911 – 2024

Le château de La Roche-Guyon, sentinelle de la Seine

Six siècles d'histoire documentée entre la Seine et l'Epte, du donjon médiéval au patrimoine vivant

Adossé à la falaise de craie depuis le Moyen Âge, le château de La Roche-Guyon domine l''un des plus beaux méandres de la Seine. Tour de guet, forteresse frontalière, résidence ducale, salon des Lumières, quartier général de Rommel : à chaque époque, le site change de fonction mais conserve la même vocation — contrôler le passage, surveiller la frontière, tenir le carrefour.

La Roche et son rocher : un site taillé pour la défense

La tour médiévale de La Roche-Guyon
La tour médiévale de La Roche-Guyon

Depuis le plateau du Vexin, le promeneur qui emprunte le chemin des Crêtes voit soudain le paysage basculer. La falaise de craie blanche plonge à pic vers la Seine, offrant un panorama saisissant sur le grand méandre du fleuve, la boucle de Moisson et, au-delà, les coteaux boisés de la rive gauche. Par temps clair, le regard porte jusqu'à Vernon à l'ouest et Mantes à l'est. Tout en bas, coincé entre la paroi rocheuse et la berge, le bourg de La Roche-Guyon aligne ses maisons de pierre le long de sa rue principale. Au-dessus, étagé sur la falaise comme une construction impossible, le château déploie ses bâtiments du XVIIIe siècle, sa terrasse médiévale, ses galeries creusées dans la roche, et tout en haut, planté sur le rebord du plateau, le donjon tronqué — vestige d'une tour qui dominait autrefois la vallée de ses quarante mètres de hauteur.

Ce site n'a rien d'un hasard. La falaise de La Roche-Guyon offre trois avantages stratégiques que les hommes ont exploités dès le haut Moyen Âge. D'abord, une vue imprenable : depuis le sommet, on surveille la Seine sur plusieurs kilomètres dans les deux directions, et par-dessus la crête, on aperçoit la vallée de l'Epte qui descend du nord. Ensuite, une défense naturelle : la paroi verticale de craie rend toute attaque par l'arrière impossible et protège le flanc sud du plateau. Enfin, une ressource exploitable : la craie tendre se creuse aisément, permettant d'aménager des habitations troglodytiques, des galeries de circulation, des réserves — ces cavités que l'on appelle dans le Vexin des boves.

La Roche-Guyon se trouve à un point névralgique du réseau hydrographique : en aval du confluent où la Seine reçoit les eaux de l'Epte à Limetz-Villez, rivière frontière entre le Vexin français et le Vexin normand. Depuis Gommecourt et Clachaloze, situés à quelques kilomètres vers l'ouest, on rejoint La Roche-Guyon en longeant la Seine vers l'est — un trajet que des générations de paysans, de marchands et de soldats ont emprunté au fil des siècles. Cette proximité géographique a fait de Gommecourt et de son hameau des dépendances de la châtellenie de La Roche-Guyon, un lien de dépendance attesté dès la fin du XIVe siècle et qui ne se rompra qu'à la Révolution.

Vue-vers-Clachaloze-depuis-La-Roche-Guyon

Vue vers Clachaloze depuis La Roche Guyon - Début XXe siècle

Avant le château : la falaise habitée

Haute-Isle, église et pigeonnier d'après une gravure ancienne
Haute-Isle, église et pigeonnier d'après une gravure ancienne

Bien avant que les premiers seigneurs ne s'installent sur le promontoire, la falaise de La Roche-Guyon portait les traces d'une occupation humaine ancienne. Les boves — ces cavités creusées dans la craie — ont été habitées au moins depuis le haut Moyen Âge, comme en témoignent les vestiges similaires de Haute-Isle, commune voisine où l'église elle-même est entièrement taillée dans la roche. La tradition troglodytique du secteur est profonde : à Haute-Isle, les boves se répartissent sur près de quatre-vingts mètres de hauteur dans la falaise, et le cadastre de 1819 montre encore un habitat organisé autour de ces cavités.

La Roche-Guyon - Lidar
La Roche-Guyon - Lidar

Sur le plateau qui surplombe le château, le Bois de la Roche — deux cents hectares de forêt partagés entre les communes de La Roche-Guyon, Amenucourt, Chérence et Haute-Isle — recèle des vestiges bien plus anciens encore. Une étude LiDAR conduite en 2019 par le Service départemental d'archéologie du Val-d'Oise a révélé pas moins de huit cents anomalies sur deux kilomètres carrés, dont 99 % étaient jusqu'alors inconnues. Parmi elles, deux zones de minières potentiellement néolithiques ont été identifiées : des alignements de puits d'extraction de silex qui pourraient remonter à cinq mille ans, témoins d'une exploitation des ressources du plateau bien antérieure à toute construction défensive. Le plateau du Bois de la Roche forme en effet un seuil naturel entre la vallée de la Seine et le cœur du Vexin — une position de passage que les hommes du Néolithique semblent avoir déjà su mettre à profit pour l'extraction de la matière première.

L'hagiographie apporte un autre jalon, incertain mais évocateur. Selon la tradition, au IIIe siècle de notre ère, un évangélisateur grec nommé Nicaise, compagnon de saint Denis, aurait descendu la Seine depuis Paris en direction de Rouen, prêchant la nouvelle religion dans les villages riverains. Au passage de La Roche, il aurait converti une dame du lieu nommée Pience, « de grande extraction et parenté », qui reçut le baptême en secret. Poursuivi par les Romains, Nicaise fut arrêté à Gasny et martyrisé avec ses compagnons. Son corps aurait été enterré sur une île de l'Epte près de Gasny. Pience, trahie par ses actes de piété, fut à son tour décapitée et enterrée à ses côtés. Les deux furent ultérieurement canonisés, et un inventaire réalisé en 1691 signalait encore, dans la chapelle troglodytique du château, une châsse d'argent contenant les reliques de « sainte Pience, dame de La Roche ». La chapelle elle-même était dédiée à saint Nicaise et sainte Pience — un lien entre le lieu et la mémoire chrétienne qui traverse les siècles.

La sentinelle de l'Epte : des Vikings au donjon de pierre

Le temps des guetteurs

Drakkars remontant la Seine
Drakkars remontant la Seine

Ce sont les invasions vikings qui ont donné à La Roche sa première vocation militaire. À partir de 841, des flottes scandinaves remontent régulièrement la Seine, pillant les monastères et rançonnant les villes. Rouen tombe dès le premier raid. Les abbayes de Jumièges, de Saint-Wandrille, de Fontenelle sont dévastées. En 845, une flotte d'environ cent vingt drakkars, conduite par un chef que les chroniques nomment Ragnar, pousse jusqu'à Paris qu'elle met à sac le jour de Pâques. Les Vikings reviennent en 856-857, puis en 885-886 pour le célèbre siège de Paris narré par le moine Abbon. Chaque fois, les drakkars à fond plat remontent le fleuve avec une aisance terrifiante, dépassant les défenses improvisées des Francs.

Face à cette menace récurrente, les rives de la Seine se hérissent de postes de surveillance. La falaise de La Roche, avec sa vue imprenable sur le fleuve, offre un observatoire naturel incomparable. On peut y repérer les voiles ennemies à plusieurs kilomètres et alerter les populations en amont — notamment la capitale. Le site n'est alors qu'un poste de guet, peut-être une simple vigie installée dans les boves de la falaise, mais sa fonction est déjà celle qu'il conservera pendant des siècles : surveiller le passage sur la Seine.

📖 SCÈNE DE VIE : Le guetteur de la falaise
La Roche-Guyon, un matin d'automne, vers 860

Aldric se réveille avant l'aube, comme chaque matin depuis que le comte l'a posté sur la falaise. Il repousse la peau de mouton qui lui sert de couverture et se lève dans la bove — cette cavité creusée dans la craie où il dort depuis le début de l'été. L'air est froid et humide, chargé de l'odeur de la rivière qui monte d'en bas. Il attrape un morceau de pain dur et un bout de fromage, vérifie que les braises du foyer ne sont pas éteintes, et sort sur le rebord de la falaise.

Le spectacle est toujours le même, et toujours saisissant. Quarante mètres plus bas, la Seine étale ses eaux grises dans le grand méandre. Sur la rive opposée, la forêt de Moisson émerge lentement de la brume. Vers l'ouest, le fleuve se perd dans la brume matinale, en direction de Limetz et de la vallée de l'Epte. C'est de là que vient le danger. Les Normands — c'est ainsi qu'on appelle maintenant les hommes du Nord — remontent le fleuve depuis Rouen avec leurs longs bateaux à fond plat. Ils l'ont déjà fait trois fois depuis qu'Aldric est en âge de se souvenir. La dernière fois, ils ont brûlé l'abbaye de Fontenelle et rançonné les villages jusqu'à Mantes.

Aldric scrute le fleuve en plissant les yeux. Rien. Juste un chaland de pêcheur qui dérive lentement vers l'aval, et deux cormorans posés sur un tronc échoué. Il se retourne vers le plateau : derrière lui, au-delà du bois, le chemin descend vers Gommecourt, où sa mère et ses sœurs vivent dans la ferme du domaine. Il sait qu'en cas d'alerte, c'est lui qui donnera le signal — un feu de branches vertes qui produira une colonne de fumée visible à des lieues. Les gens de Gommecourt, de Clachaloze, de Bennecourt auront alors quelques heures pour cacher leurs bêtes dans les bois et se réfugier dans les cavernes de la falaise. Quelques heures seulement. Les drakkars vont vite.

Le soleil perce enfin la brume et dore la craie blanche de la falaise. Aldric s'assoit sur la pierre, pose son bâton en travers de ses genoux, et reprend sa veille. Demain, un autre jour. Les Normands viendront, ou ne viendront pas. Mais la falaise, elle, sera toujours là.

