot, les formes familières des amphores — trois, quatre d'un coup cette saison. Du vin d'Italie.
« J'en ai pris livraison à Vernon la semaine passée. Il en venait tout un bateau, par la Seine. »
Catuvolcos examine les jarres. Le col allongé, les anses épaisses, l'argile orange-rosé caractéristique des ateliers tyrrhéniens. Il gratte avec l'ongle le bouchon de poix qui scelle l'embouchure — intact. Bon.
Ils parlent longtemps, debout dans la cour de la ferme sous le ciel qui pâlit. Le prix, d'abord — des bronzes frappés, la monnaie des Carnutes, plus une paire de bœufs au prochain marché d'automne. Puis les nouvelles : un conflit entre Véliocasses et Éburoviques dans la vallée de l'Eure, rien de sérieux à priori mais qui ralentit les voyages. Et cette rumeur persistante des marchands de la Loire, des légions romaines qui s'activent au-delà des Alpes.
Catuvolcos n'y prête guère attention. Rome est loin. Le soleil monte, les vaches beuglent dans l'étable et son fils aîné est déjà dans les champs. Il reste encore à rentrer le grain avant les pluies.
Il fait signe à la femme de préparer la cervoise. On ne renverra pas un marchand sans boire.
IV. La société gauloise : druides, guerriers et paysans
La pyramide sociale
La société gauloise de La Tène finale est loin d'être l'assemblée égalitaire de guerriers blonds que certains imaginent. C'est une société fortement hiérarchisée, dans laquelle les inégalités de statut, de richesse et de pouvoir sont à la fois importantes et clairement codifiées.
Au sommet se trouve l'aristocratie guerrière — les equites de César. Ces hommes contrôlent la terre, disposent d'une clientèle de dépendants, participent aux assemblées politiques, financent les sanctuaires et lèvent des guerriers en temps de conflit. Leur richesse s'affiche dans leur équipement militaire (épée, lance, bouclier, parfois cheval), leur parure (torque, fibules, bracelets en or ou en bronze) et leur capacité à organiser des banquets fastueux où le vin importé coule librement.
À côté de l'aristocratie guerrière, les druides forment une classe à part. Philosophes, juges, prêtres, médecins et historiens à la fois, ils sont les dépositaires de la mémoire collective — une mémoire transmise oralement, en vingt ans de formation, sans jamais rien écrire. Leur autorité dépasse les frontières des civitates : César souligne qu'ils se réunissent annuellement dans le pays carnute pour trancher les litiges inter-tribaux. Les sanctuaires comme Bennecourt sont leur territoire.
En dessous, les artisans libres — forgerons, potiers, tisserands, charpentiers — jouissent d'un statut respectable. Le forgeron en particulier, maître du feu et des métaux, est entouré d'une aura quasi-magique dans toutes les sociétés celtiques.
La grande majorité de la population est composée de paysans libres — les plebs de César — qui cultivent leurs terres, paient des redevances à leur patron aristocratique et fournissent des guerriers lors des mobilisations. Enfin, une population d'esclaves — captifs de guerre, débiteurs insolvables — travaille dans les grandes exploitations.
La place des femmes
Contrairement à Rome, la Gaule accorde aux femmes un statut relativement élevé. Les sources antiques et l'archéologie concordent : les femmes gauloises peuvent hériter, posséder des biens, divorcer. Certaines jouent un rôle dans les cérémonies religieuses. Les tombes féminines découvertes dans la région révèlent parfois des parures exceptionnelles — torques en or, bracelets, fibules — témoignant d'une réelle richesse personnelle.
Dans l'économie domestique, les femmes jouent un rôle central. Le tissage — activité noble dans toutes les sociétés anciennes — leur incombe principalement. Les poids de tisserand en argile, retrouvés sur tous les habitats du Vexin, témoignent d'une production textile intensive. Ces textiles de laine teints aux couleurs vives constituent à la fois un bien de consommation courante et un produit d'exportation réputé.

