Blason de Limetz-Villez

Limetz-Villez commune (issue de la fusion de Limetz et Villez en 1967)

Blason commun de Limetz-Villez. La couronne murale qui surmonte l'écu symbolise les châteaux du seigneur de Melleville, des seigneurs de Vaux et le château fort de la Bosse-Marnière ; les deux ondes représentent la Seine et l'Epte, ainsi que la frontière entre Vexin français et Vexin normand.

Vue générale de Limetz-Villez
Vue générale de Limetz-Villez, au pied du coteau et au bord de l'Epte Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Carte de situation de Limetz-Villez dans le département des Yvelines
Situation de Limetz-Villez dans le département des Yvelines Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Yvelines (78)
Communauté de communes
CC Les Portes de l'Île-de-France
Position
Au confluent de la Seine et de l'Epte, dans l'extrême nord-ouest des Yvelines, voisine immédiate de Gommecourt au sud et de Giverny au nord — frontière historique entre Île-de-France et Normandie depuis le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911).

Carte d'identité

Limetz-Villez est une commune des Yvelines (~2 100 habitants, Carcaïens et Carcaïennes) qui occupe à l'extrême nord-ouest du département une position remarquable : elle s'étend de part et d'autre de l'Epte au cœur même de la confluence Seine-Epte, juste avant que la rivière ne se jette dans le fleuve. Le territoire communal (9,35 km²) s'organise autour de deux noyaux d'habitat — le bourg de Limetz au sud-est, le hameau de Villez au nord-ouest — réunis par la fusion communale du 20 mars 1967. Limetz-Villez appartient à la communauté de communes Les Portes de l'Île-de-France (CCPIF), comme la plupart des communes voisines.

La configuration géographique fait de Limetz-Villez un carrefour de frontières administratives : à quelques centaines de mètres de son centre se rejoignent les départements des Yvelines (78), de l'Eure (27, à Giverny et au-delà) et — un peu plus en aval — du Val-d'Oise (95). C'est la même frontière qui sépare aujourd'hui ces trois départements et qui séparait, depuis 911, le Vexin français du Vexin normand par le traité de Saint-Clair-sur-Epte. Selon la tradition rapportée par les Amis du Vexin français, le nom même de Limetz dériverait du latin limes (« limite »), ce qui en ferait, étymologiquement, la « commune-frontière ».

Voisine immédiate de Gommecourt

Limetz-Villez est l'une des communes les plus directement liées à Gommecourt, sa voisine immédiate au sud sur la même rive de l'Epte. Les deux communes partagent un même fond de vallée, traversé par la même rivière et longé par les mêmes coteaux. Cette proximité s'enracine dans une longue histoire commune. C'est en 1118 que la guerre franco-normande oppose, à la frontière de l'Epte, le roi de France au duc de Normandie, l'épisode ayant culminé avec l'édification du contre-château aujourd'hui identifié à la motte de Bellevue sur le territoire de Gommecourt — voir l'article dédié à La tour de Bellevue.

Le confluent Seine-Epte

La confluence de la Seine et de l'Epte se trouve physiquement sur le territoire de Limetz-Villez. Cette confluence n'est pas seulement géographique : elle est aussi profondément historique, marquant la frontière entre la Francie occidentale des rois carolingiens et la Normandie attribuée à Rollon par le traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911. Pendant tout le Moyen Âge, l'Epte a constitué la limite linguistique, juridique et fiscale entre deux mondes qui se rejoignaient ici à la Seine. À l'aval immédiat du confluent, le petit bras de l'Epte (le « Ru ») traverse le territoire avant de rejoindre le grand bras qui longe le village et constitue les célèbres jardins d'eau de Giverny — Monet y a installé son bassin aux Nymphéas vers 1893, en dérivant le Ru.

La villa gallo-romaine de la Bosse-Marnière

Le site archéologique majeur de la commune — et l'un des plus importants du nord-ouest des Yvelines — est la villa gallo-romaine de la Bosse-Marnière, découverte en 1980 au lieu-dit Le Fort de la Bosse-Marnière (ainsi qu'au lieu-dit voisin Le Gué aux Prêtres), fouillée de 1981 à 1985 sous la direction de Pierre-Jean Trombetta (Service Archéologique Départemental des Yvelines), puis de Paul Van Ossel (Université Paris I) pour l'aile sud. La villa fut occupée du Ier au IIIe siècle apr. J.-C. Caractéristique remarquable, ses bains privés à hypocauste (chauffage par le sol) ont été retrouvés en excellent état de conservation, au point qu'ils servent aujourd'hui de référence pédagogique pour tout le département des Yvelines. La villa illustre ainsi le mode de vie gallo-romain dans tout son raffinement : hypocauste, fragments de peintures murales, cours intérieures. Des restes de plusieurs nouveau-nés ont en outre été déposés à proximité immédiate du mur d'enceinte — pratique caractéristique des sépultures domestiques de très jeunes enfants à l'époque romaine. Le site, contigu au territoire de Gommecourt à quelques centaines de mètres seulement, faute de moyens pour sa conservation et sa mise en valeur, a été rebouché à la fin de la dernière campagne de fouilles. Cette absence de valorisation reste un regret patrimonial pour le secteur, où un tel site, voisin du sanctuaire gaulois et gallo-romain de Bennecourt, aurait pu nourrir un véritable parcours archéologique régional.

À ces vestiges majeurs s'ajoutent quelques découvertes mineures : des médailles à l'effigie de Trajan (98-117) ont été mises au jour dans le bourg lors de travaux à la fin du XIXe siècle ; au Moyen Âge, une fibule ansée digitée mérovingienne en argent doré (début du VIe siècle) atteste la présence d'une élite franque dans la région après la chute de l'Empire romain.

Limetz-Villez vue par Claude Monet

C'est à Limetz-Villez que Claude Monet (1840-1926) a peint plusieurs de ses œuvres impressionnistes les plus célèbres, depuis sa résidence de Giverny voisine. La fameuse série des Peupliers (1891) — Les Peupliers, fin d'automne, Les Trois arbres, printemps, etc. — a été réalisée le long du bras de l'Epte qui longe la commune, et la rangée d'arbres qui les inspirait y est, en partie, toujours visible. Le Moulin de Limetz (1888) est une autre toile majeure, dédiée à un moulin à eau du XVIIIe siècle aujourd'hui démoli ; l'une de ses deux versions a été adjugée 21,7 millions de dollars chez Christie's en mai 2024. Monet a peint depuis la rive de Limetz-Villez plusieurs vues de la rive opposée : La Seine à Port-Villez (1885), La Seine à Port-Villez, effet du soir (1894), Les Îlots de Port-Villez (1897). La commune fait aujourd'hui partie du Chemin des Impressionnistes et accueille régulièrement des visiteurs attirés par cet héritage pictural.

Le peintre et sculpteur Gabriel Girodon (1884-1941), Grand Prix de Rome de peinture en 1912, a également résidé à Limetz-Villez — il a fait don d'une Piéta (huile sur toile, 1932) et d'un vitrail à l'église paroissiale.

Patrimoine bâti

L'église Saint-Sulpice de Limetz est l'élément patrimonial majeur de la commune. Son clocher et les chapelles formant le transept et le chœur sont inscrits au titre des Monuments Historiques par arrêté du 10 décembre 1927. L'édifice, dont les parties les plus anciennes (la nef et la base du clocher) remontent à la période romane, fut remanié à plusieurs reprises : le chœur reconstruit à la fin du XIIe siècle sur plan rectangulaire, une chapelle nord à double travée ajoutée peu après, et les chapelles sud reconstruites dans le dernier quart du XVe siècle. Le clocher — une tour carrée du XIIe siècle surélevée au XIIIe — est coiffé d'une toiture en ardoises à quatre pans. Originellement placée sous le vocable de saint Pierre, l'église a ensuite reçu celui de saint Sulpice. Elle conserve un retable de L'Adoration des rois mages de 1701, la Piéta de Girodon (1932) et un vitrail du même artiste.

La croix de cimetière, du XVIe siècle, est classée Monument Historique depuis le 1er avril 1966 (référence Mérimée PA00087472) — élément remarquable de la sculpture monumentale de la Renaissance dans le Vexin, ornée d'une tête d'ange et d'une Vierge à l'Enfant.

À ces deux monuments protégés s'ajoutent plusieurs éléments patrimoniaux non classés mais représentatifs de l'identité communale : le lavoir de Limetz sur l'Epte, doté d'un ingénieux plancher ajustable permettant de s'adapter aux crues fréquentes ; le moulin de Villez au bord de l'Epte ; et les vestiges du moulin de Limetz peint par Monet, démoli au XXe siècle. La Croix Monnier, croix de chemin de date inconnue, jalonnait également l'ancienne frontière entre Limetz et Gommecourt sur la départementale qui relie les deux communes ; détruite par un accident de la route au début des années 2010 et restaurée par un artisan, elle a été repositionnée du côté gommecourtois.

Géographie et limites communales

Limetz-Villez est limitrophe de quatre communes : Gommecourt au sud, Bennecourt à l'est (avec son hameau de Gloton à proximité), Giverny au nord (séparée par l'Epte), et la commune nouvelle de Notre-Dame-de-la-Mer à l'ouest sur l'autre rive de la Seine — l'ancienne commune de Port-Villez étant directement face à Limetz-Villez. Limetz-Villez n'a aujourd'hui aucun pont franchissant la Seine sur son territoire ; le bac saisonnier de Vétheuil, qui assure l'unique traversée actuelle de la Seine entre Mantes-la-Jolie et Bonnières-sur-Seine, se trouve plus en aval.

Le paysage communal alterne terres agricoles (63 % du territoire), bois (19 %), espaces urbanisés et voiries (14 %) et cours d'eau (4 %, Seine et Epte). La commune fait partie de l'opération d'intérêt national Seine-Aval et du Parc naturel régional du Vexin français, dans une zone reconnue pour la qualité de ses paysages fluviaux et ses milieux humides.

Pour aller plus loin

Les liens internes ci-dessus renvoient aux notices de Gommecourt et de Giverny, qui complètent la compréhension de cette portion de la confluence Seine-Epte. La fortune picturale de Limetz-Villez sera synthétisée dans un futur article du site consacré aux peintres et personnalités ayant marqué la région.

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Lommoye

L'église Saint-Léger de Lommoye
L'église Saint-Léger (XIIIᵉ-XVIᵉ siècles), avec son portail roman aux archivoltes ornées d'étoiles et de zigzags — l'un des plus beaux morceaux d'art roman du Mantois rural. CC BY-SA, via Wikimedia Commons
Carte de situation de Lommoye dans le département des Yvelines
Situation de Lommoye dans le département des Yvelines Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Yvelines (78)
Communauté de communes
Communauté de communes des Portes de l'Île-de-France
Position
Village rural du Mantois, sur le plateau agricole entre Bonnières-sur-Seine et la limite du département de l'Eure, à environ 8 km au sud-ouest de Bonnières et à la ligne de partage des eaux Seine-Eure ; brûlée par Henri II d'Angleterre en 1188, et liée féodalement à Rosny puis à la lignée Mauvoisin.