Un guetteur franc sur la falaise de La Roche-Guyon, scrutant la Seine à la recherche de voiles vikings, vers 860
Un guetteur franc sur la falaise de La Roche-Guyon scrute la Seine à l'aube, vers 860. Reconstitution.

En aval, entre Bonnières et Notre-Dame-de-la-Mer, la tradition locale conserve le souvenir d'un stationnement de la flotte viking sur l'île de Jeufosse. En 852, les chroniques rapportent que Charles le Chauve et Lothaire, accourus à la rencontre des chefs normands Godefroy et Sidroc, firent occuper les deux rives du fleuve, mais les pirates se jetèrent dans cette île protégée par les bras de la Seine et y hivernèrent. Six cents drakkars, dit-on, auraient mouillé dans ce bras de fleuve protégé. Le chiffre est sans doute exagéré, mais il dit quelque chose de la mémoire que ces raids ont laissée dans la vallée. Pour les habitants de Gommecourt et Clachaloze, la menace passait littéralement sous leurs yeux, sur la Seine toute proche.

camp-viking-ile-jeufosse

Un camp viking sur une île de la Seine

Le traité de Saint-Clair-sur-Epte et la naissance de la frontière

En 911, le roi de France Charles III le Simple met fin à plusieurs décennies de raids en concédant au chef viking Rollon un vaste territoire autour de Rouen — le futur duché de Normandie. Le traité est signé à Saint-Clair-sur-Epte, village situé sur la rivière Epte, à une trentaine de kilomètres au nord de Gommecourt. L'Epte devient la frontière officielle entre le royaume de France et le nouveau duché normand.

Carte La Roche Guyon
Carte La Roche Guyon

Cette partition change radicalement la donne pour tout le secteur. La Roche-Guyon se retrouve au dernier maillon méridional, côté français, de la chaîne de défense de la vallée de l'Epte. En amont, les forteresses de Château-sur-Epte, Baudemont, Dangu et Neaufles verrouillent la vallée face aux places normandes de Gisors, Neaufles-Saint-Martin et Vernon. La Roche, elle, contrôle le point où l'Epte, après avoir longé Gommecourt, rejoint la Seine quelques kilomètres plus à l'ouest, à Limetz-Villez. La sentinelle de la Seine devient la gardienne de la frontière.

Pour Gommecourt, la conséquence est immédiate : le village se retrouve en première ligne, sur la rive gauche de l'Epte, « aux confins mêmes de la Normandie » comme l'écrira un voyageur au XIXe siècle. De l'autre côté de la rivière, c'est déjà le Vexin normand — Gasny, Sainte-Geneviève-lès-Gasny, le territoire de l'ancien ennemi devenu voisin. Cette position frontalière marquera durablement l'identité du village et de son hameau Clachaloze, situé en contrebas sur la rive de la Seine.

Les premiers sires de La Roche

La tour médiévale de La Roche-Guyon - schéma
La tour médiévale de La Roche-Guyon - schéma

Les anciens seigneurs de La Roche ne demeuraient pas dans le donjon de pierre que nous connaissons aujourd'hui — celui-ci n'existait pas encore. Ils habitaient une demeure fortifiée creusée dans la falaise, à l'emplacement de l'actuel château du bas. L'abbé Suger, qui vécut de 1080 à 1151, en donne une description curieuse dans sa biographie du roi Louis VI le Gros : « Sur un promontoire que forment en un endroit de difficile accès les rives du grand fleuve de Seine, est bâti un château non de noble aspect et qu'on ne voit de La Roche-Guyon : invisible à sa surface, il est creusé dans une roche, la main habile de celui qui le construisit à coups de pics sur le rocher même, et tressé comme un nid d'une étroite caverne, en avait fait une habitation d'une très vaste étendue. »
La première mention documentaire d'un seigneur de La Roche remonte au milieu du XIe siècle. Une charte de l'abbaye de Saint-Père de Chartres porte que Guy de La Roche (Guido de Rupe), de l'assentiment de son frère Richard, accorda au prieuré de Juziers l'exemption des droits de tonlieu sur ses bateaux passant sous les fortifications de La Roche (sub munitione nostrae rupis). On voit déjà, dans cet acte fondateur, les deux éléments qui feront la puissance des sires de La Roche : le contrôle militaire du site et le péage sur la navigation fluviale.

Le village devait initialement s'appeler simplement « La Roche » — ce que la topographie explique aisément. Ce n'est qu'au Moyen Âge qu'on lui ajouta le suffixe « Guyon », du prénom Guy ou Guyon que portaient traditionnellement les seigneurs du lieu. Dans les chartes latines, le lieu est dénommé Rupes Guidonis — « La Roche de Guy ». Les sires de La Roche prirent pour armes « bandé d'or et d'azur, à la bordure de gueules ».

Assassinat de Guy de Guyon
Assassinat de Guy de Guyon selon la BD "L'Epte, des Vikings aux Plantagenêts" - ed Assord B.D.

L'épisode le plus dramatique de cette période est l'assassinat de Guy de La Roche, survenu vers 1108. Les Grandes Chroniques de France racontent comment un certain Guillaume, Normand d'origine et beau-frère de Guy par les femmes, s'introduisit dans l'église un dimanche soir avec des hommes armés dissimulés sous des capes, et frappa mortellement le seigneur de La Roche alors qu'il sortait de l'office. Sa femme, « preue et vaillante », se jeta sur lui pour le protéger de son propre corps, mais les assassins l'arrachèrent par les cheveux et achevèrent leur victime. La nouvelle se répandit rapidement et le roi de France ordonna que les coupables soient capturés et mis à mort : le cœur de Guillaume fut porté au bout d'une pique, et les cadavres, attachés sur un radeau, furent jetés à l'eau « afin que toute la Normandie sache ce qui était arrivé à ces fourbes ». On ne saurait trouver meilleure illustration de la violence des rivalités franco-normandes qui régnaient dans ce secteur frontalier.

Le donjon de Philippe Auguste

Aucun document ne permet de dater avec précision la construction du donjon de pierre que nous connaissons, mais par analogie avec d'autres forteresses similaires, les spécialistes s'accordent à en situer la construction à la fin du XIIe siècle, vers 1190, sous le règne de Philippe Auguste. C'est l'époque où le roi de France entreprend de fortifier systématiquement la frontière de l'Epte face au duc de Normandie — qui est aussi roi d'Angleterre.

La tour maîtresse est une construction massive : cylindrique du côté de la vallée, elle présente une avancée en forme de pointe du côté du plateau — un éperon maçonné destiné à dévier les projectiles des assaillants. Son diamètre atteint 12,20 mètres et sa hauteur originelle avoisinait les 35 à 40 mètres. Elle est entourée de deux enceintes concentriques — les chemises, c'est-à-dire des murs de protection emboîtés qui isolent le donjon du reste du plateau — qui la protègent du côté du plateau, seul côté vulnérable. Un escalier souterrain, creusé de temps immémorial dans la falaise crayeuse, relie le donjon au château du bas par plus de cent vingt marches. Dans sa partie inférieure, cet escalier se terminait par un pont de bois amovible qui en interdisait l'accès en cas d'attaque depuis la vallée.

Le château de La Roche-Guyon vers 1250, vu depuis la Seine, avec le donjon à sa hauteur d'origine Le château de La Roche-Guyon vers 1250. Le donjon cylindrique culmine à près de 40 mètres au sommet de la falaise de craie. Selon la BD "L'Epte, des Vikings aux Plantagenêts" - ed Assord B.D..

Ce donjon ne fut probablement jamais un lieu d'habitation à proprement parler. Ses dimensions modestes ne permettaient pas d'envisager un siège de longue haleine. C'était avant tout un poste d'observation et un refuge en cas d'attaque — la fonction même que le site remplissait depuis l'époque des Vikings, mais désormais inscrite dans la pierre. En 1190, Philippe Auguste accorda également aux sires de La Roche le droit de percevoir un péage sur toutes les marchandises naviguant sur la Seine entre Paris et Rouen. Ce péage, qui allait considérablement enrichir les seigneurs du lieu, donnait enfin à La Roche-Guyon les moyens financiers de sa vocation stratégique.

En 1211, le même Philippe Auguste concéda à Guy de La Roche le droit héréditaire de chasser dans la grande forêt d'Arthies, délimitant un vaste quadrilatère de plusieurs lieues de côtés allant de La Roche-Guyon à Omerville, puis vers la forêt d'Arthies et Gadancourt. Cette charte, rédigée en latin solennel, scellée du sceau royal, inaugure la longue histoire de l'emprise territoriale des sires de La Roche sur tout le Vexin environnant — une emprise dont Gommecourt et Clachaloze feront partie intégrante pendant des siècles.

Les sires de La Roche et la guerre de Cent Ans

La charte de 1259 : les premiers droits d'usage

En 1259, le seigneur Jean de La Roche accéda aux revendications de ses sujets concernant les droits d'usage des bois de la châtellenie. Par une charte en latin dont une traduction nous est parvenue, il reconnaissait aux habitants le droit de ramasser du bois et de faire paître leurs bêtes dans plusieurs forêts et halliers délimités avec précision : le bois de Béclet, les halliers situés entre ce bois et les côtes, le bois dit Boulanger, et les côtes entre le bois de Guillaume de Bézu et le chemin d'Amenucourt « ainsi qu'il se comporte vers le Chesnay ». En échange, les manants devaient au seigneur un pain par feu à la Nativité du Seigneur, un denier à Pâques pour ceux qui cuisaient au four, et le seigneur conservait le droit de chasser dans lesdits bois et d'y couper des harts — ces branches souples de noisetier ou de saule qui servaient à lier les fagots. Jean de La Roche concédait également aux habitants son four banal, moyennant soixante sols parisis par an. C'est l'un des plus anciens textes qui éclairent la relation quotidienne entre les seigneurs de La Roche et les populations des villages alentour — relation faite d'obligations réciproques, de redevances précises et de négociations serrées sur l'usage des ressources communes.