Druides, rituels et vie religieuse
La religion gauloise est un polythéisme complexe et vivant, imbriqué dans tous les aspects de la vie quotidienne. Les dieux sont partout : dans les sources, les rivières, les forêts, les carrefours. Chaque événement important — la naissance, la mort, la moisson, la guerre — appelle ses rites propres.
À Gommecourt, la confluence Seine-Epte est en elle-même un lieu chargé de sens religieux. Les Gaulois attribuent une âme aux cours d'eau — la nympha locale — et le confluent, point de rencontre de deux puissances fluviales, est par définition un endroit où le monde des hommes et le monde des dieux se touchent. La fondation du sanctuaire de Bennecourt précisément à cet endroit n'est pas un hasard.
Les offrandes les plus courantes sont les monnaies sacrifiées — coupées, percées, burinées pour être rendues inutilisables dans le monde des hommes et ainsi "données" définitivement aux dieux — les fibules et les armes brisées rituellement. Les restes de banquets sacrificiels (faune abondante dans les fossés des sanctuaires) témoignent d'une vie rituelle intense où manger ensemble en présence des dieux est un acte fondateur de la communauté.
Vue d'artiste : un sanctuaire gaulois à enclos carré avec temple en bois, type Bennecourt
À une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Gommecourt, sur la commune du Vieil-Évreux (Eure), s'étend l'un des sites les plus spectaculaires de la Gaule du nord — un ensemble de 250 hectares qui constituait à la fois un grand sanctuaire fédéral et une agglomération secondaire d'envergure.
À l'époque gauloise, Gisacum (nom restitué par les archéologues) est vraisemblablement déjà un lieu de rassemblement des Éburoviques — un sanctuaire de plein air où se tiennent les grandes assemblées religieuses et politiques. La topographie du site, sur un plateau dominant la plaine environnante, est caractéristique des lieux de culte gaulois à vocation communautaire.
C'est à l'époque romaine que Gisacum va connaître son essor monumental : temples, théâtre, thermes, basiliques. Mais les racines gauloises du site sont bien réelles et documentées.
Pourquoi en parler à propos de Gommecourt ? Parce que Gisacum constitue le centre spirituel et politique du peuple qui contrôle une partie de l'arrière-pays de Gommecourt. Les druides éburoviques qui officient au sanctuaire de Bennecourt appartiennent au même réseau que ceux qui organisent les grandes assemblées de Gisacum. Les habitants de Gommecourt, à la frontière du territoire éburovique, gravitaient probablement dans l'orbite de ce grand centre, pour les pèlerinages, les assemblées, les échanges commerciaux.
→ Pour l'histoire complète de Gisacum, voir la page dédiée : Le sanctuaire de Gisacum / Vieil-Évreux.
V. Les traces archéologiques : ce que le sol de Gommecourt a gardé
Un territoire peu fouillé, mais pas vierge
Il faut être honnête : Gommecourt n'a pas encore livré de site gaulois majeur fouillé scientifiquement. Contrairement à Bennecourt, Limetz-Villez ou Bonnières-sur-Seine, le territoire communal n'a pas fait l'objet de grandes campagnes de fouilles programmées sur la période protohistorique.
Cela ne signifie pas que le sol est vide. Cela signifie que nous ne savons pas encore ce qu'il contient. Les prospections de surface effectuées au XIXe siècle et au début du XXe siècle par les érudits locaux ont relevé plusieurs zones à mobilier antique, dont certaines remontent probablement à La Tène finale. Les travaux agricoles et les aménagements du territoire ont régulièrement amené en surface des tessons de céramique, des monnaies, des éléments métalliques — sans que ces découvertes fortuites aient toujours été rigoureusement documentées.