Carte d'identité

Petit village rural des Yvelines (~640 habitants en 2023, les Lommoyens), Lommoye s'étend sur 938 hectares à l'extrémité nord-ouest du département, à environ 8 km au sud-ouest de Bonnières-sur-Seine et à la limite même du département de l'Eure. La commune appartient à la communauté de communes des Portes de l'Île-de-France (la même que Bonnières et Jeufosse) et au canton de Bonnières-sur-Seine. Le territoire occupe un plateau agricole entre 130 et 160 mètres d'altitude, dont la singularité hydrographique est remarquable : les ravins qui l'entaillent drainent les eaux à l'est vers la Seine et à l'ouest vers l'Eure — soit deux des trois grands fleuves de Normandie occidentale, dont Lommoye constitue précisément la ligne de partage. Son bois Boutillier, à l'est, prolonge directement la forêt de Rosny sur le coteau, et son territoire confine au nord à Jeufosse et Blaru, à l'ouest à Chaufour-lès-Bonnières, au sud à Saint-Illiers-la-Ville, et à l'est à La Villeneuve-en-Chevrie. Une commune-frontière à plus d'un titre, donc, dont l'histoire tourmentée tient précisément à cette position de carrefour entre Mantois yvelinois et Vexin normand.

Toponymie et présence ancienne

Le toponyme est attesté sous la forme Lomaia au XIIIᵉ siècle, puis Lomaizia à la même époque — formes médiévales d'une racine gallo-romaine ou germanique non encore tranchée par les toponymistes. Mais le site est habité bien avant ces premières mentions écrites : on y a recueilli des outils moustériens de l'industrie de l'Homme de Néandertal (paléolithique moyen, soit environ 40 000 ans avant notre ère), et plus tard deux sarcophages mérovingiens ont été dégagés sur le territoire communal. Ces vestiges rattachent Lommoye à la longue continuité de peuplement du plateau du Mantois, dont d'autres stations préhistoriques sont connues à Bennecourt, Bonnières, et qui sera développée dans la page Préhistoire du site.

1188 : Lommoye brûlée par Henri II d'Angleterre

L'épisode historique le plus marquant de l'histoire médiévale de Lommoye se joue à l'été 1188, dans le contexte de la guerre franco-anglaise qui ravage depuis des décennies la frontière de l'Epte définie par le traité de Saint-Clair-sur-Epte de 911. Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre et duc de Normandie, mène cette année-là une campagne particulièrement brutale contre les terres capétiennes du Mantois — c'est précisément à ce même moment qu'a lieu sa célèbre entrevue avec Philippe Auguste sous l'orme de Gisors, qui s'effondre symboliquement et marque la rupture définitive entre les deux dynasties. Lommoye, située à seulement quelques kilomètres de la frontière, est livrée aux flammes lors de cette campagne. L'épisode s'inscrit dans une séquence frontalière dont notre site documente plusieurs autres jalons : le siège de Gasny en 1118, la prise du château de Gisors en 1193 par Philippe Auguste, les fortifications de l'Epte en général — tous épisodes d'une même guerre intermittente sur la frontière normande. Le village se relèvera, mais l'épisode témoigne de l'exposition de cette marge sud du Vexin aux opérations militaires.

Une seigneurie ancienne : de Rosny aux Mauvoisin

Avant 1060, le fief de Lommoye relève directement de la seigneurie de Rosny — rattachement féodal singulier qui établit un lien direct entre ce village du plateau et le bourg de la rive gauche de la Seine, à une dizaine de kilomètres au nord-est, dont on lira l'histoire dans la notice de Rosny-sur-Seine. Au milieu du XIᵉ siècle, le fief passe à Raoul Iᵉʳ de Mauvoisin, dit « La Barbe », puissant baron du Mantois et tête de l'une des plus anciennes lignées seigneuriales du secteur — les Mauvoisin étaient simultanément seigneurs de Rosny, de Boissy, de Fontenay, d'Apremont et de plusieurs autres terres, dont l'ensemble constituait un véritable réseau seigneurial dans la moyenne vallée de la Seine. Raoul de Mauvoisin partage le territoire de Lommoye entre deux grandes abbayes normandes : il en cède une partie à l'abbaye de Coulombs (qui obtient droit de haute, moyenne et basse justice — une marque d'extension territoriale exceptionnelle pour un établissement religieux), l'autre à l'abbaye de Saint-Évroult. Au XIIIᵉ siècle, la paroisse compte près de 800 familles : Lommoye n'est plus alors un simple village mais un véritable bourg rural, dont l'écho s'est perdu dans l'histoire moderne.

Au XVIIᵉ siècle, le fief passe à la famille du Buc-Richard — qui le conserve près d'un siècle et demi — puis en 1792, par héritage, au marquis Charles-Jean des Mazis, commandant des grenadiers du régiment de Béarn et neveu du dernier des Buc-Richard. Devenu, ironie de l'époque révolutionnaire, premier maire de la commune nouvellement constituée, il offrit en 1789 à ses habitants un festin mémorable après que ceux-ci, par une délégation, eussent obtenu sa libération des prisons de Versailles. Les seigneurs du Buc-Richard, comme les Mazis ensuite, reposent dans l'église du village — où plusieurs actes d'inhumation en témoignent. Cette chaîne seigneuriale Rosny → Mauvoisin → du Buc-Richard → des Mazis constitue l'un des fils transversaux que développera l'article futur sur le réseau aristocratique du Vexin et du Mantois.

L'église Saint-Léger

L'église Saint-Léger, qui domine encore aujourd'hui le centre du village, est un édifice en pierre calcaire des XIIIᵉ et XVIᵉ siècles, reconstruit pour son clocher-beffroi en 1868. De l'édifice primitif subsiste un magnifique portail d'entrée roman orné d'archivoltes parsemées d'étoiles et de zigzags — l'un des plus beaux morceaux d'art roman du Mantois rural. La nef rectangulaire est accompagnée au nord d'un seul collatéral percé de trois fenêtres flamboyantes dont les vitraux du XIXᵉ siècle représentent les quatre évangélistes. La cloche de bronze, datée de 1771, est classée au titre des Monuments Historiques au titre des objets mobiliers. Les seigneurs successifs y sont inhumés, et l'édifice conserve par endroits leur empreinte funéraire.

Le prieuré de la Sainte-Trinité et le château disparu

Lommoye abritait en outre un prieuré de la Sainte-Trinité, dépendance de la prestigieuse abbaye normande du Bec-Hellouin — l'une des plus grandes abbayes bénédictines de Normandie, qui ne possédait que peu de prieurés au-delà de l'Eure et dont l'implantation à Lommoye souligne le rôle de commune-charnière entre Normandie et Île-de-France. Le prieuré fut détruit à la Révolution. Du château seigneurial des Mauvoisin, puis du Buc-Richard, il ne subsiste rien aujourd'hui sur place — il a été démantelé au XIXᵉ siècle —, mais un édifice charpenté du XVIIᵉ siècle, à toit à double pente et puissants contreforts d'angle, subsiste en tant qu'ancienne dépendance de la grande ferme du château. Cette construction servit autrefois de prison seigneuriale aux Mauvoisin : les oubliettes qu'elle abritait n'ont été comblées qu'au XXᵉ siècle. Un lavoir du Mesnil complète le patrimoine vernaculaire de la commune.

Géographie et carrefour

Au-delà de sa position de partage des eaux Seine-Eure, Lommoye est limitrophe de cinq communes : Jeufosse et Blaru (siège d'une importante baronnie médiévale, à laquelle Jeufosse était également rattachée) au nord, Chaufour-lès-Bonnières à l'ouest, Saint-Illiers-la-Ville au sud, et La Villeneuve-en-Chevrie à l'est. La commune est traversée par les routes départementales D 113 et D 147, et son territoire reste à 93 % agricole, ce qui en a préservé l'atmosphère rurale d'origine. Le bois Boutillier, dans le prolongement nord-est de la forêt de Rosny, ferme géographiquement la commune sur ses marges orientales et matérialise encore le lien hérité de l'époque mérovingienne entre Lommoye et Rosny.

Pour aller plus loin

L'ouvrage de référence reste Le patrimoine des communes des Yvelines (Éditions Flohic, 2000, tome 1, pages 112-114) qui consacre une notice détaillée à Lommoye. Sur la chaîne seigneuriale Mauvoisin et son réseau de fiefs, on consultera également les archives départementales des Yvelines (sous-série E, terriers et titres féodaux), particulièrement riches pour le secteur du Mantois ancien.

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Blason de Magny-en-Vexin

Magny-en-Vexin

Blason de Magny-en-Vexin — la salamandre couronnée évoque François Ier, sous le règne duquel la localité a été élevée au rang de ville et autorisée à porter blason.

L'église Notre-Dame-de-la-Nativité de Magny-en-Vexin
L'église Notre-Dame-de-la-Nativité, principale église Renaissance du Vexin français — classée Monument Historique depuis le 14 janvier 1908 Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Carte de situation de Magny-en-Vexin dans le département du Val-d'Oise
Situation de Magny-en-Vexin dans le département du Val-d'Oise Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Val-d'Oise (95)
Communauté de communes
CC Vexin Val de Seine (siège)
Position
Sur le plateau du Vexin français, à mi-chemin entre Paris et Rouen sur l'ancienne route royale (RD 14), à 20 km de Mantes-la-Jolie et 25 km de Vernon — ancien chef-lieu de canton et capitale historique du Vexin français.

Carte d'identité

Magny-en-Vexin est une commune-bourg du Val-d'Oise (~5 600 habitants, Magnytois) qui occupe une position centrale sur le plateau du Vexin français, à mi-chemin entre Paris et Rouen sur l'ancienne route royale n°14 (devenue RD 14 en 2006). Au croisement de cette grande voie et de la route Mantes-Beauvais (RD 983), elle est depuis l'Ancien Régime — et probablement bien avant — un carrefour commercial et administratif majeur du Vexin français. La commune (14,02 km²) est l'une des plus étendues du Val-d'Oise (10e rang), notamment parce qu'elle a absorbé au XXe siècle plusieurs villages limitrophes — Blamécourt et Arthieul en 1964-1967, ainsi que les hameaux de Velannes-la-Ville et Velannes-le-Bois.

Elle est le siège de la communauté de communes Vexin Val de Seine (créée en 2005), à laquelle appartiennent entre autres Haute-Isle, La Roche-Guyon, Maudétour-en-Vexin ou Genainville. Bien que Magny-en-Vexin soit éloignée d'une vingtaine de kilomètres de Gommecourt, ce statut administratif fait d'elle l'une des références institutionnelles de tout le secteur du Vexin rive droite de la Seine.

Une capitale historique du Vexin français

Le destin de Magny est inséparable de sa position de carrefour sur la grande voie Paris-Rouen, route royale qui n'a guère changé de tracé depuis l'Antiquité. Certains érudits y placent la station romaine Petromentalum mentionnée par les itinéraires anciens — hypothèse plausible mais non démontrée, qui ferait de Magny l'un des relais gallo-romains de la rive droite de la Seine, au même titre que les sanctuaires voisins de Genainville (« Vaux-de-la-Celle ») et de Bennecourt. Le toponyme Magniacum apparaît clairement au XIe siècle : il est formé sur l'anthroponyme latin Magnius avec le suffixe -acum, formation toponymique caractéristique des domaines ruraux gallo-romains et du haut Moyen Âge — typique du Vexin (Genainville, Guiry, Ableiges, etc.).