Jean de La Roche avait épousé Marguerite Clément, fille de Jean Clément, maréchal de France sous Philippe Auguste — un mariage qui dit l'ascension sociale de cette famille de chevaliers vexinois, désormais alliée aux plus hauts dignitaires du royaume. Ses successeurs continuèrent d'accroître le domaine : Guy III de La Roche profita de la mise en vente de la forêt royale d'Arthies pour en acquérir 1 100 arpents, destinés à financer la rançon de Saint Louis prisonnier des Sarrasins en 1250.

Azincourt et le siège anglais

La famille de La Roche traversa les premiers temps de la guerre de Cent Ans en servant fidèlement la couronne de France. Guy V de La Roche, chambellan du roi puis grand panetier de France, fut nommé membre du Grand Conseil du roi en 1406. C'est à cette époque que l'église primitive de La Roche-Guyon, qui tombait en ruine, fut démolie et reconstruite un peu plus loin — la future église Saint-Samson que l'on peut encore visiter aujourd'hui, dont la construction ne s'acheva que bien plus tard en raison des aléas de la guerre.

La catastrophe survint le 25 octobre 1415, à la bataille d'Azincourt, où périt « la fine fleur de la chevalerie française ». Guy VI de La Roche y trouva la mort, ainsi que son propre frère Philippe. Il laissait une veuve remarquable, Perrette de La Rivière, et des enfants encore mineurs. Quatre ans plus tard, en 1419, les Anglais assiégèrent La Roche-Guyon. La chronique d'Enguerran de Monstrelet rapporte l'épisode : après deux mois de résistance, le château se rendit « du consentement de la dame qui estoit dedens, au roy d'Angleterre ». Le roi Henry V donna la terre à un Français rallié aux Anglais, Guy Le Bouteiller, et proposa même à Perrette de le prendre pour époux. Mais la dame de La Roche refusa avec fierté : elle préféra tout abandonner plutôt que de souffrir pareil déshonneur, et s'enfuit avec ses enfants et ses meubles, se retirant jusqu'au sud de la Loire.

Perrette de La Rivière quittant le château de La Roche-Guyon avec ses enfants, automne 1419 Perrette de La Rivière quitte le château avec ses enfants plutôt que d'épouser un traître au service des Anglais, 1419. Reconstitution.

La chronique de Saint-Denis confirme que le château était alors considéré comme « le plus inaccessible et le plus inexpugnable des châteaux de la Normandie » — un témoignage de l'importance qu'avait pris la forteresse depuis la construction du donjon. Les sires de La Roche avaient en effet largement fortifié la partie basse du château, comme le montre une miniature du XVe siècle tirée du Livre du chastel de labour, identifiée comme représentant La Roche-Guyon : on y distingue en hauteur le donjon entouré de ses deux chemises, un pont suspendu donnant accès à un passage creusé dans la falaise, et au pied de tout cela un château fort encadré de grosses tours, avec au premier plan une maison forte dotée d'une porte à pont-levis.

Durant l'occupation anglaise, le hameau de Clachaloze conserva une trace de cette période troublée. Selon la tradition rapportée par les Amis du Vexin français, une chapelle dédiée à saint Fiacre y aurait été « construite par les Anglais pendant la guerre de Cent Ans ». Un marchand de Clachaloze nommé Damien Géraulme constitua plus tard, au XVIIe siècle, une rente de huit livres en faveur de cette chapelle — preuve qu'elle jouait un rôle dans la vie du hameau bien après la fin du conflit.

L'inventaire de 1438 et la reconquête

Guy Le Bouteiller, le félon, se comporta en seigneur sous l'autorité du roi d'Angleterre, rendant hommage à Henry V pour la Roche-Guyon et tous les fiefs qui en dépendaient dans les bailliages de Senlis, Mantes, Chaumont et Gisors. Il mourut vers 1438 et le roi d'Angleterre, soucieux de conserver cette place stratégique, envoya un émissaire par bateau depuis Rouen pour dresser l'inventaire du château. Ce document exceptionnel, daté de novembre-décembre 1438, détaille pièce par pièce l'armement de la forteresse : ribaudequins, couleuvrines, arbalètes d'acier et de bois, dondaines par milliers, chausses-trappes, poudre à canon, pierres de jet — un arsenal complet réparti entre le haut château (le donjon) et le château d'en bas.

🔎 FOCUS : L'arsenal du château en 1438

En novembre-décembre 1438, un émissaire du roi d'Angleterre dresse l'inventaire complet de l'armement du château de La Roche-Guyon, récemment confisqué à la famille de Guy Le Bouteiller. Ce document exceptionnel, rédigé en français, détaille pièce par pièce un arsenal de guerre impressionnant pour un château de cette taille.

Dans le haut château (le donjon et ses chemises), on trouve des arbalètes d'acier et de bois, des ribaudequins — ces petits canons à plusieurs bouches montés sur affût —, des couleuvrines, de la poudre à canon stockée dans des tonneaux, des milliers de « dondaines » (les carreaux d'arbalète à pointe lourde), des pierres de jet calibrées pour les bombardes, et des chausses-trappes que l'on semait sur le sol pour blesser les chevaux et les fantassins.

Dans le château d'en bas, l'armement est plus classique : lances, épées, boucliers, armures, mais aussi des provisions de guerre — tonneaux de vin, sacs de farine, réserves de sel. Le château est manifestement préparé pour soutenir un siège de longue durée.

Ce qui frappe dans cet inventaire, c'est la coexistence de l'armement médiéval traditionnel (arbalètes, pierres de jet) et des armes à feu (couleuvrines, poudre à canon). La Roche-Guyon, en 1438, est à la charnière entre deux âges de la guerre — le temps des chevaliers et celui de l'artillerie. Le donjon de Philippe Auguste, conçu pour résister aux projectiles de pierre des trébuchets, devra bientôt affronter les boulets de fonte des bombardes. C'est cette évolution technologique qui rendra obsolètes, en quelques décennies, les grandes forteresses de la vallée de l'Epte.

Il fallut attendre 1449 pour que le fils de Perrette, Guy VII de La Roche, reprenne enfin possession de son château, dans le cadre de la reconquête de la Normandie lancée par Charles VII. Les chroniques de Jean Chartier racontent comment les seigneurs français, partis de Vernon, envoyèrent « trente compaignons ou environ, par eaue, bien abillés de trait et de canons », qui « faisoient une si grande huée et bruit » devant la place que les Anglais, impressionnés, négocièrent leur départ. Le capitaine anglais changea même de camp, offrant de rendre la forteresse en échange de la conservation de ses biens. La Roche-Guyon redevint française.

La fin de la lignée

La longue lignée des sires de La Roche s'éteignit avec Marie de La Roche, fille unique de Guy VII et de Catherine Turpin, née vers 1447. Mariée très jeune à Michel d'Estouteville, un puissant seigneur normand, elle connut un premier mariage malheureux — son époux, avare et brutal, la traitait « comme prisonnière » et s'empara des meubles, tapisseries et titres du château pour les emporter dans ses terres de Normandie. Après la mort de ce premier mari en 1469, Marie se remaria avec Bertin de Silly, chambellan de Louis XI, qui l'aida à récupérer ses biens après des décennies de procès contre les d'Estouteville. Ce n'est qu'en 1488, par un accord passé à Rouen devant notaire, que la concorde fut rétablie — l'événement se solda par une distribution de friandises et de vin au cri de « Noël, Noël ! ». Marie de La Roche mourut à Paris le 17 janvier 1498 et fut inhumée au prieuré de La Roche-Guyon. Avec elle disparaissait la famille qui avait donné son nom au château depuis quatre siècles.

La châtellenie et son territoire : Gommecourt dans l'ombre du château

Le fief de Clachaloze : la plus ancienne trace du lien

C'est dans un document du début du XVe siècle que l'on trouve la plus ancienne mention connue du lien féodal entre nos villages et La Roche-Guyon. Parmi les fiefs possédés par Pierre de Saint-Clair, seigneur de Saint-Clair-sur-Epte, figure « le fief de Clachaloze, paroisse de Gommecourt, mouvant de la Roche-Guyon ». Ce texte, qui remonte aux environs de 1399-1400, nous apprend trois choses en une seule ligne : que Clachaloze est déjà identifié comme un lieu-dit distinct, qu'il relève de la paroisse de Gommecourt, et que le tout est dans la dépendance féodale de La Roche-Guyon — c'est-à-dire que son possesseur devait rendre hommage au seigneur de La Roche-Guyon, et non directement au roi.

En 1427, un second acte confirme et précise ce rattachement. Le 8 mai de cette année, Catherine de Douy, veuve de Pierre de Saint-Clair, cède à son gendre Henri de Fours, devant « J. le Coq, tabellion à la Roche-Guyon », « un fief de son propre héritage, assis à Clachaloze, en la paroisse de Gommecourt, et mouvant de la Roche-Guyon ». Ce fief, d'une valeur de seize livres dix sols de rente, change de mains dans le cadre d'un arrangement familial — il sert à compenser une dot qui n'avait jamais été versée. On est au cœur du maillage féodal du Vexin : des familles seigneuriales de rang intermédiaire, comme les Saint-Clair, possèdent de petits fiefs éparpillés dans plusieurs paroisses, et ces fiefs dépendent de seigneuries plus puissantes comme La Roche-Guyon, qui elle-même tient du roi.