Les indices sur le territoire de Gommecourt
Sur le territoire communal lui-même, les indices restent ténus mais convergents. Au lieu-dit le Bosquet, vers 1888, l'ouverture d'une carrière met au jour des éléments de construction — un mur, un foyer —, de nombreuses poteries, des amphores et deux meules à grain ; l'une d'elles, en poudingue et large de 44 centimètres, est aujourd'hui conservée au musée de Mantes-la-Jolie. L'ensemble est parfaitement cohérent avec un habitat rural de La Tène ou du tout début de l'époque gallo-romaine, dont les amphores et les meules rotatives sont les marqueurs typiques. Non loin, au lieu-dit les Sablons, des tuiles et de la céramique signalent un petit habitat antique occupé du IIIe au Ve siècle — productions de La Boissière-École, céramiques craquelées bleutées du IVe siècle, céramique granuleuse de la fin du même siècle : si l'essentiel du mobilier est romain, la longue durée d'occupation du site n'exclut pas une fréquentation plus ancienne. À ces deux gisements s'ajoutent enfin plusieurs monnaies antiques, signalées sur le territoire communal par les sources du XIXe siècle, mais sans localisation précise.
Les sites proches : un contexte éloquent
Ce que Gommecourt ne dit pas encore directement, ses voisins le disent à sa place :
Ce que Gommecourt ne dit pas encore directement, ses voisins le disent à sa place. À Limetz-Villez, commune limitrophe au nord-ouest, la villa de la Bosse-Marnière — qui connaîtra son apogée à l'époque romaine — repose sur une occupation remontant à La Tène finale, comme en témoignent les tessons d'amphores et de céramique laténienne retrouvés dans ses niveaux les plus anciens : ici, la ferme gauloise précède la villa romaine, séquence que les archéologues observent sur quantité de sites d'Île-de-France. À Bennecourt, au sud, le sanctuaire de la Butte du Moulin à Vent n'est pas isolé ; plusieurs zones d'occupation gauloise ont été repérées sur le territoire communal. Et à Freneuse, tout près, une occupation gauloise est également attestée, avec la même continuité jusqu'à l'époque romaine.
La convergence de ces données autour de Gommecourt dessine un territoire densément occupé à La Tène finale, avec plusieurs établissements ruraux sur les plateaux et dans les fonds de vallée. Gommecourt s'inscrit dans ce paysage comme une communauté parmi d'autres — ni exceptionnelle, ni absente.
Des cartes postales du début du XXe siècle montrent des anfractuosités creusées dans la falaise crayeuse de Clachaloze, avec des légendes sibyllines : « habitat d'un chef romain », « grotte du druide ». Ces appellations pittoresques ont alimenté l'imaginaire local — et circulent encore parfois sur les forums d'histoire régionale.
Qu'en est-il vraiment ? Les grottes et cavités taillées dans la craie sont un phénomène courant dans toute la vallée de la Seine. La craie, tendre et facile à tailler, a été exploitée pour créer des caves, des celliers, des abris, des lieux de culte, parfois des habitats troglodytiques — la remarquable église creusée dans la falaise de Haute-Isle, à quelques kilomètres en amont, en est l'exemple le plus spectaculaire.
Les usages les mieux documentés de ces cavités remontent en réalité au Moyen Âge et à l'époque moderne, non à la période gauloise ou romaine. La monographie de l'instituteur de Gommecourt (1899) mentionne les « rochers de Clachaloze » comme un point d'intérêt touristique local, à visiter avec « la chapelle en ruine » voisine — mais sans associer les grottes à une occupation antique précise.
Aucun vestige archéologique lié à une occupation gauloise ou romaine n'a été formellement identifié dans ces cavités. L'appellation « habitat d'un chef romain » relève du folklore du XIXe siècle, époque friande de reconstitutions romanesques sans base documentaire solide.
Ce qui est vraisemblable : des cavités naturelles ou artificielles dans une falaise calcaire, au bord d'une voie navigable fréquentée depuis des millénaires, ont nécessairement été utilisées à diverses époques. Un abri temporaire de chasseurs préhistoriques, une cache de marchandises gauloise, un cellier médiéval — tout cela est possible. Mais affirmer qu'il s'agit de l'habitat d'un chef romain sans aucun vestige matériel à l'appui, c'est franchir la ligne entre l'histoire et la légende.