À la fin du XVe siècle, après les destructions de la guerre de Cent Ans (l'église a été incendiée par les Anglais en 1436, sous le carême), la seigneurie est reprise par Pierre Le Gendre (mort en 1524), trésorier de France sous Charles VIII et Louis XII, puis secrétaire général des Aides. C'est lui qui obtient de Louis XII la création de deux foires annuelles en 1498, qui lance la reconstruction de l'église en 1490 et qui dote Magny d'un véritable rayonnement économique. Sous François Ier, dans la première moitié du XVIe siècle (entre 1532 et 1556 selon les sources), la localité est érigée au rang de ville (bailliage royal), autorisée à porter blason et à s'entourer de remparts et de fossés. C'est de cette époque que date son plan urbain caractéristique — quadrillage de rues étroites, place de la Halle, hôtels particuliers en pierre de taille, et même l'élévation des remparts dont la tour des Cordeliers est l'ultime vestige.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, Magny se peuple de communautés religieuses — cordeliers (1634-1682), bénédictines, ursulines — et de familles de magistrats parisiens qui y font bâtir de somptueux hôtels particuliers dont plusieurs subsistent aujourd'hui. Sous la Révolution, le canton de Magny-en-Vexin est créé et compte vingt-six communes, jusqu'à sa suppression en mars 2015 par le redécoupage cantonal national.

L'église Notre-Dame-de-la-Nativité

La pièce maîtresse du patrimoine magnytois est l'église Notre-Dame-de-la-Nativité-de-la-Vierge, qui peut être considérée comme l'église Renaissance la plus considérable du Vexin français. Elle est classée Monument Historique par arrêté du 14 janvier 1908, et abrite par ailleurs dix-sept éléments mobiliers également protégés au titre des Monuments Historiques (statues, tableaux, orgue, baptistère, priants funéraires).

Édifiée à partir de 1490 sur les ruines de l'église précédente (datée du XIIIe siècle et incendiée par les Anglais en 1436), elle s'élève en plusieurs campagnes successives : d'abord dans le style gothique flamboyant (chœur, collatéraux et croisillons, 1490-1530), sous la maîtrise du maçon Guillaume Lemaister de Gisors ; puis dans le style Renaissance (extension sud, 1540-1561 ; second croisillon nord et chapelle seigneuriale au début du XVIe siècle ; chapelles latérales). Cette dualité stylistique en fait l'un des meilleurs exemples en Île-de-France de l'influence de la Renaissance italienne sur l'architecture religieuse, à la suite des premières guerres d'Italie.

Parmi les trésors de l'édifice, on retient en particulier : un baptistère en pierre daté de 1534, l'un des plus anciens de France ; les priants des Neufville de Villeroy (petits-neveux de Pierre Le Gendre, parmi les plus belles sculptures funéraires Renaissance du Vexin, dont Louis-Philippe fit réaliser des moulages pour sa galerie de Versailles) ; une Vierge à l'Enfant en bois peint du XIVe siècle provenant du couvent des Ursulines, où l'Enfant Jésus joue avec un oiseau — détail iconographique rare, inspiré sans doute de l'Évangile arabe de l'Enfance ; et un orgue du milieu du XVIIe siècle.

Hôtels particuliers et architecture civile

Magny-en-Vexin possède l'une des plus belles collections d'hôtels particuliers du Vexin français, témoins du rayonnement de la ville aux XVIe-XVIIIe siècles. Plusieurs sont protégés au titre des Monuments Historiques.

L'hôtel de Crosne (ou hôtel Saussay), construit en 1786 pour André Saussay, pharmacien à Saint-Domingue, est classé Monument Historique ; il abrite aujourd'hui la mairie et est entouré d'un jardin anglais devenu parc municipal. L'hôtel de Brière (ou hôtel Guyard), de 1740, à l'angle de la place de la Halle, est inscrit Monument Historique par arrêté du 2 octobre 1990. L'hôtel du marquis de Guiry, construit entre 1617 et 1618 pour le grand bailli d'épée de Magny et Chaumont-en-Vexin, est l'unique exemple d'architecture Louis XIII à Magny avec son alternance caractéristique de pierres de taille et de briques rouges.

La maison dite d'Henri II, à l'angle de la rue Carnot et de la rue de l'Hôtel-de-Ville, porte la date de 1555 gravée au sommet de son pignon. Bien que son nom soit légendaire (elle a sans doute été occupée par un officier des finances d'Henri II), elle reste un témoin remarquable du goût Renaissance dans le Vexin : rosaces, bucranes (crânes de bœufs décharnés) et triglyphes ornent sa frise, le tout couronné d'une niche d'angle. La maison des Bôves, l'ancien auditoire royal (XVIe siècle), l'hôtel-Dieu fondé en 1666 sur l'emplacement d'une ancienne léproserie royale, complètent cet ensemble bâti exceptionnel.

Les piliers de la porte de Paris, érigés en 1778 à l'initiative de Louis Thiroux de Crosne, intendant de la généralité de Rouen, marquent symboliquement l'entrée dans la ville depuis la capitale — l'un d'eux contient un réservoir d'eau de 40 m³ alimenté par la fontaine des Blés. Ils sont inscrits Monuments Historiques.

Géographie et carrefour vexinois

Magny-en-Vexin est traversée d'est en ouest par l'Aubette de Magny, petite rivière qui prend sa source à Nucourt et se jette dans l'Epte plus à l'ouest — la commune appartient donc au bassin versant de l'Epte, comme Gommecourt. La ville est bâtie à une altitude variant entre 80 et 100 m, dans une cuvette peu prononcée dominée par les collines environnantes. Le territoire communal présente un relief varié de plateaux, collines et vallons.

Magny-en-Vexin est limitrophe de huit communes : Charmont, Hodent et Saint-Gervais (qui la cernent sur les trois quarts de sa circonférence), Cléry-en-Vexin, Nucourt, Banthelu, et deux communes du département de l'Oise : Serans et Montagny-en-Vexin (cette dernière sur moins de 800 m). Sa position fait du canton de Magny le carrefour entre trois régions historiques : l'Île-de-France, la Normandie (par l'Eure, à l'ouest) et les Hauts-de-France (par l'Oise, au nord). La commune fait partie du Parc naturel régional du Vexin français depuis sa création en 1995.

Pour aller plus loin

De nombreuses ressources existent sur le patrimoine magnytois, à commencer par les pages Wikipédia particulièrement bien documentées de la commune et de son église. L'Association pour la sauvegarde de l'église de Magny-en-Vexin (ASMV) anime un important programme de restauration et publie des notices détaillées sur l'édifice et son mobilier.

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Blason de Mantes-la-Jolie

Mantes-la-Jolie commune (sous-préfecture des Yvelines)

Blason de Mantes-la-Jolie : « d'azur à un château double couvert d'argent, le château principal sommé d'une tête d'homme posée de face de carnation, accompagné en chef à dextre d'un coq d'argent crêté de gueules ». Le double château évoque l'ancienne forteresse royale ; la tête fait allusion à la légende des deux saints amants protecteurs de la ville.

La collégiale Notre-Dame de Mantes-la-Jolie
La collégiale Notre-Dame, XIIe-XIIIe siècles — l'une des plus grandes églises gothiques d'Île-de-France, classée Monument Historique dès la première liste de 1840 dressée par Prosper Mérimée Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Carte de situation de Mantes-la-Jolie dans le département des Yvelines
Situation de Mantes-la-Jolie dans le département des Yvelines Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Yvelines (78)
Communauté de communes
CU Grand Paris Seine et Oise (GPS&O)
Position
Sur la rive gauche de la Seine, à 56 km à l'ouest de Paris et 18 km en amont de Bonnières-sur-Seine — ville historique du Mantois, capitale médiévale du royaume capétien aux confins du duché de Normandie, et grande ville la plus proche de Gommecourt.

Carte d'identité

Mantes-la-Jolie est la sous-préfecture du département des Yvelines (~43 000 habitants, Mantais et Mantaises), située sur la rive gauche de la Seine à 18 km en amont de Bonnières-sur-Seine — ville-centre de la communauté de communes Les Portes de l'Île-de-France à laquelle appartient Gommecourt. Mantes-la-Jolie est ainsi la sous-préfecture dont relève administrativement Gommecourt, et l'horizon urbain yvelinois quotidien de notre secteur d'étude : c'est par elle que passent encore aujourd'hui la ligne SNCF Paris-Saint-Lazare-Le Havre, l'autoroute A13 et la route nationale. Côté normand, Vernon (Eure, 27, ~24 500 habitants) est en réalité plus proche encore — à une dizaine de kilomètres de Gommecourt à l'ouest, mais sur l'autre département.

La commune appartient à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPS&O, créée en 2016), distincte de la CCPIF dont relève le secteur de Gommecourt. Elle est par ailleurs le siège d'un arrondissement des Yvelines, et le chef-lieu historique du Mantois — petit pays traditionnel dont les contours, hérités du Moyen Âge, recoupent en grande partie le canton de Bonnières-sur-Seine actuel.

Une ville aux trois noms

Mantes a porté plusieurs noms au fil de son histoire, faciles à confondre. Le nom latin médiéval Medanta, Medonta ou Mendanta est attesté dès le haut Moyen Âge ; il évolue en français vers Maante, puis Mante, puis Mantes à partir de la fin du XVIIe siècle. Au XVIIe siècle déjà, l'usage postal ajoute parfois Mantes-sur-Seine pour éviter la confusion avec Nantes — homonymie tenace. En 1930, la commune fusionne avec sa voisine occidentale Gassicourt (un ancien village rural développé autour d'un prieuré clunisien), et prend alors le nom officiel de Mantes-Gassicourt — la conservation du nom de Gassicourt étant l'une des conditions de la fusion. Ce n'est qu'en 1953 que la commune devient officiellement Mantes-la-Jolie, en reprenant un qualificatif usité de longue date. La tradition l'attribue à Henri IV, qui aurait écrit à sa maîtresse Gabrielle d'Estrées, alors résidant à Mantes, la phrase devenue célèbre : « Je viens à Mantes, ma jolie » — formule sans doute apocryphe mais qui fait partie du patrimoine immatériel de la ville. De 1590 à 1593, Henri IV établit même à Mantes le siège du gouvernement royal, dans l'attente de pouvoir entrer dans Paris assiégée — un épisode peu connu qui souligne l'importance stratégique de la ville à la fin des guerres de Religion.

Une ville de carrefour aux racines profondes

Le site de Mantes occupe depuis l'Antiquité une position stratégique : un méandre de la Seine resserre le passage du fleuve à cet endroit, et plusieurs voies romaines s'y rejoignent. Deux d'entre elles sont particulièrement importantes pour notre secteur : la voie de Lutèce à Rouen (qui traversait la Seine à Mantes), et la chaussée de Beauvais (qui reliait Caesaromagus à Carnutum en passant par Arthies, Saint-Cyr-en-Arthies et Limay).

Le Moyen Âge fait de Mantes une place royale aux confins occidentaux du domaine capétien — à la frontière directe du duché de Normandie dont Gommecourt, en face de la confluence Seine-Epte, marque elle aussi la limite. C'est cette position frontalière qui vaut à Mantes son épisode historique le plus célèbre : en juillet 1087, le duc de Normandie et roi d'Angleterre Guillaume le Conquérant prend Mantes, l'incendie et la pille. Mais lors du sac de la ville, il est gravement blessé — selon la tradition locale, son cheval ayant trébuché sur un tison dans la rue de la Chaussetterie, près du parvis Notre-Dame. Transporté à Rouen, il y meurt le 9 septembre 1087. Sur son lit de mort, dit-on, il aurait demandé que la collégiale Notre-Dame, gravement endommagée par son sac, soit reconstruite à ses frais — origine légendaire de l'édifice actuel.