Comment Gommecourt et Clachaloze sont-ils entrés dans l'orbite de La Roche-Guyon ? La question reste ouverte. Le domaine de Gomer, attesté dès 774 dans une confirmation de Pépin le Bref pour l'abbaye de Saint-Denis, a pu se fragmenter au fil des siècles en une mosaïque de petits fiefs — le Val Étourdi, Clachaloze, peut-être d'autres écarts — qui se sont agrégés progressivement aux seigneuries voisines, au gré des mariages, des dots, des ventes et des héritages. L'acte de 1427 montre exactement ce mécanisme à l'œuvre.

Il faut d'ailleurs distinguer Clachaloze de Gommecourt dans leur rapport au château. Selon la monographie de Ferrant, rédigée en 1899, « la seigneurie de Clachaloze est de l'ancien domaine du duché », tandis que la seigneurie de Gommecourt-bourg n'a été achetée qu'en 1615 par François de Silly aux Mornay. Avant les Mornay, dès le milieu du XIVe siècle, les seigneurs particuliers de Gommecourt étaient les du Bus (ou du Butz), auxquels la famille de Mornay succéda en 1571. Le bourg relevait auparavant d'un prieuré. Clachaloze, lui, appartenait au domaine ducal de bien plus longue date — le fief du Val Étourdi, mentionné sur le territoire de Clachaloze, est l'un de ces « quelques petits fiefs » qui composaient cette ancienne seigneurie.

Le dénombrement de Bertin de Silly : les limites du domaine

Après le long conflit avec les d'Estouteville, Bertin de Silly entreprit de consolider ses droits sur la châtellenie. Le dénombrement qu'il rendit vers 1506 est le premier document à dessiner avec précision les contours du domaine. Son texte mérite d'être lu de près, car il décrit un territoire que les habitants de Gommecourt reconnaîtraient sans peine :

La châtellenie s'étend « outre la rivière de Seine jusque à la seigneurie de Rosny près Mante, en venant du Val Guyon en tirant à Vernon jusques au village de Bonnières ». Elle englobe Fréneuse, et de l'autre côté du fleuve, elle court « jusques aux seigneuries de Gasny et Bray sous Baudemont tout le long de la rivière d'Epte, qui ché en la rivière de Seine au droit du ru de Bougival, autrement dit le ponceau de Blaru, qui fait la séparation de France et de la Normandie ». Elle remonte ensuite le long de l'Epte « tout contremont » jusqu'à Bray-sous-Baudemont, longe la seigneurie de Chaussy appartenant aux religieux de Saint-Wandrille, passe par « la pierre aux Merciers » vers Chérence, et redescend vers Vétheuil. S'y ajoutent les terres d'Aincourt, Brunel, Lainville, Arthies, un fief à Copierres, et des seigneuries à Guernes et Saint-Martin-la-Garenne.

Gommecourt n'est pas nommé explicitement dans ce texte, mais il se trouve clairement à l'intérieur du périmètre décrit : le village est situé entre la Seine au sud et l'Epte à l'ouest, dans cette zone qui s'étend de Bonnières jusqu'à Gasny le long des deux rivières. Clachaloze, sur la rive de la Seine entre Limetz et La Roche-Guyon, est lui aussi englobé dans ce territoire. Le procès-verbal de 1629 confirmera ce que la géographie rend évident en nommant explicitement les deux localités parmi les dépendances de la châtellenie.

Le procès-verbal de 1629 : Gommecourt et Clachaloze nommés

Il faut attendre le procès-verbal dressé en 1629, après la mort de François de Silly, dernier de la lignée des Silly, pour trouver Gommecourt et Clachaloze nommément cités parmi les dépendances de la châtellenie. La liste complète donne une idée de l'étendue du domaine : « la terre de La Roche-Guyon avec les droits de péage et de travers par terre et par eau, Limetz, Villetz, Bennecourt, Glotton, Jocourt, Tripleval, Fréneuse, Gommecourt, La Neuville, Clachaloze, Chantemesle, Vétheuil, Le Chesnay, Le bas Saint-Martin, Guernes, Aincourt, La Bucaille, Roconval, Amenucourt dit Beauregard, Copierres, Arthies, Chérence, Frocourt ». Pas moins de vingt-cinq localités, sans compter les hameaux et les fermes isolées.

En 1669, lorsque le duc et la duchesse de Liancourt firent donation de la terre de La Roche-Guyon à leurs arrière-petits-enfants La Rochefoucauld, l'acte détaille les paroisses de l'ancien domaine qui bénéficient d'une rente annuelle de 2 000 livres pour les confréries de charité des pauvres. On y retrouve « les paroisses du bourg de La Rocheguion et des villages de Freneuse, Benecourt, Gommecourt, Limets, Beauregard, Chérance, Incourt et Vétheuil ». Gommecourt figure donc parmi les huit paroisses du noyau historique du duché, aux côtés des localités les plus proches du château.

Carte de la châtellenie de La Roche-Guyon, d'après le dénombrement de 1506 et le procès-verbal de 1629 La châtellenie de La Roche-Guyon : de Bonnières à Vétheuil, de l'Epte à la Seine, plus de vingt-cinq localités dépendaient du château. Gommecourt et Clachaloze (en rouge) sont au cœur du domaine.

Les droits seigneuriaux : péage, pressoirs et corvées

La puissance des seigneurs de La Roche-Guyon reposait sur un enchevêtrement de droits qui touchait chaque aspect de la vie quotidienne des habitants. Le droit de péage sur la Seine, accordé par Philippe Auguste en 1190, en était le pilier : toute marchandise circulant sur le fleuve, qu'elle soit chargée ou déchargée « dans le détroit » de La Roche-Guyon, devait acquitter une taxe. Une chaîne tendue en travers du fleuve obligeait les bateaux à s'arrêter, et une plaque de bronze gravée aux armes des Silly, datée de 1597, affichait le tarif dû par chaque embarcation. Entre Clachaloze et le bourg de La Roche-Guyon, une roche naturelle connue sous le nom de Pierre Fourchée marquait dans le paysage la limite de la perception des péages — avec une autre grosse pierre située à l'extrémité du territoire d'Haute-Isle.

📖 SCÈNE DE VIE : Un jour de péage au port de La Roche-Guyon
La Roche-Guyon, un mardi de marché, vers 1600

La chaîne est tendue depuis l'aube. Épaisse comme le poignet d'un homme, elle barre la Seine d'une rive à l'autre, à hauteur du château, soutenue par deux pieux enfoncés dans le lit du fleuve. Le péager — un homme trapu nommé Mathurin, au service du comte de Silly — est installé sous un auvent de bois au bord de l'eau, devant un registre ouvert et une balance de cuivre. À côté de lui, scellée dans la pierre du quai, la plaque de bronze aux armes des Silly rappelle à tous les tarifs en vigueur : tant pour un bateau chargé de blé, tant pour un chaland de vin, tant pour une barque de pierre de taille.

Le premier convoi de la journée approche par l'aval : trois grandes gabarres lourdement chargées de tonneaux de vin, en provenance de Mantes. Le patron du convoi, un gros homme au visage rougi par le soleil, manœuvre sa barque jusqu'au quai et lance une amarre. Il connaît la chanson : il tend à Mathurin un papier plié, son acquit de transit, et sort de sa bourse les deniers du péage. Mathurin vérifie la cargaison d'un coup d'œil expert — on ne triche pas avec le péage de La Roche —, compte les pièces, inscrit le passage dans son registre, et fait signe à son aide de relâcher la chaîne. Les gabarres glissent sous la falaise et poursuivent leur route vers Rouen.

Plus tard dans la matinée, un chaland plus modeste descend de l'amont. C'est Jean Quédeville, de Gommecourt, qui transporte quatre barriques du vin nouveau de ses vignes de la côte. Il salue Mathurin — ils se connaissent depuis l'enfance —, paie son dû sans discuter et amarre sa barque au quai du marché. C'est jour de foire : les étals s'alignent le long de la rue unique de La Roche-Guyon, et les paysans de Gommecourt, de Clachaloze et de Bennecourt sont descendus avec leurs paniers de légumes, leurs fromages et leurs volailles. Le vin de Jean trouvera preneur avant midi.

Les pressoirs banaux de Gommecourt, vers 1780
Les pressoirs banaux de Gommecourt : le vin était au cœur de l'économie locale et des redevances seigneuriales. Reconstitution.

Les seigneurs possédaient également un four banal, un pressoir banal et un moulin banal auxquels les habitants étaient tenus de recourir, moyennant redevance. Les obligations des villageois de Gommecourt envers le duché allaient bien au-delà de ces banalités. L'aveu de la duchesse d'Enville (1771) détaille des redevances en nature d'un autre âge : les habitants devaient « faner l'herbe des prés » du domaine, « fournir lits et draps » lorsque le seigneur séjournait dans son hôtel de Gommecourt, et « nourrir deux petits chiens et un lévrier ». Gommecourt, Limetz et Bennecourt se partageaient en outre 375 arpents de communs et de marais, dont le mesurage fit l'objet dès 1570 d'une commission royale — laquelle refusa d'arpenter une pièce de pré sise sur le territoire de Gasny « à raison que ladite pièce est assise en Normandie et non en détroit de notre juridiction ». La frontière de l'Epte jouait encore au XVIe siècle.