Ces grottes appartiennent pleinement au patrimoine de Clachaloze — pour leur beauté, pour leur singularité dans le paysage de la falaise, pour les usages modernes bien réels qu'elles ont supportés. Mais leur histoire gauloise ou romaine reste, pour l'instant, à l'état de mystère ouvert.
VI. La conquête romaine (-58 à -52) : la fin d'un monde ?
La guerre des Gaules vue de Gommecourt
En 58 avant J.-C., Jules César franchit les Alpes avec six légions et entreprend la conquête systématique de la Gaule. En sept ans de campagnes, il soumettra l'ensemble du pays — une guerre d'une brutalité extraordinaire que les Gaulois paieront au prix d'un million de morts et d'autant d'esclaves selon ses propres chiffres, certainement exagérés mais révélateurs.
Le secteur de la Seine, territoire des Véliocasses, des Éburoviques et des Carnutes, est concerné au premier chef. Les Carnutes jouent un rôle décisif dans le soulèvement final : c'est eux qui, en décembre 53 avant J.-C., massacrent les Romains établis à Genabum (Orléans), déclenchant la révolte généralisée menée par Vercingétorix. L'année suivante, vaincus à Alésia, ils subissent la dévastation de leurs terres.
Les Véliocasses mobilisent 10 000 guerriers pour rejoindre Vercingétorix lors du siège d'Alésia — une levée en masse qui témoigne de l'importance de la civitas. Les Éburoviques, moins bien documentés dans les sources de César, participent également aux coalitions antiromaines.
Un impact difficile à mesurer localement
Ce que dit l'archéologie : dans les Yvelines, la conquête césarienne n'a pas laissé de traces de destructions massives comparables à celles observées sur certains oppida du centre de la Gaule. Il n'y a pas de couche d'incendie, pas de massacres documentés archéologiquement dans les fermes du Vexin.
La grande exception est la villa de Richebourg (La Pièce du Fient), où une habitation construite à la romaine apparaît dès les années 40 avant J.-C. — deux décennies après la conquête. Le mobilier (monnaies pompéiennes, vaisselle sigillée) suggère la présence d'un aristocrate gaulois ayant choisi le parti romain et en ayant été récompensé. Ces figures de collaboration, que César mentionne abondamment dans ses Commentaires, ont joué un rôle crucial dans la romanisation rapide de la Gaule.
Pour Gommecourt : la continuité d'occupation entre la période gauloise et la période gallo-romaine semble la norme, comme partout dans le Vexin. Les fermes ne sont pas abandonnées, les habitants ne fuient pas. Ce qui change, c'est le cadre politique et fiscal — nouvelles administrations, impôts, routes — mais la vie quotidienne de la grande majorité des habitants ressemble sans doute encore beaucoup, dans les premières décennies, à ce qu'elle était avant.
L'héritage gaulois
La Gaule romaine n'efface pas la Gaule gauloise — elle la transforme. Les civitates subsistent comme cadres administratifs : les Véliocasses deviennent la civitas Veliocassium, les Carnutes la civitas Carnutum. Les sanctuaires frontaliers comme Bennecourt et Bonnières sont monumentalisés, non supprimés. Les dieux gaulois se latinisent (Épona, Rosmerta, Cernunnos s'associent à des divinités romaines) mais ne disparaissent pas.
La langue gauloise est encore parlée aux IIe et IIIe siècles après J.-C. — des graffiti en langue gauloise mais en alphabet latin ont été retrouvés sur des céramiques en Île-de-France. Les pratiques funéraires, l'organisation agraire, les liens de clientèle — tout cela perdure bien au-delà de la conquête.
La véritable rupture ne vient pas de César, mais plus tard, avec l'effondrement de l'empire romain au Ve siècle. C'est alors, et pas en 52 avant J.-C., que le monde gaulois bascule vraiment.
La nouvelle est arrivée par la Seine, portée par un batelier de Rouen : Vercingétorix s'est rendu, pieds nus et en armes, devant César. La Gaule est romaine.