La ville se relève rapidement : en 1110, Louis VI le Gros accorde aux Mantais une charte communale, faisant de Mantes l'une des premières « communes libres » du domaine royal. Plusieurs rois capétiens en feront l'une de leurs résidences favorites : Philippe Auguste, qui renforce les remparts, y meurt en 1223 ; saint Louis y séjourne ; Louis XI, François Ier, Henri IV ou encore Louis XIV y passeront également. La ville reste sous-préfecture (et fut chef-lieu d'arrondissement) tout au long du XIXe siècle et jusqu'à aujourd'hui.

La collégiale Notre-Dame

La collégiale Notre-Dame de Mantes-la-Jolie est sans contredit le monument le plus important du secteur, et l'une des plus grandes églises gothiques d'Île-de-France. Sa construction commence vers 1150, peu après celle de la cathédrale de Senlis (à laquelle elle est souvent comparée), et en synchronie avec les chantiers de Laon, Notre-Dame de Paris et Saint-Denis — c'est dire qu'elle compte parmi les tout premiers grands édifices gothiques de France. Ses dimensions sont remarquables : sa hauteur sous voûte dépasse celle de la basilique Saint-Denis.

L'édifice présente une élévation à trois niveaux (grandes arcades, tribunes, fenêtres hautes) couronnée de voûtes sexpartites — système typique du premier gothique, où les piles fortes alternent avec les piles faibles dans la nef. La grande rose de la façade occidentale (1210-1220, 9 m de diamètre, représentant le Jugement dernier) est l'une des plus anciennes de France, encore en partie d'origine. La chapelle de Navarre (ou Chapelle du Saint-Sacrement), fondée en 1312 par la reine Marie de Brabant, veuve de Philippe le Hardi, en est le plus bel ornement gothique rayonnant. La charpente médiévale est l'une des rares encore en place — elle est comparable à celle de Notre-Dame de Paris et à celle de l'église de Vétheuil. La toiture aux 44 650 tuiles vernissées, dont le dessin remonte à 1871 et représente les armes de Champagne, a été refaite à l'identique entre 2001 et 2003.

La collégiale a été classée Monument Historique dès la première liste de 1840 dressée par Prosper Mérimée. Elle a été restaurée pendant 27 ans (1846-1873) par l'architecte Alphonse Durand (1813-1881), élève de Viollet-le-Duc, qui lui rendit sa silhouette à deux tours symétriques (la tour nord ayant été reconstruite à l'identique de la tour sud) et la galerie de colonnettes qui les relie. C'est cette silhouette que Camille Corot a peinte vers 1865 dans son célèbre tableau La cathédrale de Mantes, conservé au musée des Beaux-Arts de Reims.

Patrimoine bâti

Mantes-la-Jolie a beaucoup souffert des bombardements alliés du 30 mai 1944, qui visaient le pont sur la Seine mais ont détruit les deux tiers du centre historique et causé plus de 450 morts. La collégiale, miraculeusement, est restée debout (avec quelques dégâts aux vitraux et portails) ; la ville a reçu la Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de vermeil. Le centre-ville actuel, en grande partie reconstruit après-guerre, conserve néanmoins plusieurs monuments remarquables.

La tour Saint-Maclou, vestige du clocher de l'ancienne église paroissiale Saint-Maclou démolie en 1806, du XVIe siècle, domine la rive de Seine — elle est inscrite Monument Historique. Le vieux pont, dont l'origine remonte au XIIe siècle, reliait Mantes à Limay sur la rive droite ; il a été en grande partie démoli au XVIIIe siècle lors de la construction du pont Perronet, puis ses dernières arches utilisables ont été dynamitées par le Génie français le 9 juin 1940 pour ralentir l'avance allemande — comme à La Roche-Guyon le même mois. Ses arches survivantes, classées Monument Historique depuis 1923, ont été immortalisées par Jean-Baptiste-Camille Corot dans son tableau Le Pont de Mantes (conservé au Louvre).

L'église Sainte-Anne de Gassicourt, ancienne église du prieuré clunisien Saint-Sulpice, est un édifice roman du début du XIIe siècle (XIe selon certaines sources), classé Monument Historique en 1862. Elle constitue le cœur de l'ancien village fusionné en 1930. Plusieurs hôtels particuliers des XVIIe et XVIIIe siècles subsistent également dans la rue Baudin, dont l'hôtel de Mornay (où Louis XIV et Anne d'Autriche firent étape en 1645) et l'hôtel de Vendôme. La porte au Prêtre, l'un des rares vestiges des remparts médiévaux de Philippe Auguste, se dresse encore en bord de Seine.

Mantes des lettres et de la musique

Au fil des siècles, Mantes a accueilli plusieurs figures notables des arts et des lettres, dont deux méritent une mention particulière pour leur lien étroit avec le territoire.

Madame Campan (Jeanne-Louise-Henriette Genest, 1752-1822) est sans doute la résidente la plus célèbre de la ville sous la Restauration. Lectrice des filles de Louis XV, puis femme de chambre et confidente de Marie-Antoinette, elle échappe au massacre des Tuileries du 10 août 1792 puis traverse la Révolution en donnant des cours, avant que le Directoire ne l'autorise à ouvrir un pensionnat pour jeunes filles à Saint-Germain-en-Laye — où elle aura pour élèves les sœurs de Bonaparte ainsi qu'Hortense de Beauharnais. Napoléon Iᵉʳ la place en 1805 à la tête de la Maison impériale d'Écouen, l'institution destinée à former les filles des officiers de la Légion d'honneur. À la Restauration, son établissement est fermé pour ses sympathies impériales. Elle se retire alors à Mantes-la-Jolie, où elle s'installe du 20 février 1816 jusqu'à sa mort le 16 mars 1822, en compagnie de sa fidèle amie Madame Voisin. Atteinte d'un cancer du sein qu'elle refusa longtemps de faire opérer, elle est inhumée au vieux cimetière de Mantes, sous une colonne surmontée d'une urne funéraire — sa tombe est classée monument historique. Ses Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette (publiés à titre posthume en 1822-1823) restent une source précieuse, quoique discutée, pour l'histoire de la cour de Versailles à la fin de l'Ancien Régime.

Un siècle plus tard, c'est un autre genre de figure qui passe à Mantes : le compositeur russe Serge Prokofiev (1891-1953), tout juste émigré en Europe occidentale après la Révolution d'Octobre, vient passer l'été 1920 dans la ville pour y orchestrer le ballet Chout (Le Bouffon) — l'une de ses œuvres majeures, créée à Paris en mai 1921 par les Ballets russes de Diaghilev sur des décors et costumes de Mikhaïl Larionov. Le séjour mantais de Prokofiev, attesté par sa correspondance, est l'un de ces moments inattendus où la grande histoire musicale du XXe siècle vient s'inscrire dans une petite ville des bords de Seine.

La ville reçut également, plus fugitivement, des passages illustres : l'impératrice Eugénie y fait une halte en 1870 en route pour l'exil après la chute du Second Empire ; et bien avant, on l'a dit, Henri IV y avait établi en 1590-1593 le siège même du gouvernement de la France.

Géographie et carrefour fluvial

Mantes-la-Jolie est limitrophe de six communes : Mantes-la-Ville au sud (qui ne forme plus qu'une seule agglomération avec elle), Buchelay à l'ouest, Rosny-sur-Seine au sud-ouest, Guernes et Follainville-Dennemont au nord (rive droite de la Seine), et Limay au nord-est (rive droite également, reliée par le pont). Le territoire englobe l'île l'Aumône et une partie de l'île aux Dames (ou île de Limay), traversée par le pont reliant les deux rives.

Mantes-la-Jolie est l'aval immédiat de l'agglomération parisienne : c'est ici que la Seine, après avoir parcouru les méandres du sud-ouest francilien, entame son grand virage vers la Normandie. Le pont de Mantes (Pont-Neuf) reste aujourd'hui l'unique franchissement de la Seine entre Mantes et Bonnières-sur-Seine en aval — soit sur près de quinze kilomètres de fleuve ; les communes intermédiaires (Rosny, Rolleboise, Méricourt, Mousseaux-sur-Seine) n'ont aucun pont, comme le détaillent les notices correspondantes.

Mantes-la-Jolie figure parmi les quatre villes principales du nord-ouest des Yvelines et regroupe l'essentiel des services administratifs, hospitaliers, scolaires et culturels du Mantois ; elle est notamment le siège d'un musée de l'Hôtel-Dieu consacré au patrimoine local, riche en collections médiévales.

Pour aller plus loin

De nombreuses ressources existent sur le patrimoine mantais. La page Wikipédia particulièrement documentée de la collégiale Notre-Dame constitue une introduction de référence. Pour un panorama d'ensemble, l'Inventaire général du patrimoine culturel d'Île-de-France propose plusieurs dossiers de synthèse sur la ville et ses monuments. Sur Madame Campan, voir la notice détaillée publiée par la fondation Napoléon (napoleon.org, dossier Madame Campan et ses élèves) ainsi que l'édition critique des Mémoires par Jean Chalon (Mercure de France, 1988). Sur Prokofiev à Mantes en 1920, voir Harlow Robinson, Sergei Prokofiev: A Biography (1987), et la correspondance du compositeur publiée par la Sergei Prokofiev Foundation.

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Maudétour-en-Vexin

Le château de Maudétour-en-Vexin, façade principale et cour d'honneur
Le château de Maudétour, édifié aux XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècles à l'emplacement du manoir des Rubentel — son aile gauche est restée inachevée, donnant à l'édifice sa silhouette dissymétrique caractéristique. Le parc de douze hectares a été dessiné par André Le Nôtre. Inscrit monument historique en 1947. Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Carte de situation de Maudétour-en-Vexin dans le département du Val-d'Oise
Situation de Maudétour-en-Vexin dans le département du Val-d'Oise Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Val-d'Oise (95)
Communauté de communes
CC Vexin Val de Seine
Position
Sur le plateau du Vexin français, à l'orée de l'ancienne forêt royale d'Arthies, à 12 km au nord de Mantes-la-Jolie et 25 km au sud de Gisors — commune CCVVS voisine de Villers-en-Arthies, Wy-dit-Joli-Village et Vétheuil, à mi-chemin entre les vallées de la Seine et de l'Epte.

Carte d'identité

Maudétour-en-Vexin est l'une des plus petites communes du Val-d'Oise — 208 habitants (Insee 2023), les Maldestoriens et Maldestoriennes, sur 6,6 km² seulement. Elle occupe une position élevée à 165 mètres d'altitude sur le plateau du Vexin français, à l'orée de l'ancienne forêt royale d'Arthies, dans le Parc naturel régional du Vexin français. Maudétour appartient au département du Val-d'Oise, à l'arrondissement de Pontoise, et — depuis 2013 — à la Communauté de communes Vexin – Val de Seine (CCVVS), la même intercommunalité que ses voisines de l'Arthies, Villers-en-Arthies et Saint-Cyr-en-Arthies, ainsi que Vétheuil, Wy-dit-Joli-Village et Magny-en-Vexin, dont elle relève administrativement.

Le village est traversé par l'ancienne route nationale 183 (devenue RD 983), grand axe nord-sud qui relie Mantes-la-Jolie à Magny-en-Vexin. Cette route, doublée de la traversée du sentier de grande randonnée GR 11 (« Grand Tour de Paris ») et de l'Avenue verte Paris-Londres — l'itinéraire cyclable européen qui relie les deux capitales en 471 kilomètres —, fait de Maudétour un point de passage discret mais constant pour les promeneurs et les cyclotouristes. Un émetteur de télévision de 200 mètres de hauteur, l'un des plus élevés d'Île-de-France, signale la commune de loin et marque sa position de point haut.