Les habitants de Gommecourt connaissaient bien les pressoirs banaux : en août 1790, au lendemain de la Révolution, le duc de La Rochefoucauld proposa à la municipalité du village de les racheter. Le conseil général de la commune, présidé par le curé-maire Jean Julien Avoine, renvoya prudemment la décision à l'assemblée générale des habitants. Celle-ci se réunit le 22 août suivant, à l'issue de la messe paroissiale, et déclina poliment l'offre : les pressoirs avaient perdu « environ les deux tiers de leur valeur par la suppression du droit de banalité » tout en restant coûteux à entretenir, les parcelles de chaque cultivateur étaient trop petites pour justifier de les utiliser, et la commune n'avait « ni fonds à échanger, ni argent » pour faire la moindre acquisition. L'assemblée témoigna néanmoins « d'une voix unanime combien elle étoit sensible aux attentions de M. le Duc de la Rochefoucault » et pria les officiers municipaux « d'assurer ledit Seigneur Duc de sa vive et profonde reconnoissance ». On ne saurait trouver plus belle illustration de la fin d'un monde : le seigneur qui cherche à se défaire de droits devenus déficitaires, les paysans qui mesurent froidement que le système féodal ne leur profite plus, et les deux parties qui se quittent avec des formules de politesse héritées de l'Ancien Régime. Ces pressoirs rappellent que la vigne était alors omniprésente sur les coteaux de Gommecourt et de Clachaloze — une activité qui a marqué le paysage et l'économie locale pendant des siècles, comme le raconte notre article sur la viticulture en vallée de Seine.

Un moulin à blé, assis sur la rivière d'Epte dans la paroisse de Gommecourt, complétait cet équipement seigneurial. En 1712, la monographie de Ferrant nous apprend qu'il fut vendu par Messire Roger de La Garenne, écuyer, à Charles François Guesdier, seigneur de Saint-Aubin, « à tenir le tout du Seigneur Duc de La Roche-Guyon, à cause de sa seigneurie de Gommecourt, pour dix livres de rente ». Ce moulin changea encore de mains en 1771, pour la somme considérable de 33 000 livres. Quant aux habitants, ils devaient sans doute aller moudre leur grain au moulin banal de Roconval, plus loin dans la vallée.

S'ajoutaient au péage et aux banalités les droits de corvée, les droits de marché et de foire, le droit de présentation aux cures de Gommecourt, Saint-Cyr, Vétheuil et à la chapelle du château, les droits de pêche sur la Seine, le droit de passeur par bac, et une multitude d'autres redevances « à peine de poursuites pour les contrevenants ». Le paysage lui-même gardait la trace de ces obligations : entre Gommecourt, Clachaloze et La Roche-Guyon, les chemins de dîmes — ces sentiers par lesquels on acheminait les redevances en nature vers le château — ont laissé leur empreinte dans la toponymie locale. Le seigneur disposait en outre d'un bailli, d'un prévôt et de sergents pour exercer sa justice, et d'un tabellion pour authentifier les actes — c'est devant ce tabellion de La Roche-Guyon que fut passé l'acte de 1427 sur le fief de Clachaloze.

Le Bois de la Roche : une forêt au service du duché

Sur le plateau qui domine le château, le Bois de la Roche — deux cents hectares de forêt — constituait une ressource économique majeure pour le duché. Le chartrier de La Roche-Guyon, conservé aux archives départementales du Val-d'Oise sous la cote 10J (2 032 cotes, 103 mètres linéaires de documents du XIIIe au XXe siècle), contient des plans géométriques du bois levés en 1697, 1698 et 1745 sur ordre des ducs de La Rochefoucauld. Ces atlas terriers montrent un domaine forestier parfaitement organisé en coupes, divisé en parcelles aux noms évocateurs : Bois du Prieur, Poirier Vert, Bois de Boisheu, Sur les Gastines, Longueville, Hautes Coutumes, Bois aux Moines. Les coupes étaient vendues aux enchères « à l'extinction de la chandelle » selon un cycle de douze ans, et les bois rapportaient chaque année plus de 14 000 francs au début du XIXe siècle — le principal revenu du domaine.

Le duché jouissait du privilège d'administrer ses propres Eaux et Forêts, avec le droit d'établir les officiers nécessaires : arpenteur, lieutenant des chasses, forestier, gardes des chasses et des bois. Ce sont ces mêmes bois que le LiDAR du Service départemental d'archéologie a sondés en 2019, révélant sous le couvert forestier les traces d'une occupation bien plus ancienne que l'exploitation sylvicole moderne — dont les deux zones de minières potentiellement néolithiques évoquées plus haut.

Le chartrier : 103 mètres d'archives

Le chartrier de La Roche-Guyon constitue l'une des plus importantes collections d'archives seigneuriales du Val-d'Oise. Il couvre une période allant du XIIIe au XXe siècle et contient des documents de toutes natures : titres originaux en parchemin, pièces de comptes, actes de procédure, papiers d'intendance, mémoires, plans, correspondance et ouvrages reliés. Les périodes les mieux représentées sont les XVIIe et XVIIIe siècles, tandis que les XIIIe et XIVe siècles sont lacunaires.

Parmi ces milliers de documents, certains intéressent directement notre territoire : des déclarations censières pour la seigneurie de Clachaloze datées de 1655 à 1668, un acte concernant la fabrique de la paroisse de Gommecourt en 1744, les quatre superbes atlas terriers de 1697 à 1745, et l'aveu imprimé de la duchesse d'Enville de 1771, volumineux mémoire de 87 pages qui décrit en détail le château, ses dépendances et les limites du duché.

Ces archives, longtemps conservées dans une salle du pavillon Villars au château, où la duchesse d'Enville les avait fait classer au XVIIIe siècle par un feudiste — un juriste spécialisé dans les droits féodaux et le classement des titres de propriété — dans des armoires à tiroirs étiquetés, ont connu un parcours mouvementé. Menacées par l'humidité dans les années 1960, elles furent mises sous séquestre judiciaire en 1971 et transférées aux archives départementales en 1975. Après la vente du mobilier du château chez Sotheby's en 1987, le chartrier fut racheté et donné au département du Val-d'Oise en 1988, accompagné des atlas terriers et d'inventaires de la bibliothèque, acquis pour 600 000 francs. Les documents ont été restaurés, inventoriés et sont désormais consultables à Cergy-Pontoise — un trésor documentaire pour quiconque s'intéresse à l'histoire de Gommecourt et de ses environs.

De la forteresse au palais : les métamorphoses du château

Les Silly et l'ascension du domaine

Bertin de Silly, le second mari de Marie de La Roche, fut le premier d'une nouvelle lignée de seigneurs qui allaient transformer une châtellenie médiévale en duché-pairie. Homme d'action autant qu'administrateur avisé, il entreprit dès la signature de l'accord de 1488 d'importants travaux au château, dépensant plus de 2 500 livres pour réparer le donjon et les « tournelles », et construisant « plusieurs beaux édifices nouveaux ». Il obtint également en 1493 la création d'un marché à La Roche-Guyon — chose qui avait été refusée au siècle précédent par les villes voisines de Gisors, Vernon, Les Andelys et Pontoise, qui craignaient la concurrence. Ce marché, tenu tous les mardis avec deux foires annuelles, contribua à faire du bourg un petit centre économique.

Les fils et petits-fils de Bertin poursuivirent l'ascension. Louis de Silly fut un fidèle serviteur de la couronne ; son fils Henri, capitaine de cinquante hommes d'armes, combattit dans les guerres de Religion aux côtés du roi et fut promu chevalier des Ordres par Henri III en 1585. Henri de Silly resta fidèlement dans le camp de la royauté catholique durant les guerres de Religion, mais certains de ses proches et prédécesseurs avaient montré des sympathies pour la Réforme. Ces affinités protestantes au sommet de la châtellenie ont pu laisser des traces durables dans la population de certaines paroisses du duché — un héritage discret dont on retrouvera l'écho bien plus tard, au XIXe siècle, lorsqu'un temple protestant sera édifié à Gommecourt. En récompense de ses services, Charles IX érigea La Roche-Guyon en comté en 1574 par des lettres patentes solennelles qui rappelaient les mérites de la famille depuis Bertin de Silly et « ses prédécesseurs Guy de La Rocheguyon ». Plus tard, en 1621, Louis XIII éleva le comté en duché-pairie — faveur exceptionnelle qui plaçait le seigneur de La Roche-Guyon parmi les plus hauts dignitaires du royaume. Les lettres patentes détaillent les raisons de cette promotion : l'ancienneté du château, la beauté du site, l'étendue du domaine — « un beau et éminent chasteau et place forte » accompagné de « plus de trente seigneuries » et rapportant au moins six mille livres de revenu.

François de Silly, dernier de la lignée, ne profita guère de ce titre. Formé au métier des armes comme ses ancêtres, il mourut au siège de La Rochelle en janvier 1628, à l'âge de quarante-deux ans seulement, sans héritier mâle. Avec lui s'éteignait non seulement la lignée des Silly, mais aussi le titre de duché-pairie : celui-ci était attaché à la personne du duc et à ses héritiers mâles directs, et ne pouvait se transmettre autrement. La terre de La Roche-Guyon perdait ainsi son rang le plus élevé. Son mausolée, élevé par sa veuve Catherine de Matignon dans l'église de La Roche-Guyon, a miraculeusement traversé les siècles — il fut sauvé pendant la Révolution par un officier d'état civil qui l'envoya au musée des Monuments français d'Alexandre Lenoir, d'où il revint à sa place en 1825.