Dans la ferme sur les hauteurs de Gommecourt, Ambigatos a appris la nouvelle sans rien dire. Il est allé s'asseoir sur le talus de son enclos, face aux deux vallées. Au loin, les brumes du matin enveloppent encore la Seine et l'Epte.
Son fils de douze ans vient s'asseoir à côté de lui. Il pose la question qui brûle : « Qu'est-ce qui va changer ? »
Ambigatos prend un long moment avant de répondre. Que va-t-il changer, en effet ? Les champs seront toujours là. Les bœufs aussi. La Seine coulera encore vers la mer. Bennecourt sera encore là dans la brume, avec ses dieux et ses pèlerins. Et la frontière entre les trois peuples — cette frontière invisible que son père et le père de son père ont traversée en marchands, en pèlerins, en guerriers — cette frontière existera encore, même si les noms changent, même si de nouveaux maîtres viennent percevoir de nouveaux impôts.
« Les Romains auront besoin de blé », dit-il finalement. « Ils auront besoin de fer, de bois, de cuir. Ce que nous faisions pour nos chefs, nous le ferons pour eux. Et les routes qu'ils vont construire — ça, c'est nouveau. On verra. »
Ce n'est pas du fatalisme. C'est la sagesse de quelqu'un qui sait que les empires passent et que la terre, elle, reste.
Conclusion : Gommecourt, carrefour gaulois, porte de la romanité
L'âge du Fer a duré presque huit siècles sur le territoire de Gommecourt. Huit siècles pendant lesquels le village imaginaire que nous appelons "Gommecourt gaulois" n'a cessé de jouer son rôle de lieu de passage et de contact — entre peuples, entre mondes, entre économies.
Du modeste berger hallstattien aux aristocrates carnutes consommant du vin toscan, de la forgeronne locale au pèlerin véliocasse montant vers Bennecourt, de l'assemblée tribale aux rives de l'Epte à la terreur silencieuse de l'automne 52 — c'est une société vivante, complexe et en mouvement constant que la Protohistoire nous révèle ici.
Ce que Gommecourt a conservé de cette époque n'est pas spectaculaire au premier regard : quelques tessons d'amphores, des traces de murs et de foyers dans la craie, une meule conservée dans un musée. Mais ces fragments disent l'essentiel : ici, des hommes et des femmes habitaient, travaillaient, commerçaient, priaient, au confluent de trois mondes différents — et ce carrefour, ils l'ont fait vivre de génération en génération jusqu'à ce que les légions romaines le transforment sans l'effacer.
La page suivante de l'histoire de Gommecourt — l'Antiquité gallo-romaine — commence exactement là où s'arrête celle-ci : dans la continuité des gestes quotidiens, sous un ciel qui commence à parler latin.
Sources et pour aller plus loin
Sources archéologiques principales
- Barat, Yvan (dir.), Carte archéologique de la Gaule. 78 — Les Yvelines, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris, 2007. [Référence principale pour tous les sites mentionnés]
- Fouilles de Bennecourt (S.A.D.Y. / Université Paris I-Sorbonne, 1982-1987) : rapports de fouille du sanctuaire celtique de la Butte du Moulin à Vent
Sources antiques
- César, La Guerre des Gaules (De Bello Gallico), vers 52-51 av. J.-C. — récit de première main par le conquérant, à lire avec esprit critique
- Strabon, Géographie, livre IV — description de la Gaule par un géographe grec contemporain
- Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, livre V — description des mœurs gauloises
Pour approfondir
- Brunaux, Jean-Louis, Nos ancêtres les Gaulois, Gallimard, 2008 — excellente synthèse accessible
- Delestrée, Louis-Pol & Tache, Marcel, Nouvel atlas des monnaies gauloises — référence pour la numismatique celtique
- Musée d'Archéologie Nationale de Saint-Germain-en-Laye : collections gauloises d'Île-de-France
- Archéologie en Yvelines (S.A.D.Y.) : association de recherche locale
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