Le fil rouge du « carrefour » s'incarne ici, comme à Villers-en-Arthies voisin, dans une situation paradoxale : Maudétour n'est pas un lieu de passage majeur, mais un plateau à traverser — et ce sont précisément les mauvaises rencontres que pouvaient y faire les voyageurs qui ont donné son nom à la commune.

Toponymie : « le mauvais détour »

Le nom de Maudétour est attesté dès 1186 sous la forme Maldestor, puis Maudestor en 1556 et Mondétour dans le langage courant jusqu'au XVIIIᵉ siècle — la prononciation orale ayant souvent privilégié la voyelle plus ouverte. L'étymologie est claire et caractéristique de la toponymie médiévale française : Mal-destor, du vieux français mal (« mauvais ») et destour (« détour », « lieu écarté »). Le nom signifie littéralement le « mauvais détour », allusion bien attestée par les sources savantes — l'abbé Lebeuf au XVIIIᵉ siècle, repris par tous les érudits ultérieurs — aux mauvais chemins du plateau et aux risques de brigandage qui guettaient le voyageur sur cet axe boisé entre Mantes et Gisors.

La formule a connu une fortune particulière : Paris a possédé pendant des siècles une rue de Maudestour (devenue rue Mondétour, dans le quartier des Halles), nommée elle aussi par référence aux dangers réputés du lieu — et Jaillot, géographe du XVIIIᵉ siècle, estimait même que ce nom parisien dérivait par influence directe de la seigneurie de Maldestor dans le Vexin, dont les seigneurs avaient possédé des biens à Paris au Moyen Âge (Claude Foucault, bourgeois de Paris et échevin en 1525, est cité comme seigneur de Maudétour dans les sources du XVIᵉ siècle).

Le complément « en Vexin » a été officiellement rétabli par décret du 10 décembre 1948, après une délibération du conseil municipal présidé par René Michel le 29 février 1948 — il s'agissait de distinguer la commune de plusieurs homonymes de l'ancienne Seine-et-Oise (un hameau d'Orsay, un hameau de Sermaise) et de retrouver la dénomination ancienne attestée par l'arrêt de la Cour du parlement du 1er mars 1760 (« Maudétour-en-Vexin-Le-François »). Antérieurement à la loi du 10 juillet 1964, la commune faisait partie du département de Seine-et-Oise ; elle a rejoint le Val-d'Oise au 1er janvier 1968 lors de la réorganisation de la région parisienne.

La maladrerie Saint-Thomas

De l'histoire médiévale du village, il subsiste un témoin discret mais éloquent : un haut mur consolidé par deux contreforts et percé d'une petite fenêtre, dernier vestige de la maladrerie Saint-Thomas. Fondée au XIIᵉ siècle, agrandie au XIVᵉ, et probablement démolie au XVIᵉ siècle, cette léproserie passe pour avoir été l'une des plus importantes du Vexin français — au même titre que celles, voisines, de Saint-Lazare de Pontoise ou de Bray-et-Lû. Son emplacement à l'écart du bourg, comme c'était la règle pour ce type d'établissement, atteste de la place qu'occupait la lèpre dans la société médiévale et de l'organisation hospitalière mise en place par les communautés rurales du plateau. Saint Thomas, sans doute Thomas Becket (canonisé en 1173, après son assassinat dans la cathédrale de Canterbury en 1170), figure populaire des fondations hospitalières anglo-normandes de la fin du XIIᵉ siècle, donne son nom à l'établissement — détail qui rappelle, là encore, l'imbrication des cultes religieux entre les deux côtés de la Manche au temps des Plantagenêt.

Les Rubentel, sept fois centenaires (1250-1705)

L'histoire seigneuriale de Maudétour est dominée par une dynastie remarquablement stable : la famille de Rubentel, seigneurs du lieu pendant plus de quatre siècles et demi, de 1250 à 1705. L'Armorial du canton de Magny-en-Vexin dressé par Alfred Potiquet (1885, accessible sur Gallica) leur attribue le blason « d'or, à trois quintefeuilles de gueules, posées deux en chef et une en pointe » — l'une de ces armes anciennes que l'on retrouve, par alliances, dans tout l'armorial du Vexin.

Quelques figures marquantes émergent de cette longue lignée. Guillaume de Rubentel, seigneur de Maudétour au XVIᵉ siècle, épouse Denise d'Aligre, fille de la grande famille parlementaire parisienne — alliance qui souligne le rang du fief dans la noblesse de robe parisienne. Un siècle plus tard, Mathurin de Rubentel, maître d'hôtel de la Maison du roi et seigneur de Maudétour en 1635, épouse Geneviève Catinat — figure liée à la famille du futur maréchal Catinat, glorieux serviteur de Louis XIV. Enfin, Françoise-Marie de Rubentel apporte en 1696 le fief en partie à Gabriel d'Abos, chevalier, seigneur de Binanville et d'Arnouville — alliance qui amorce la fin de l'exclusivité Rubentel. La lignée s'éteint en 1705, près d'un demi-millénaire après son installation à Maudétour.

Dans le tissu d'alliances aristocratiques du Vexin français — qui forme à lui seul un réseau dense entre les familles de Bus (Gommecourt), de Mornay (Villarceaux), de Silly (La Roche-Guyon), de Sailly (Saint-Cyr-en-Arthies) ou de Trie (Magny) —, les Rubentel de Maudétour tiennent une place modeste mais continue, et leur stabilité multiséculaire les distingue de nombreux fiefs voisins, où les familles se sont succédé tous les un ou deux siècles.

Le château et le parc dessiné par Le Nôtre

Le château de Maudétour, qui se dresse au centre du village rue des Tilleuls, est le seul monument historique protégé sur le territoire communal. Il est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 11 avril 1947, avec son parc et sa cour d'honneur (référence Mérimée PA00080145). Il fut édifié successivement aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles à l'emplacement de l'ancien manoir des Rubentel, dont il ne reste plus aucune trace visible.

Les commanditaires de l'édifice actuel sont Charles de Rancher, dernier seigneur de Maudétour, et son épouse Élisabeth de Blagny. Leur projet, ambitieux, prévoyait un grand corps de logis classique flanqué de deux ailes symétriques en U, conformément au goût du XVIIIᵉ siècle. Mais l'aile gauche ne fut jamais construite : le château actuel se présente donc avec une silhouette singulièrement dissymétrique, le corps central et l'aile droite ne trouvant aucun pendant à gauche. La grille principale porte les initiales « CR » de Charles de Rancher ; au centre du fronton du corps de logis figurent les armoiries des familles de Rancher et de Blagny, surmontées d'une couronne de marquis — œuvre du sculpteur Zéphir, de Magny-en-Vexin, qui les y a apposées en 1818, soit longtemps après la construction.

Les dépendances complètent l'ensemble : l'ancienne chapelle et le pavillon dit d'audience (avec prison au sous-sol) encadrent la cour d'honneur ; deux longues rangées de communs parallèles abritent une halle à charpente d'origine et des écuries à colombage du XVIIIᵉ siècle ; un colombier en pierre de taille et un fruitier voûté témoignent de l'autonomie domaniale du domaine.

Mais la pièce maîtresse du site, ce sont sans doute le parc de douze hectares, dessiné par André Le Nôtre (1613-1700). La présence du jardinier du Roi-Soleil — celui qui a tracé Versailles, Vaux-le-Vicomte, Chantilly et les Tuileries — sur les terres modestes d'un seigneur vexinois est l'un de ces accidents heureux de l'histoire de l'art des jardins. Il subsiste, parmi les vestiges de ce qui fut un petit jardin à la française, des murs de soutien, une allée de tilleuls plantée en surplomb encadrée de murs et s'avançant vers la plaine du Vexin, et plusieurs édifices en moellons et pierres. Le château accueille aujourd'hui des chambres d'hôtes dans son aile XVIIᵉ, labellisées Gîtes de France ; les caves voûtées ont été aménagées en espace de bien-être.

L'église Notre-Dame de l'Assomption

L'église paroissiale Notre-Dame de l'Assomption, qui jouxte le château, n'est pas protégée au titre des monuments historiques — Maudétour ne compte donc à ce jour qu'un seul MH. L'édifice modeste, en pierre enduite, conserve néanmoins quelques éléments remarquables : une cloche datée de 1733 provenant de l'ancienne église (vraisemblablement médiévale, démolie au XVIIIᵉ siècle), et des fonts baptismaux du XVIᵉ siècle, eux aussi récupérés de l'édifice précédent. Le clocher, à cheval sur la toiture au-dessus de la façade occidentale, présente des baies abat-son en plein cintre identiques à celles des fenêtres de la nef — silhouette caractéristique des reconstructions classiques. La façade est ornée d'un pignon avec horloge et d'un portique d'entrée dorique, seul « luxe » que l'architecte du XVIIIᵉ siècle s'est permis. Particularité intéressante : la tribune est réservée aux habitants du château, accessible uniquement par une porte extérieure indépendante — vestige tangible de la hiérarchie sociale dans les paroisses rurales d'Ancien Régime, où les seigneurs avaient leur place réservée au-dessus de l'assemblée des fidèles.

La paroisse est attestée par les registres dès le XVIIᵉ siècle ; Estienne Surgis, curé de Maudétour en 1701, figure dans l'armorial de Potiquet sous des armes parlantes : d'or à un ours debout de sable — clin d'œil à son patronyme évocateur.

Géographie et carrefour

Le territoire communal de 6,6 km² s'étend sur le plateau, à une altitude comprise entre 130 et 165 mètres. Les communes limitrophes sont Genainville au nord, Arthies à l'est, Charmont au nord-est, Villers-en-Arthies au sud-est, et Hodent à l'ouest. Aucun cours d'eau majeur ne traverse la commune, située à l'écart des grandes vallées : Maudétour est sur la ligne de partage des eaux entre la Seine et l'Epte, comme l'ensemble du plateau d'Arthies.

La RD 983 (ancienne route nationale 183) traverse le bourg du nord au sud, reliant Mantes-la-Jolie à Magny-en-Vexin. L'Avenue verte Paris-Londres suit cette même route, faisant de Maudétour une étape discrète mais fréquentée de l'itinéraire cyclable européen. Le GR 11 « Grand Tour de Paris » passe par la commune.

La commune est aujourd'hui essentiellement tournée vers l'agriculture céréalière ; un golf y a été aménagé sur d'anciennes terres agricoles. Sa proximité immédiate avec Wy-dit-Joli-Village (4 km au sud-est) et Villers-en-Arthies (5 km au sud) en fait une étape naturelle pour qui veut découvrir le plateau d'Arthies dans son ensemble : forêt, hameaux dispersés, châteaux discrets, églises rurales, fabriques de jardin, cimetières huguenots — un véritable concentré de l'histoire du Vexin français des XVIᵉ-XVIIIᵉ siècles, à 50 kilomètres seulement de Paris.

Pour aller plus loin

Sur l'histoire générale de Maudétour-en-Vexin, voir la notice de Wikipédia, Maudétour-en-Vexin, ainsi que la rubrique Histoire du site municipal. La monographie collective dirigée par J.-L. Corbasson, P. Goutrat et S. Gasser, Le Patrimoine des communes du Val-d'Oise (Flohic Éditions, 1999, t. II), donne une présentation synthétique de la commune et de son château.

Sur le château et son parc de Le Nôtre, la fiche Mérimée PA00080145 est la référence administrative ; le site officiel des chambres d'hôtes du château (chateaudemaudetour.com) propose une riche iconographie. Pour l'histoire des jardins de Le Nôtre, voir Patricia Bouchenot-Déchin et Georges Farhat (dir.), André Le Nôtre en perspectives, Hazan/Versailles, 2013, qui en recense l'ensemble des œuvres connues.