Henri IV et la marquise de Guercheville

Un épisode savoureux éclaire la vie du château à la fin du XVIe siècle. La mère de François de Silly, Antoinette de Pons, était selon les mémoires de l'époque l'une des plus belles femmes de son temps. Veuve à vingt-six ans, elle attira l'attention du roi Henri IV en personne, qui la courtisa avec insistance lors de ses passages dans la région. La dame de La Roche-Guyon résista vertueusement, refusant même de fréquenter la Cour pour ne pas avoir à y croiser le monarque. Un jour que le roi chassait dans les parages, il se détourna de ses gibiers ordinaires pour rendre visite à la « marquise ». Celle-ci, acceptant l'honneur qui lui était fait, se para de ses plus beaux habits et bijoux, illumina le château de torches, prépara un magnifique souper et accueillit le souverain sur le pas de sa porte. Puis elle s'excusa et alla passer la nuit à quelques lieues de là, laissant le roi seul dans son château : « un roi devant être le maître partout où il est ». Henri IV finit par passer à d'autres conquêtes et ne lui en tint pas rancune, puisqu'il signa même le contrat de remariage d'Antoinette. La tradition a conservé le souvenir de la chambre où dormit le roi, au second étage du château.

Henri IV accueilli par Antoinette de Pons à l'entrée du château illuminé de torches, vers 1595 Antoinette de Pons accueille Henri IV au château de La Roche-Guyon illuminé de torches, avant de lui laisser les lieux pour la nuit, vers 1595. Reconstitution.

Les du Plessis-Liancourt et la réunification du domaine

Après la mort de François de Silly, le château revint à sa mère Antoinette de Pons, qui s'était remariée avec Charles du Plessis, seigneur de Liancourt. Malgré l'érection en duché, le domaine n'avait jamais été totalement réunifié depuis le conflit avec les d'Estouteville. L'accord de 1488 avait donné La Roche-Guyon aux Silly et Roncheville aux d'Estouteville, mais les descendants de ces derniers — par les Espinay, puis les Brion, puis les Rohan-Guéméné — avaient conservé des portions indivises de la châtellenie. De leur côté, les cadets et sœurs de la famille Silly avaient reçu chacun un sixième des biens nobles selon la coutume de Senlis. Antoinette de Pons héritait donc d'un domaine prestigieux mais fragmenté.

Elle et Charles du Plessis entreprirent patiemment de reconstituer l'ensemble. Rachat après rachat — le « sixième de Brion » en 1606 pour 36 000 livres, le « neuvième de Guéméné » en 1616 pour 16 500 livres chacun, puis d'autres portions encore — le domaine retrouva peu à peu son intégrité. C'est également en 1615 que François de Silly, juste avant sa mort, acheta la seigneurie de Gommecourt aux Mornay par contrat passé devant les notaires parisiens René Comtesse et son confrère — rattachant ainsi le bourg au duché pour la première fois.

Leur fils Roger du Plessis poursuivit cette politique en acquérant les seigneuries voisines de Lavacourt, Moisson, Saint-Martin-la-Garenne, Rolleboise, Méricourt, Mousseaux et Sandrancourt. Tous ces fiefs étaient loués à des fermiers et dégageaient chaque année d'importants revenus. Le titre ducal s'étant éteint avec les Silly, Roger du Plessis obtint de Louis XIII puis de Louis XIV de nouvelles lettres patentes rétablissant La Roche-Guyon en duché-pairie — cette fois pour la famille de Liancourt. Le domaine atteignait alors son extension maximale.

Les La Rochefoucauld et le siècle des Lumières

En 1659, le mariage de Jeanne Charlotte du Plessis-Liancourt avec François VII de La Rochefoucauld — petit-fils de l'auteur des célèbres Maximes — fit entrer La Roche-Guyon dans l'une des plus grandes familles de France. Les La Rochefoucauld allaient régner sur le domaine pendant près de deux siècles, le transformant profondément.

C'est Alexandre de La Rochefoucauld, duc de La Roche-Guyon pendant près de cinquante ans au XVIIIe siècle, qui donna au château sa physionomie actuelle. Il fit construire les grandes écuries, le pavillon d'Enville sur la haute terrasse, la cour d'honneur avec son escalier monumental orné d'un cheval cabré par le sculpteur Jamay, et fit aménager le potager en 1736 — ces 3,8 hectares qui en font aujourd'hui le plus grand potager d'Île-de-France après celui de Versailles. La richesse de ce potager tenait pour beaucoup à un secret d'engrais vieux comme le château : la colombine, la fiente des pigeons élevés dans le pigeonnier troglodytique creusé dans la falaise au XVIIe siècle, sur le chemin qui monte au donjon. Riche en azote et en acide phosphorique, la colombine était le meilleur engrais naturel connu avant l'arrivée des produits chimiques — on estimait qu'un seul nid de pigeon suffisait à fumer un demi-hectare de terre. D'autres pigeonniers existaient dans le domaine, notamment à Haute-Isle et à Clachaloze, où un colombier troglodytique est encore visible dans la falaise. Il fit également venir l'eau courante au château depuis une source captée sur les hauteurs de Chérence, alimentant au passage une fontaine publique sur la place du marché « pour la commodité et utilité publique ».

Sa fille, Louise Élisabeth de La Rochefoucauld, duchesse d'Enville, poursuivit cette œuvre en femme des Lumières. Émancipée à trente ans par le décès prématuré de son mari, elle ouvrit les salons de La Roche-Guyon aux grands esprits de son temps. Voltaire, Turgot, Condorcet, l'encyclopédiste Diderot y séjournèrent. Le château comportait une trentaine de chambres, chacune attribuée à un hôte régulier — Turgot y avait même « une chambre attitrée ». La duchesse créa une bibliothèque de dix mille volumes, fit aménager en 1769 un petit théâtre troglodytique de cinquante places sous le grand salon, et introduisit dans le duché la culture de la pomme de terre et le croisement des races de moutons. Diderot la décrivit ainsi : « Bon châtelain, actif, industrieux, agronome, philanthrope et très honnête homme (...). Sa fortune immense servait à répandre des bienfaits, à encourager l'industrie, à mettre le pauvre en état de gagner sa vie par son travail. »

Le salon de la duchesse d'Enville au château de La Roche-Guyon, vers 1770 Le salon de la duchesse d'Enville : Voltaire, Turgot, Condorcet et Diderot y séjournèrent. Reconstitution.

🔎 FOCUS : Le théâtre troglodytique de la duchesse

En 1769, la duchesse d'Enville fit aménager sous le grand salon du château un petit théâtre de cinquante places, entièrement creusé dans la craie. L'idée peut surprendre, mais elle est parfaitement dans l'esprit des Lumières : apporter la culture jusque dans la roche, transformer un abri de guerre en lieu de spectacle, faire de la nature même du site un décor de théâtre.

La salle, de dimensions modestes, était équipée d'une scène, de gradins et d'un système rudimentaire de machinerie théâtrale. Les murs de craie, lissés et blanchis, servaient de réflecteurs acoustiques naturels — la pierre tendre du Vexin offre une résonance étonnamment douce. La duchesse y faisait représenter des pièces de société pour ses invités, dans une ambiance que l'on imagine à la fois intime et spectaculaire : un théâtre souterrain, éclairé à la chandelle, au cœur d'une falaise qui avait abrité des guetteurs et des soldats pendant des siècles.

Ce théâtre est l'un des rares théâtres privés troglodytiques de France. Fermé au public depuis des décennies en raison de sa fragilité, il fait l'objet depuis 2020 d'un ambitieux programme de restauration soutenu par la Mission Patrimoine de Stéphane Bern et le département du Val-d'Oise. Sa réouverture permettra aux visiteurs de découvrir l'une des facettes les plus surprenantes du château — celle où la forteresse médiévale se fait salon de spectacle.

Pour les habitants de Gommecourt comme des autres paroisses du duché, cette philanthropie se traduisait concrètement : la duchesse diminuait les tailles en période de disette, faisait distribuer du blé à prix coûtant, commandait des travaux sur les chemins et les bâtiments pour donner du travail aux indigents, et entretenait des confréries de charité dans chaque paroisse — dont celle de Gommecourt, mentionnée dans l'acte de 1669.

La Révolution et le XIXe siècle : de la démolition à la redécouverte

L'assassinat de Gisors et la Terreur

La duchesse d'Enville ne vit pas la fin de l'Ancien Régime qu'elle avait contribué à réformer. Son fils Louis Alexandre, grand ami de Condorcet, s'était fait élire député de la noblesse aux États généraux et avait siégé à l'Assemblée constituante. Mais la Révolution dévora ses propres partisans : le 4 septembre 1792, alors qu'il était conduit sous escorte vers Paris, Louis Alexandre fut reconnu par la foule à Gisors. Un pavé l'atteignit au crâne, des coups de sabre s'abattirent sur lui, et on parvint de justesse à empêcher les émeutiers de lui trancher la tête pour la promener au bout d'une pique. Sa mère et sa femme, qui l'accompagnaient dans le carrosse, purent s'enfuir jusqu'à La Roche-Guyon, « saines et sauves mais totalement bouleversées ».

La Terreur n'épargna pas le château. En novembre 1793, des commissaires du district de Mantes firent démolir une partie du donjon — « signe trop visible de la féodalité » — mais les ouvriers, lassés de ce travail titanesque, se contentèrent d'en réduire la hauteur, ne laissant que la vingtaine de mètres encore visible aujourd'hui. En décembre, on exhuma les cercueils de plomb des anciens seigneurs pour en récupérer le métal — 770 livres de plomb. La duchesse d'Enville elle-même fut arrêtée en novembre 1793, avec sa petite-fille, et emprisonnée près d'un an à Paris, malgré les pétitions de 124 habitants de la région qui louaient « la bonté de cette grande dame envers la population ».

La vieille duchesse, libérée en octobre 1794, passa les dernières années de sa vie à régler le partage de ses immenses biens avec la Nation. Le domaine de La Roche-Guyon, évalué à 2 200 000 francs, fut l'un des lots qu'elle parvint à conserver. Elle mourut à Paris le 31 mai 1797, à l'âge de quatre-vingts ans.