Sur la famille de Rubentel et l'armorial du canton, voir Alfred Potiquet, Armorial du canton de Magny-en-Vexin (2ᵉ édition, 1885), consultable sur Gallica — outil indispensable pour qui veut entrer dans le tissu d'alliances aristocratiques du Vexin français des XVIᵉ-XVIIIᵉ siècles. Sur les toponymes en mal-destor dans la France médiévale, voir Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France (Larousse, 1963).

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Méricourt

Le barrage-écluse de Méricourt sur la Seine
Le barrage-écluse de Méricourt, inauguré le 14 juillet 1886 — deux sas de 160 et 185 mètres, cinq vannes de régulation, près de 30 % du trafic fluvial français y transite chaque année Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Carte de situation de Méricourt dans le département des Yvelines
Situation de Méricourt dans le département des Yvelines Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Yvelines (78)
Communauté de communes
CU Grand Paris Seine et Oise (GPS&O)
Position
Sur la rive gauche de la Seine, dans la boucle de Moisson, à 4 km en aval de Bonnières-sur-Seine et 12 km en amont de Mantes-la-Jolie — village du Mantois resté étroitement lié à Freneuse jusqu'à la Révolution, dont le barrage-écluse régule aujourd'hui la Seine en aval de Gommecourt.

Carte d'identité

Méricourt est une petite commune rurale des Yvelines, riveraine de la Seine par sa rive gauche. Ses 377 habitants (recensement 2021), appelés Méricourtois et Méricourtoises, vivent sur un territoire compact de seulement 2,15 km² — l'une des superficies les plus modestes du secteur. La commune, qui appartient au canton de Bonnières-sur-Seine et à la Communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise, occupe une position remarquable au cœur de la boucle de Moisson, à 4 km en aval de Bonnières-sur-Seine et 12 km en amont de Mantes-la-Jolie.

Si Méricourt n'est ni traversée par une rivière du Vexin ni adossée à la falaise crayeuse comme la plupart des autres communes voisines de notre projet, elle joue un rôle qui résume parfaitement le fil rouge du « carrefour » : son barrage-écluse, inauguré en 1886, régule la Seine sur près de 27 km en amont et constitue, depuis bientôt cent quarante ans, le point de contrôle hydraulique majeur du fleuve à hauteur du confluent Seine-Epte. Sans lui, le niveau d'eau qui passe sous Gommecourt et Clachaloze, à une quinzaine de kilomètres en amont, ne serait pas le même.

Une paroisse longtemps dépendante de Freneuse

Le territoire de Méricourt est anciennement habité. Les prospections archéologiques du XIXᵉ siècle y ont livré de nombreuses armes en silex taillé néolithiques, ainsi que des céramiques et monnaies gallo-romaines — dont un petit vase gris-bleu aujourd'hui conservé au musée de l'Hôtel-Dieu de Mantes-la-Jolie (anciennement musée Duhamel). Aucun de ces vestiges n'a fait l'objet d'une protection au titre des monuments historiques, et la sépulture néolithique mégalithique parfois rattachée par erreur à Méricourt est en réalité celle de Bonnières-sur-Seine (référence Mérimée PA00087377, classée en 1951).

Au Moyen Âge, Méricourt n'est qu'un fief de la paroisse de Freneuse. Vers 1450, le seigneur de « Mairicourt » — la forme ancienne du nom, attestée dans les registres paroissiaux — constate que sa terre « est plus abondante en peuple » que Freneuse, et obtient l'autorisation de bâtir une chapelle sous le vocable de la Nativité de la Très Sainte Vierge, simple annexe paroissiale. Le toponyme « Méricourt » dérive d'un nom germanique Moricho associé au suffixe -court (du latin curtis, « domaine »), schéma classique des villages francs du bassin parisien.

En 1583, une épitaphe gravée dans le chœur de cette chapelle annonce le décès d'un personnage considérable : « haut et puissant seigneur de Maricourt, chevalier de l'ordre du Roi, chambellan de sa Maison, seigneur châtelain et baron de Moucy-le-Châtel, Rouleboize, Méricourt, Mousseaulx, Chenest et autres terres ». Cet inventaire seigneurial révèle un réseau territorial typique de l'époque moderne : un même seigneur cumulait alors Rolleboise, Méricourt, Mousseaux-sur-Seine et plusieurs autres terres voisines, formant une châtellenie d'un seul tenant le long de la Seine. L'agrandissement de la chapelle est sollicité dès 1776, signe de la croissance démographique de l'époque, et la séparation d'avec Freneuse intervient en 1790, dans le sillage de la réorganisation paroissiale révolutionnaire. Méricourt devient une commune indépendante en 1802.

L'église de la Nativité-de-la-Très-Sainte-Vierge

L'édifice actuel, petite église en pierre enduite située au 6 rue des Écoles, n'est pas la chapelle médiévale d'origine mais l'église construite en 1537 par le seigneur de Méricourt sur son emplacement. Agrandie en 1768 pour répondre à l'accroissement de la communauté, elle conserve de précieux fonts baptismaux datés de 1624. Son clocher central et sa toiture en tuiles plates s'harmonisent avec le tissu rural des bords de Seine. Bien que non classée monument historique, l'église figure parmi le patrimoine urbain et rural remarquable identifié par le PLU intercommunal de la communauté urbaine GPSEO (fiche 78391_PAT_004), à proximité immédiate de l'ancienne mairie-école (fiche 78391_PAT_005), maison de bourg également signalée pour sa qualité patrimoniale. L'édifice fait actuellement l'objet d'un chantier de restauration porté par la commune et le Département des Yvelines.

Le barrage-écluse de Méricourt, géant fluvial

Au XIXᵉ siècle, la canalisation de la Seine bouleverse le paysage de Méricourt. Le 14 juillet 1886, jour de fête nationale, le barrage-écluse de Méricourt est officiellement mis en service. Modernisé en 1965, puis de nouveau au tournant des années 2020, l'ouvrage en béton est aujourd'hui l'un des quatre grands barrages-écluses des Yvelines sur la Seine, aux côtés de ceux d'Andrésy, Bougival et Chatou.

Ses chiffres impressionnent : deux sas de 160 et 185 mètres de longueur (parmi les plus longs du bassin parisien), cinq vannes de régulation du fleuve, une chute moyenne de quatre mètres entre le bief amont et le bief aval. Il régule à lui seul 27 km de Seine en amont, jusqu'à l'écluse de Meulan, et 25 km en aval jusqu'à l'ancienne écluse de Port-Villez (désaffectée vers 1960). Le trafic annuel dépasse dix millions de tonnes acheminées par 22 000 péniches et 2 000 caboteurs, auxquels s'ajoutent 1 500 bateaux de plaisance et plus de 13 500 paquebots de croisière fluviale chaque année — Méricourt voit passer à elle seule près de 30 % du trafic fluvial national.

Sur la rive même se dresse encore la maison de l'éclusier, élégante bâtisse en pierre enduite à chaînages de brique rouge et fronton triangulaire datant du XIXᵉ siècle, qui rappelle l'époque où chaque écluse abritait un agent à demeure. L'ensemble, augmenté du Port de l'Ilon (ancienne sablière reconvertie en port de plaisance dans la boucle boisée de Guernes voisine), fait de Méricourt un haut-lieu du patrimoine fluvial industriel du XIXᵉ siècle.

20 août 1944 : le premier franchissement allié de la Seine

Méricourt occupe une place singulière dans l'histoire de la Libération. Au cours de l'été 1944, le général Patton lance sa 3ᵉ armée américaine en course folle à travers la Normandie : Avranches, Le Mans, Chartres, Houdan, Bréval. Le 19 août, l'avant-garde du XVᵉ corps américain arrive à Mantes-la-Jolie — ville dévastée par les bombardements alliés de mai et juin — et atteint la Seine. Patton installe son PC au sommet de l'hôtel de la Corniche, à Rolleboise voisin, d'où il domine toute la boucle.

Dans la nuit du 19 au 20 août 1944, des éléments de la 79ᵉ division d'infanterie américaine franchissent la Seine par la passerelle du barrage de Méricourt — c'est le premier passage allié du fleuve depuis le débarquement de Normandie deux mois et demi plus tôt. Le lendemain, un pont de bateaux est jeté entre Rosny-sur-Seine et Guernes pour constituer une véritable tête de pont sur la rive nord ; un second franchissement est organisé en bateaux entre Gassicourt et Dennemont. Cette « tête de pont de Mantes », défendue au prix de 200 GI's tués, ouvre la voie au contournement de Paris par le nord-ouest. Quelques jours plus tard, le 25 août 1944, à une vingtaine de kilomètres en amont, le résistant FFI Robert Mennessier tombera à Gommecourt en se battant contre l'arrière-garde allemande en retraite — preuve, s'il en fallait, que la Libération du secteur s'est jouée dans un seul mouvement militaire continu, dont le barrage de Méricourt fut le pivot stratégique.

Une stèle commémorative rappelle, sur la rive de Méricourt, le souvenir de ce franchissement décisif.

Géographie et carrefour

D'une superficie modeste de 2,15 km², le territoire de Méricourt s'étire sur la rive gauche extérieure de la boucle de Moisson, dominé au sud par des coteaux qui culminent à 86 m d'altitude (le fond de la commune se trouve à seulement 12 m, au bord du fleuve). La route nationale 13 longe la partie sud de la commune et la connecte à Mantes-la-Jolie et Bonnières-sur-Seine.

La commune est limitrophe de quatre voisines : Mousseaux-sur-Seine au nord-est, Saint-Martin-la-Garenne au sud-est (dont elle est séparée par la Seine), Rolleboise au sud-ouest, et Freneuse à l'ouest, sa paroisse-mère pendant plus de trois siècles. La commune fait partie de l'unité urbaine de Bonnières-sur-Seine et de l'aire d'attraction de Paris. Son territoire reste largement agricole et naturel (85 % d'espaces non bâtis en 2017).

Comme toutes les communes de ce tronçon de Seine, Méricourt n'a aucun pont propre : il n'existe aucun pont sur la Seine entre Mantes-la-Jolie et Bonnières-sur-Seine, soit près de quinze kilomètres de fleuve sans franchissement permanent — seul un bac saisonnier Vétheuil–Lavacourt assure une traversée occasionnelle. La passerelle technique du barrage, fermée au public en temps ordinaire, n'est ouverte que dans des circonstances exceptionnelles : c'est précisément cette singularité géographique qui fit toute son importance stratégique en août 1944.

Pour aller plus loin

Le Patrimoine des communes des Yvelines publié par les éditions Flohic (tome 1, 2000) consacre deux pages à Méricourt (p. 115-116). Plus complet, Le village de Méricourt de Jean-Luc Leleux (2005) reste l'ouvrage de référence local. Pour la dimension fluviale, les fonds iconographiques de Gallica (BnF, dossier Navigation de la Seine — Barrage et écluses de Méricourt, 1880-1886) documentent richement la construction et le fonctionnement de l'ouvrage.

Une dernière anecdote, pour la curiosité : la révolutionnaire et féministe Anne-Josèphe Théroigne « de Méricourt » (1762-1817), figure majeure des journées d'octobre 1789, n'a aucun lien avec notre Méricourt yvelinois. Son surnom est une déformation moqueuse — inventée en 1789 par le journaliste royaliste Champcenetz — du nom de son village natal Marcourt, dans la principauté de Liège. La confusion fait partie du folklore du nom.