Le partage des communs : Gommecourt et Clachaloze deviennent propriétaires

Pendant que la duchesse négociait le sort du château, les habitants de Gommecourt vivaient eux aussi leur révolution — plus concrète et plus immédiate. En janvier 1794, le citoyen Maistre, agent national du district de Mantes, adressa à la commune une lettre menaçante : « je vous préviens que si vous ne vous mettez à faire ce partage je vous dénoncerai au comité de salut public de la Convention (...) nous connaissons les coupables ». Il s'agissait de partager les 375 arpents de communs et de marais que Gommecourt partageait avec Limetz et Bennecourt depuis des siècles — ces mêmes terres que la commission royale de 1570 avait arpentées et que l'aveu de la duchesse d'Enville décrivait encore comme dépendance du duché.

L'assemblée générale des citoyens se réunit le 28 pluviôse an II (février 1794) dans l'église de Gommecourt et décida de faire deux lots : un pour les citoyens de Gommecourt, l'autre pour ceux de « Clachaloze, hameau dépendant dudit Gommecourt ». Même dans l'acte révolutionnaire, la dualité entre le bourg et son hameau était respectée. La répartition se ferait au prorata du nombre d'individus dans chaque partie, avec des chemins de dix pieds de largeur et un fossé de six pieds creusé à frais communs. Ceux qui préféreraient garder leur part en pâture la prendraient « au bout vers la commune de Bennecourt ».

En mars, la municipalité dressa la liste des ayants droit : 682 individus furent comptés, les enfants à naître après cette date étant exclus du partage. Restait à décider du mode de répartition. En mai, dans le « temple de la Raison » — l'église rebaptisée pour l'occasion —, l'assemblée vota par appel nominal : ceux qui voulaient un partage par tête de famille passèrent à droite, ceux qui préféraient un partage par individu à gauche. « Toute l'assemblée ayant passé du côté droit, excepté quatre ou cinq qui n'ont voulu passer d'un côté ni de l'autre », le partage par tête de famille fut adopté à une écrasante majorité.

📖 SCÈNE DE VIE : Le partage
Gommecourt, dans le « temple de la Raison », 22 floréal an II (mai 1794)

L'église de Gommecourt n'est plus l'église de Gommecourt. On a retiré les statues des saints Crépin et Crépinien, patrons de la paroisse, et recouvert le tabernacle d'un drap tricolore. Au-dessus du portail, une pancarte en lettres noires annonce : « Temple de la Raison ». Le curé Avoine, qui était encore maire il y a deux ans, n'est plus là — les prêtres constitutionnels n'ont plus la cote en l'an II. C'est Jean Mantois, cultivateur, qui préside l'assemblée en qualité de maire.

La nef est pleine. Il y a là les Escalard, les Guerbois, les Demante, les Saintard, les Letonnelier — les mêmes familles qui signaient le cahier de doléances cinq ans plus tôt, les mêmes qui ont refusé de racheter les pressoirs banaux au duc de La Rochefoucauld. Mais aujourd'hui l'enjeu est autre. Il ne s'agit plus de redevances ni de pressoirs : il s'agit de la terre. Ces 375 arpents de marais et de communs que leurs ancêtres ont fauchés, pâturés et labourés pendant des siècles au profit du duché de La Roche-Guyon vont enfin leur appartenir. Le district de Mantes l'a exigé, et la menace du comité de salut public ne laisse aucune place à la tergiversation.

Mantois se lève et explique la question du jour : faut-il partager par tête de famille ou par individu ? La différence n'est pas anodine : un partage par individu avantagerait les familles nombreuses, un partage par tête de famille donnerait la même part à chaque foyer, qu'il ait deux ou dix bouches à nourrir. Le maire propose un vote à main levée, puis se ravise : on votera avec les pieds. Ceux qui veulent le partage par famille passeront à droite, ceux qui préfèrent le partage par individu iront à gauche.

Un murmure parcourt l'assemblée. Puis, d'un mouvement presque unanime, les citoyens et citoyennes de Gommecourt se lèvent et passent du côté droit de la nef. La vieille Marie Quédeville, qui tient seule la ferme de son mari décédé, se retrouve à côté du jeune Sébastien Escalard, vingt-deux ans, qui vient d'hériter de trois arpents de vigne. Quatre ou cinq indécis restent plantés au milieu de l'allée centrale, ne sachant de quel côté se tourner. Le greffier note scrupuleusement : « Toute l'assemblée ayant passé du côté droit, excepté quatre ou cinq qui n'ont voulu passer d'un côté ni de l'autre. » C'est fait. Le partage se fera par tête de famille.

Dehors, le soleil de mai éclaire les vignes sur la côte et les marais en contrebas, vers Bennecourt. Ces marais que les habitants de Gommecourt et de Clachaloze vont bientôt se partager, lot par lot, fossé par fossé, avec un arpenteur payé cent huit livres et deux experts nommés pour « poser les niveaux et la nature ». Le monde ancien s'achève dans le temple de la Raison, entre un vote à main levée et un marché d'arpentage.

L'assemblée des citoyens de Gommecourt votant le partage des terres communales dans le temple de la Raison, mai 1794
Dans le « temple de la Raison », les citoyens de Gommecourt votent le partage des terres communales, mai 1794. Reconstitution.

Pour la première fois de leur histoire, les habitants de Gommecourt et de Clachaloze devenaient propriétaires des terres qu'ils avaient travaillées pendant des siècles au profit du duché de La Roche-Guyon.

Les Rohan-Chabot et les visiteurs illustres

Le domaine passa alors aux Rohan-Chabot, descendants de la duchesse par sa petite-fille. Alexandre de Rohan-Chabot, émigré pendant la Révolution, revint sous le Consulat et vécut largement à La Roche-Guyon. Son fils aîné, Louis François, devenu archevêque de Besançon puis cardinal, imprima au château un caractère quasi monastique — messes quotidiennes, bibliothèque expurgée, autodafé d'ouvrages jugés séditieux dans la cour. Un jeune séminariste de passage en 1825, futur évêque, écrivit à sa mère : « M. le duc a été pour moi d'un froid glaçant (...). Le château de la Roche-Guyon reste toujours une des choses les plus étonnantes de France sous toutes ses formes — mais ce n'est pas gai. »

Avant cette période austère, le château avait reçu des visiteurs plus légers. Le poète Lamartine y séjourna à Pâques 1819 et y composa, dit-on, une Méditation poétique. Victor Hugo y vint en 1821 puis en 1835. Lors de son second passage, il écrivit à sa femme : « Je suis à la Roche-Guyon, et j'y pense à toi (...). Rien n'est changé non plus dans le château, excepté le maître qui est mort, et le passant, qui suis vieilli. D'ailleurs c'est encore le même ameublement seigneurial ; j'ai revu le fauteuil où s'est assis Louis XIV, le lit où a couché Henri IV. »

En 1829, le cardinal de Rohan vendit le château à la famille de La Rochefoucauld — non pas la branche aînée qui l'avait possédé jadis, mais une branche cadette issue de Marie de La Rochefoucauld, sœur de la duchesse d'Enville. Le château retrouvait ainsi le nom de ses anciens maîtres.

Le XIXe siècle : le pont et l'hôpital

Le XIXe siècle fut celui de la modernisation tranquille. Entre 1837 et 1841, on construisit le premier pont sur la Seine à La Roche-Guyon — un pont suspendu en bois, à péage, conçu par l'ingénieur Adolphe Boulland avec une concession de 99 ans. Pour les habitants de Gommecourt et de la rive droite, ce pont remplaçait l'antique bac et ouvrait un accès direct à la boucle de Moisson et à la gare de Bonnières, d'où un omnibus à cheval mettait Paris à trois heures.

Le comte Georges de La Rochefoucauld fonda en 1850 un petit hôpital à La Roche-Guyon, qui porte toujours son nom. L'établissement, doté de 111 lits, accueillait des enfants convalescents de Paris. En 1862, le donjon fut inscrit à l'inventaire des Monuments historiques — première reconnaissance officielle de la valeur patrimoniale du site.

La première moitié du XXe siècle

Pierre de La Rochefoucauld, maire de La Roche-Guyon de 1894 à 1908, marqua le tournant du siècle. Mais le premier pont suspendu, vieillissant, fut démoli en 1914 ; la guerre empêcha la construction de son successeur et un bac dut être remis en service entre les deux rives. Le pont en béton armé ne fut finalement achevé qu'en 1932. Entre-temps, Gilbert de La Rochefoucauld, formé à l'École Navale de Brest, s'était distingué durant la Première Guerre mondiale dans la lutte contre les sous-marins, recevant la Légion d'honneur et une citation à l'ordre de l'armée navale en 1917. Le 6 janvier 1943, le château d'en bas fut inscrit aux Monuments historiques — une reconnaissance tardive, quelques semaines seulement avant que le site ne change brutalement de vocation.

Rommel à La Roche-Guyon

Le château entra brutalement dans la Seconde Guerre mondiale le 9 juin 1940, lorsque le Génie français fit sauter le pont flambant neuf — reconstruit en béton armé entre 1932 et 1939 — avec 400 kilos de cheddite pour freiner l'avance des troupes allemandes. La détonation, dont personne n'avait été prévenu, fit voler en éclats les fenêtres du village, du château et même de l'hôpital. Un bac remplaça le pont détruit — retour en arrière d'un siècle.

En février 1944, le maréchal Erwin Rommel, commandant l'armée chargée de la défense des côtes françaises face au débarquement allié pressenti, choisit le château de La Roche-Guyon pour y installer son quartier général. Il s'établit au premier étage du pavillon d'Enville, la partie la plus belle du château, meublée de façon cossue et toujours ornée des tapisseries des Gobelins représentant l'histoire d'Esther. La famille de La Rochefoucauld se retrouva confinée au second étage du grand corps de logis. Rommel débarqua avec 1 500 hommes dans un village qui comptait 543 habitants — La Roche-Guyon devint le village le plus occupé de France.