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Moisson

La Maison du Passeur à La Vacherie, sur la commune de Moisson
Le pavillon dit La Vacherie ou Maison du Passeur, du XVIIIᵉ siècle — seul monument historique protégé de la commune (inscription du 31 décembre 1980, PA00087546). L'édifice marque l'emplacement du bac médiéval qui reliait Moisson à La Roche-Guyon. Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Carte de situation de Moisson dans le département des Yvelines
Situation de Moisson dans le département des Yvelines Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Yvelines (78)
Communauté de communes
CC Les Portes de l'Île-de-France (CCPIF)
Position
Sur la rive gauche de la Seine, dans la grande boucle qui porte son nom — presqu'île de 10 km² face à La Roche-Guyon, Haute-Isle et Vétheuil — réunit les hameaux de Lavacourt (Monet, 1878-1901) et de La Vacherie (ancien péage du bac), et appartient comme Gommecourt à la communauté de communes Les Portes de l'Île-de-France.

Carte d'identité

Moisson est une commune rurale des Yvelines, située sur la rive gauche de la Seine au cœur d'une grande boucle du fleuve qui porte son nom. Ses 977 habitants (recensement récent), les Moissonnais et Moissonnaises, vivent sur un vaste territoire de 10,06 km² — soit cinq fois la superficie de Méricourt voisin. La commune se déploie en presqu'île, presque entièrement entourée par la Seine, face aux villages de La Roche-Guyon, Haute-Isle et Vétheuil, tous trois sur la rive droite, dans le Val-d'Oise.

Moisson appartient au canton de Bonnières-sur-Seine et — détail essentiel pour notre projet — à la Communauté de communes Les Portes de l'Île-de-France (CCPIF), la même intercommunalité que Gommecourt. Les deux villages partagent ainsi la même administration locale, malgré les vingt kilomètres de Seine qui les séparent. Le territoire de la commune englobe en outre deux îles fluviales : l'île de Bouche et l'île de Haute-Isle.

Le fil rouge du « carrefour » s'incarne ici à un autre niveau : Moisson n'est pas un lieu de passage, mais un lieu de connexions inversées. Sa Maison du Passeur, classée monument historique, marque l'emplacement de l'ancien bac vers La Roche-Guyon ; à l'autre extrémité de la commune, le hameau de Lavacourt dispose toujours d'un bac saisonnier vers Vétheuil — seule traversée de la Seine entre Mantes et Bonnières, sur près de quinze kilomètres de fleuve.

Une presqu'île, deux hameaux

La commune se structure autour de trois pôles : le village de Moisson lui-même, légèrement en retrait du fleuve au centre de la presqu'île, et deux hameaux historiques en bord de Seine. À l'est, Lavacourt borde la Seine face à Vétheuil ; à l'ouest, La Vacherie fait face au château de La Roche-Guyon. C'est cette structure tripartite, héritée du Moyen Âge, qui explique la richesse patrimoniale et culturelle disproportionnée de cette petite commune.

La forme ancienne du nom était Moison avec un seul s. Plusieurs étymologies se disputent l'origine du toponyme : en ancien français, moisson désignait à la fois le moineau (sobriquet d'un homme vif et léger) et le moissonneur ; le terrain marécageux de la boucle suggère aussi une dérivation du latin muscus (« mousse »), ou encore d'une redevance médiévale moison (de muy, ancienne mesure de volume). Une tradition du XIXᵉ siècle voulait que les habitants partent chaque été moissonner les blés de la Beauce voisine — d'où la fixation moderne de l'orthographe avec deux s, et le gentilé actuel.

Une terre du duché de La Roche-Guyon

Le site préhistorique de Moisson est attesté par de nombreuses armes en silex taillé retrouvées sur le territoire. Mais c'est au Moyen Âge et à l'époque moderne que l'histoire de la commune se fixe durablement : Moisson dépend longtemps du duché de La Roche-Guyon, dont les seigneurs successifs — la famille de La Roche-Guyon, puis les du Plessis-Liancourt, puis les La Rochefoucauld — administrent la presqu'île depuis le château fort qui lui fait face, de l'autre côté du fleuve. Ce lien féodal est documenté très tôt et complète celui qui rattachait également Clachaloze à La Roche-Guyon dès 1399-1400 (sources : Carolus Barré, 1936) — voir l'article dédié au château de La Roche-Guyon.

Jusqu'au XVIIᵉ siècle, la boucle de Moisson constitue une garenne ducale d'une superficie considérable — un vivier de lapins jalousement protégé pour la chasse. Une délibération de la fin du XVIIᵉ siècle est restée fameuse : excédé par les ravages de cette population sur ses vignes, le duc de La Rochefoucauld, seigneur de La Roche-Guyon, accorde à sept vignerons de Moisson une permission valable six mois pour dépeupler toute la garenne de ses lapins, contre une redevance de 1 200 livres et douze douzaines de lapins. L'opération est si lucrative qu'elle est renouvelée l'année suivante auprès d'autres paysans pour 2 500 livres et dix-huit douzaines.

À partir de 1750, le duc Alexandre de La Rochefoucauld entreprend de reboiser massivement la presqu'île ; sa fille, Louise-Élisabeth de La Rochefoucauld, duchesse d'Enville — la même qui sera l'animatrice du salon des Lumières et la seigneuresse de Gommecourt en 1789 — poursuit l'œuvre de reboisement. Les vastes forêts qui caractérisent aujourd'hui la boucle de Moisson sont, pour une grande part, héritées de cette politique seigneuriale du siècle des Lumières.

Le pavillon La Vacherie, ancien passage vers La Roche-Guyon

À la pointe occidentale de la presqu'île, au lieu-dit La Vacherie, le pavillon dit La Vacherie, plus connu sous le nom de Maison du Passeur, marque l'emplacement du bac médiéval qui reliait Moisson à La Roche-Guyon. L'édifice actuel, construit au XVIIIᵉ siècle, servait à la fois de logement du passeur et de bureau de péage pour les voyageurs traversant le fleuve. Restauré et reconstruit en partie en 1920, le pavillon a vu son bac disparaître progressivement au XXᵉ siècle ; il n'en subsiste plus aujourd'hui qu'un bâtiment de pierre, qui regarde la silhouette emblématique du château de La Roche-Guyon dressé sur la rive opposée.

Ses façades et toitures sont inscrites au titre des monuments historiques par arrêté du 31 décembre 1980 (référence Mérimée PA00087546). C'est, comme le rappelle scrupuleusement chaque guide patrimonial, le seul monument historique protégé sur le territoire de la commune.

La presqu'île des dirigeables (1901-1914)

L'aventure la plus extraordinaire de Moisson commence à l'aube du XXᵉ siècle. Les frères Paul Lebaudy (1858-1937) et Pierre Lebaudy (1865-1929), héritiers de la plus importante compagnie sucrière française et propriétaires du château de Rosny-sur-Seine, possèdent une grande partie de la forêt de Moisson. Passionnés par les progrès de l'aérostation, ils confient à l'ingénieur Henri Julliot le soin d'étudier la construction d'un ballon dirigeable semi-rigide. D'août à novembre 1901, ils font édifier sur leur propriété un immense hangar — long comme un terrain de football — destiné à abriter leur première machine volante.

Le 12 novembre 1902, le « Lebaudy », premier dirigeable français à structure semi-rigide piloté par Georges Juchmès, effectue son vol libre inaugural autour de Moisson, à 100-120 mètres d'altitude. Le 8 mai 1903, il s'aventure au-dessus de Mantes-la-Jolie et de Limay sur un parcours de 37 kilomètres ; sa belle couleur jaune lui vaut alors le surnom de « Jaune ». Le 12 novembre 1903, exactement un an après son premier vol, le Lebaudy quitte son hangar de Moisson, remonte la Seine en passant par Poissy, Chatou, Nanterre et Saint-Cloud, et atterrit triomphalement sur le Champ-de-Mars à Paris — où il est visité par Gustave Eiffel, Alberto Santos-Dumont et l'industriel Henry Deutsch de la Meurthe.

L'aventure s'amplifie. Le 20 août 1904, Madame Paul Lebaudy monte à bord et devient ainsi la première femme au monde à voler dans un dirigeable. Quelques jours plus tard, le 28 août, le dirigeable s'arrache à ses amarres et part en goguette sans équipage ; il est aperçu au-dessus de Giverny par Claude Monet lui-même, avant de s'écraser dans les arbres du bois de Fontaine-l'Abbé, en Normandie. Quatorze appareils seront construits successivement à Moisson — le Patrie, la République, la Liberté, la Ville de Paris… — la plupart vendus à l'armée française avant la Première Guerre mondiale. À son apogée, l'usine emploie entre 200 et 600 personnes : ouvriers, couturières, ingénieurs, mécaniciens.

L'activité s'arrête brutalement en 1914 : la guerre éclate, et l'aéronautique militaire bascule définitivement du dirigeable vers l'avion. Aujourd'hui, une stèle commémorative sur la route de la Ballonnière, inaugurée en 2002 pour le centenaire du premier vol, et un musée de la Ballonnière au cœur du village perpétuent la mémoire de cette épopée. Une rue de la Ballonnière traverse l'ancien parc aérostatique des frères Lebaudy.

Lavacourt vu par Claude Monet

L'autre célébrité de Moisson tient au hameau de Lavacourt, qui borde la Seine en face de Vétheuil. C'est ici que Claude Monet vient s'installer en septembre 1878 — non sur la rive de Moisson mais sur celle de Vétheuil, où il loue une maison surplombant le fleuve. De son bateau-atelier amarré en bas de son jardin, le peintre traverse régulièrement la Seine pour peindre Vétheuil depuis Lavacourt — et il finit par louer également une chambre dans le hameau pour y travailler plus commodément.

L'hiver 1879-1880, l'un des plus rigoureux de l'histoire météorologique française, transforme la Seine en banquise puis en chaos de glaces flottantes. Monet brave le froid et peint vingt-quatre tableaux documentant jour après jour la débâcle du fleuve. Plusieurs toiles majeures consacrent le hameau de Moisson : Soleil d'hiver à Lavacourt (1879-1880, musée d'Art moderne André-Malraux, Le Havre), Soleil couchant sur la Seine à Lavacourt, effet d'hiver (1880, Petit Palais, Paris), La Débâcle à Vétheuil, avec vue sur Lavacourt (1880, musée d'Orsay), ou encore La Seine à Lavacourt — grande toile « assagie » présentée par Monet et acceptée au Salon de 1880, son grand retour à l'institution officielle après une décennie d'exposition impressionniste indépendante.

L'attachement de Monet à Lavacourt dépasse même son séjour de 1878-1881. À l'été 1901, alors qu'il est depuis longtemps installé à Giverny, il revient louer une maison à Lavacourt d'où il peint une série de quinze toiles intitulée Vétheuil, vue depuis sa nouvelle terrasse. Deux d'entre elles sont aujourd'hui conservées à l'Art Institute of Chicago. Ces œuvres reprennent, vingt ans plus tard, exactement le même point de vue qu'en 1880 — mais avec la facture beaucoup plus libre, presque abstraite, des dernières années du maître.

Lavacourt est ainsi, après Vétheuil et Giverny, l'un des trois lieux de villégiature de Monet dans cette région du confluent Seine-Epte — un fait souvent oublié dans les biographies du peintre, mais essentiel pour comprendre la continuité de son attachement à ce paysage particulier.