Le maréchal Rommel dans le pavillon d'Enville, devant ses cartes d'état-major, février 1944 Rommel installe son quartier général au pavillon d'Enville, sous les tapisseries des Gobelins. Reconstitution.

Le maréchal partageait avec son chef d'état-major, le général Hans Speidel, le projet secret de destituer Hitler. Des réunions clandestines eurent lieu au château avec de hauts responsables allemands qui envisageaient de placer Rommel à la tête du pays après la neutralisation du Führer. Mais les attentats contre Hitler échouèrent, et le débarquement du 6 juin 1944 surprit tout le monde — y compris Rommel, qui était ce jour-là en Allemagne pour l'anniversaire de sa femme. Le 17 juillet, revenant d'une inspection, sa voiture fut mitraillée par deux avions alliés. Grièvement blessé, il fut évacué. Compromis dans le complot du 20 juillet, il fut contraint au suicide en octobre suivant.

Les combats de la libération frappèrent durement le château et tout le secteur. Le 25 août 1944, l'aviation britannique largua 64 bombes sur le village et une dizaine sur le château et ses dépendances. La toiture du pavillon d'Enville fut crevée, les grandes écuries dévastées, la cour d'honneur endommagée. Il n'y eut pas de victime civile dans le bourg — tout le monde s'était réfugié dans les boves. Dans le même temps, la bataille du Vexin faisait rage dans les communes voisines : les troupes américaines, ayant franchi la Seine à hauteur de Mantes le 20 août, se heurtèrent à la résistance allemande sur une ligne Vétheuil-Porcheville. Le 22 août, quinze civils furent fusillés à Charmont en représailles d'une action de résistance à Arthies et Aincourt — des communes de l'ancienne châtellenie de La Roche-Guyon.

Pendant ce temps, Bernard de La Rochefoucauld, dernier petit-fils de Pierre, engagé dans le réseau de résistance Prosper près de Falaise, avait été arrêté en juillet 1943 avec sa femme Yvonne Crépon. Il mourut au camp de Flossenbürg le 4 juin 1944, deux jours avant le Débarquement. Sa femme survécut à Ravensbrück.

Sauver le château : de la ruine au patrimoine vivant

La reconstruction du château prit deux décennies. Les travaux, pris en charge au titre des dommages de guerre, ne furent totalement achevés qu'en 1958 pour le château lui-même, et vers 1965 pour les aménagements intérieurs. Les grandes écuries, « parmi les plus belles construites au commencement du XVIIIe siècle » selon l'architecte en chef Robert Camelot, restèrent longtemps en ruines faute de crédits suffisants. Le donjon, lui, fut simplement rejointoyé pour éviter les chutes de pierres.

Les décennies suivantes virent le domaine se réduire comme peau de chagrin. Gilbert de La Rochefoucauld, capitaine de vaisseau héros de la guerre sous-marine, mourut au château en 1964. Sa succession, partagée entre de nombreux héritiers, s'avéra impossible à régler sans vendre une partie du patrimoine. En 1987, presque tout le contenu du château — meubles, tapisseries, et surtout la bibliothèque de dix mille volumes remontant à la duchesse d'Enville — fut dispersé aux enchères chez Sotheby's à Monaco. Les quatre célèbres tapisseries d'Esther, classées Monuments historiques, furent acquises par le grand couturier Karl Lagerfeld. Après sa mort en 2019, elles furent rachetées par le département du Val-d'Oise et le ministère de la Culture pour retrouver leur place historique dans le grand salon du château.

Le chartrier, menacé par l'humidité depuis les années 1960, fut sauvé de justesse : mis sous séquestre judiciaire en 1971, transféré aux archives départementales en 1975, il fut finalement donné au département du Val-d'Oise en 1988 avec les atlas terriers et des inventaires de bibliothèque. Ces 103 mètres linéaires de documents, restaurés et inventoriés, sont désormais consultables à Cergy-Pontoise.

En 1994, le château fut confié à une association de sauvegarde dans le cadre d'un bail emphytéotique (un bail de très longue durée, ici plusieurs décennies) avec la famille de La Rochefoucauld, toujours propriétaire. Pour la première fois de son histoire, le château s'ouvrit largement au public. En 1996, l'antique escalier creusé dans la falaise, celui-là même qu'empruntaient les sires de La Roche pour accéder au donjon, fut remis en état et ouvert aux visiteurs. Depuis 2004, un Établissement Public de Coopération Culturelle (EPCC), constitué par le département du Val-d'Oise, le Parc naturel régional du Vexin français, la commune de La Roche-Guyon et l'État, gère le domaine.

Le potager, restitué dans son tracé de 1741, a reçu le label Jardin remarquable en 2011. Ses 675 arbres fruitiers et ses parcelles de plantes potagères et aromatiques sont cultivés selon les méthodes de l'agriculture biologique depuis 2007. Le petit théâtre troglodytique de la duchesse d'Enville, fermé au public depuis des décennies, fait l'objet d'un programme de restauration soutenu par la Mission Patrimoine de Stéphane Bern et le département du Val-d'Oise.

Le duc Guy-Antoine de La Rochefoucauld, actuel titulaire du titre, habite au second étage du château avec son épouse Yolaine Leclerc de Hauteclocque, petite-fille du général Leclerc. Leur fils Louis-Antoine a créé une distillerie artisanale au domaine, signe que la famille cherche à inscrire le château dans l'économie locale autant que dans le patrimoine. Quelque 80 000 visiteurs viennent chaque année découvrir le site — le lieu touristique le plus fréquenté du département.

Six siècles de carrefour

Du guetteur scrutant les voiles vikings sur la Seine au maréchal Rommel déployant ses cartes d'état-major dans le grand salon, du sire Guy rendant hommage à Philippe Auguste au duc Guy-Antoine accueillant les touristes du XXIe siècle, La Roche-Guyon n'a jamais cessé de remplir la même fonction : tenir le carrefour.

Carrefour géographique d'abord : la sentinelle qui surveille la Seine en aval du confluent de l'Epte à Limetz, là où le Vexin français regarde le Vexin normand, où la falaise de craie plonge vers le fleuve. Carrefour politique ensuite : frontière du royaume face aux Normands, face aux Anglais, face aux Allemands. Carrefour culturel enfin : salon des Lumières ouvert aux philosophes, bibliothèque de dix mille volumes, théâtre souterrain, potager expérimental.

Pour Gommecourt et Clachaloze, La Roche-Guyon a été pendant des siècles le centre de gravité de la vie locale — le lieu où l'on rendait hommage, où l'on payait ses redevances, où l'on portait ses récoltes au pressoir banal, où le tabellion authentifiait les actes, où le bailli rendait la justice. Le fief de Clachaloze « mouvant de la Roche-Guyon » en 1399, les pressoirs banaux proposés aux habitants de Gommecourt en 1790 : entre ces deux dates, quatre siècles d'une relation de dépendance qui a façonné la vie du village autant que la géographie de la vallée.

La Révolution a rompu le lien féodal, et le découpage de l'ancienne Seine-et-Oise en 1968 a séparé les deux villages entre deux départements — Gommecourt dans les Yvelines, La Roche-Guyon dans le Val-d'Oise. Mais la géographie, elle, n'a pas changé. Les deux communes partagent le même Parc naturel régional du Vexin français, le même paysage de falaises et de méandres, les mêmes chemins de crête. Et depuis le promontoire du Val Raux, au-dessus de Clachaloze, le regard porte toujours vers l'est, là où la falaise blanche du château se découpe sur le ciel — sentinelle immuable au-dessus de la Seine.

Sources et pour aller plus loin

Sources principales :

  • Jean-Claude Gilles, Châteaux et châtelains du Vexin français, t. 5 : La Roche-Guyon, [s.d.], p. 1-78.
  • Carolus Barré, Les Anciens seigneurs de Saint-Clair-sur-Epte, XIIe-XVe siècle, extrait du t. XLV de la Société Historique et Archéologique de Pontoise et du Vexin, Pontoise, Imprimeries Desableaux, 1936.
  • Chartrier de La Roche-Guyon, Archives départementales du Val-d'Oise, série 10J (2 032 cotes, XIIIe-XXe siècle). Répertoire méthodique détaillé par G. Daufresne, complété par M.-H. Peltier et P. Lapalu, 2011, rév. 2021.
  • Ferrant, Monographie du village de Gommecourt, 1899. En ligne : gommecourt-et-environs.fr.
  • Registres de délibérations de la commune de Gommecourt, août 1790 (pressoirs banaux). Archives communales.
  • Victor Bourselet et Henri Clérisse, Mantes et son arrondissement, Mantes, Impr. Am. Beaumont, 1933.

Sources complémentaires :

  • Pierrick Tigreat, « LiDAR. Bois de la Roche (Amenucourt, Haute-Isle, La Roche-Guyon) », in J.-G. Pariat (dir.), Territoire et terroirs du Néolithique dans le Val-d'Oise, PCR 2019, p. 130-158.
  • Suger, Vie de Louis VI le Gros, éd. H. Waquet, Paris, Les Belles Lettres, 1964.
  • Émile Rousse, La Roche-Guyon, 1892, 495 p.
  • Émile Rousse, Une famille féodale au XVe et XVIe siècles : les Silly, seigneurs de La Roche-Guyon, Paris, Hachette, 1898.
  • Bruno Renoult et Geneviève Havelange, La bataille du Vexin, mémorial des combats de la libération, 2004.
  • CAG 78 (Y. Barat), notices La Roche-Guyon, Haute-Isle, Bennecourt.
  • Site du château de La Roche-Guyon : chateaudelarocheguyon.fr