Le jamboree de la paix (1947) et la base de loisirs

Après la Seconde Guerre mondiale, Moisson connaît une nouvelle heure de gloire d'une nature inattendue : en août 1947, le Scoutisme français y organise le « Jamboree mondial de la paix », sixième rassemblement mondial des scouts depuis la fondation du mouvement, et le premier organisé après la guerre. 24 000 scouts de quarante nations plantent leurs tentes dans la presqu'île pendant deux semaines, dans un esprit de réconciliation et de fraternité internationale. L'événement marque durablement la mémoire locale.

Dans les décennies suivantes, les anciennes sablières exploitées dans la plaine alluviale sont progressivement reconverties. L'Île de loisirs des Boucles de Seine est créée autour d'un plan d'eau de 120 hectares issu de ces gravières et s'étend également sur la commune voisine de Mousseaux-sur-Seine. Gérée par l'UCPA de 1992 à 2002, elle propose aujourd'hui voile (Club de Voile de Moisson-Lavacourt), canoë, baignade, golf 18 trous, équitation, VTT, camping et restauration. Une réserve naturelle régionale y a été créée en juillet 2009 sur les territoires de Moisson et Mousseaux ; elle protège un milieu rare en Île-de-France : landes à bruyères et à genêts qui rappellent davantage la Bretagne intérieure que la vallée de la Seine.

Géographie et carrefour fluvial

La commune occupe une plaine alluviale à 40 mètres d'altitude moyenne, en grande partie boisée — héritage du reboisement ducal du XVIIIᵉ siècle. La forêt régionale de Moisson (368 ha), partagée avec Freneuse et Mousseaux-sur-Seine, est intégrée au programme européen Natura 2000 « Coteaux et boucles de la Seine » ; ses bords de Seine constituent un lieu d'hivernage majeur pour de nombreuses espèces d'oiseaux aquatiques.

Moisson est limitrophe au sud des communes de Freneuse et de Mousseaux-sur-Seine ; tout le reste de son périmètre est délimité par le cours de la Seine lui-même, qui la sépare de La Roche-Guyon, Haute-Isle et Vétheuil — toutes trois sur la rive opposée. La traversée du fleuve y est aussi compliquée que partout ailleurs dans le secteur : aucun pont entre Mantes-la-Jolie (en amont) et Bonnières-sur-Seine (en aval). Le seul franchissement, strictement saisonnier, est le bac Vétheuil-Lavacourt : il fonctionne d'avril à novembre, du vendredi au dimanche et les jours fériés, et débarque sur le territoire moissonnais. Pour le reste du temps, la presqu'île demeure ce qu'elle a toujours été : un monde semi-isolé, accessible uniquement par les routes du sud.

Personnalités

Outre Claude Monet (résident temporaire) et les frères Lebaudy (industriels et aéronautes), Moisson a vu mourir le militaire Étienne Michaux (1771-1850) et le comédien Jean-Louis Broust (1942-2006), qui interpréta le rôle d'Édouard III d'Angleterre dans la première adaptation télévisée des Rois maudits (1972). Une autre figure inattendue a marqué les lieux : Madame Paul Lebaudy, première femme au monde à voler en dirigeable — exploit rendu possible par les ateliers de la presqu'île.

Pour aller plus loin

L'ouvrage de référence sur l'épopée aéronautique de Moisson est le livre richement illustré de Jean-Luc Leleux et Dalila Hachelaf, Moisson : la presqu'île des dirigeables (éditions Pierrann, 2001). Le musée de la Ballonnière, ouvert au cœur du village, en propose une visite vivante. Les archives départementales des Yvelines ont par ailleurs publié un dossier en ligne très documenté intitulé Les Lebaudy à la conquête de l'air. Pour Claude Monet, les notices détaillées du musée du Petit Palais, du musée d'Orsay et du musée d'Art moderne André-Malraux du Havre documentent la série Lavacourt-Vétheuil de 1880, tandis que l'Art Institute of Chicago présente celle de 1901. Enfin, le CAUE des Yvelines propose un parcours patrimonial « Moisson, sur le devant de la Seine » qui mène du hameau de Lavacourt à la Maison du Passeur en passant par l'ancien parc aérostatique.

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Mousseaux-sur-Seine

Le clocher troglodytique de Mousseaux-sur-Seine émergeant du sol
Le clocher carré, à toit conique de pierre, de l'ancienne église troglodytique Saint-Léger de 1749 — il en subsiste seul, émergeant du sol au-dessus de la nef creusée dans la craie ; sur son toit passe désormais un chemin, cas unique attesté par le cadastre napoléonien Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Carte de situation de Mousseaux-sur-Seine dans le département des Yvelines
Situation de Mousseaux-sur-Seine dans le département des Yvelines Wikimedia Commons (CC BY-SA)
Département
Yvelines (78)
Communauté de communes
CU Grand Paris Seine et Oise (GPS&O)
Position
Sur la rive gauche de la Seine, au sud-est de la boucle de Moisson — bourg implanté sous une falaise calcaire criblée de caves troglodytiques (« boves »), face à Saint-Martin-la-Garenne sur la rive opposée, à 6 km en amont de Bonnières-sur-Seine.

Carte d'identité

Mousseaux-sur-Seine est une commune rurale des Yvelines, riveraine de la Seine par sa rive gauche. Ses 689 habitants (recensement 2023), appelés Moussois et Moussoises, vivent sur un territoire de 7,2 km², à seulement 26 mètres d'altitude — l'un des points les plus bas du secteur. La commune appartient au canton de Bonnières-sur-Seine et — à la différence notable de Moisson voisine — à la Communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPS&O). C'est en 2003 que Mousseaux-sur-Seine a fait le choix d'adhérer à la défunte CAMY (Communauté d'agglomération de Mantes-en-Yvelines, depuis intégrée à GPS&O en 2016), plutôt qu'à la communauté de communes Les Portes de l'Île-de-France centrée sur Bonnières — la même intercommunalité que Gommecourt. Deux communes voisines, deux intercommunalités différentes : la frontière administrative passe ici entre deux mondes institutionnels distincts.

Le bourg est implanté en bord de Seine, sous une falaise calcaire — la même craie santonien-campanien qui forme, sur la rive opposée, la grande falaise blanche continue s'étirant de Bennecourt jusqu'à Saint-Martin-la-Garenne en passant par Clachaloze, La Roche-Guyon, Haute-Isle et Vétheuil. Mais ici, exceptionnellement, c'est sur la rive gauche que la craie affleure également, et qu'elle a été creusée pendant des siècles pour y aménager des habitations troglodytiques : les boves.

Mousiaulx les Boves

La toponymie de la commune trace l'histoire de ses formes successives. Attestée pour la première fois en 1205 sous la forme Moncellis, la localité apparaît ensuite comme Mousiaulx les Boves en 1609 — appellation qui dit tout : le pluriel Mousiaulx signe une dérivation du vieux français moncel (« petit mont », « colline »), et le qualificatif les Boves désigne sans détour les caves troglodytiques qui caractérisent l'endroit. La forme évolue ensuite vers Monciaux (1638), Monceaux (1676), Saint-Léger de Monceaux (1680) — la paroisse porte alors le vocable de l'évêque d'Autun martyr du VIIᵉ siècle —, puis Mousseaux les Boves en 1740, et Mousseaux seul à partir de la Révolution. Le décret du 4 janvier 1909, publié au Journal officiel du 14 janvier suivant, ajoute enfin le qualificatif « -sur-Seine » — au moment où les chemins de fer et le tourisme balnéaire imposent aux communes du même nom de se distinguer (Mousseaux-sur-Seine n'a aucun rapport avec Mousseaux dans l'Eure ou Mousseaux-Neuville, également dans l'Eure).

L'adjectif populaire « les mousseaux » désignait au XIXᵉ siècle les habitants troglodytes eux-mêmes, ceux qui logeaient dans les caves de la falaise — une partie significative de la population à l'époque. Le bourg-rue qui s'étire au pied de la falaise blanche a longtemps été doublé d'un second front bâti, semi-creusé dans le calcaire, encore visible sur le cadastre napoléonien.

Un village troglodytique

Mousseaux-sur-Seine est, sans contredit, l'un des hauts-lieux du patrimoine souterrain d'Île-de-France. La falaise calcaire qui domine le bourg est percée sur toute sa longueur d'un réseau de caves, de celliers et d'anciennes habitations, localement appelés boves. Ces excavations exploitent un banc géologique précis : la craie du santonien-campanien, tendre, facile à creuser, et qui affleure ici en falaise sur près d'un kilomètre. Plus haut, sur le plateau, c'est en revanche le calcaire lutétien qui domine — exploité dans les carrières des environs pour la pierre de taille.

La fonction des boves a évolué au fil du temps. À l'origine habitations pour les plus pauvres, annexes agricoles pour les autres, elles ont rapidement servi de caves à vin : Mousseaux était jusqu'à la fin du XVIIIᵉ siècle un village viticole prospère, et un ancien pressoir est encore conservé dans l'une des boves les plus accessibles, témoin tangible de cette activité disparue — un schéma en coupe de ce pressoir, qui en restitue précisément le mécanisme, est présenté dans notre article La viticulture en vallée de Seine. D'autres boves ont accueilli des pigeonniers en partie supérieure, des garages, et au XXᵉ siècle, plus inattendu, une discothèque nommée « La Place » qui fit danser les Moussois dans les années 1990.

Aujourd'hui largement délaissées comme habitats permanents, ces boves font l'objet, depuis quelques années, d'un regain d'intérêt patrimonial et écologique. La commune organise régulièrement des visites guidées de ces sous-sols, et la Région Île-de-France a fait inventorier l'ensemble en 2011 dans le cadre d'une campagne dédiée aux habitats troglodytiques franciliens — qui rappelait au passage que Méricourt, Rolleboise et Gommecourt présentent aussi, plus modestement, le même type de patrimoine.

L'église Saint-Léger : du roc à la pierre

L'histoire de l'église paroissiale est à elle seule un raccourci de toute celle du village. Une église primitive est attestée à Mousseaux dès le IXᵉ siècle — l'une des premières fondations religieuses du secteur, à mi-distance entre Saint-Clair-sur-Epte et le grand domaine carolingien de La Roche-Guyon. En 1749, l'édifice est entièrement reconstruit, mais cette fois creusé directement dans la falaise calcaire : la nouvelle église, sous le vocable de Saint-Léger, devient un véritable édifice troglodytique. Seul son clocher carré, en maçonnerie et coiffé d'un toit conique en pierre, émerge alors à la surface du plateau ; la nef proprement dite est invisible depuis l'extérieur, dissimulée dans le rocher.

À l'époque où Nicolas Dongois, neveu et secrétaire de Boileau, fait creuser de l'autre côté de la Seine l'église troglodytique de Haute-Isle (1670-1673, classée MH en 1926), Mousseaux possède donc, elle aussi, son édifice religieux excavé — et le secteur du confluent Seine-Epte compte, pendant un siècle et demi, deux églises troglodytiques uniques en Île-de-France. Le cadastre napoléonien de Mousseaux en garde une trace extraordinaire : un chemin public passe sur le toit même de l'église, par-dessus la nef souterraine — cas réputé unique en France, repéré et documenté par les inspecteurs du patrimoine de la Région Île-de-France.

L'édifice se dégrade au XIXᵉ siècle, et la municipalité décide en 1875 de bâtir une nouvelle église, hors falaise et en pierre, dans un style néogothique sobre, au cœur du village. C'est l'actuelle église Saint-Léger, sans valeur architecturale exceptionnelle mais discrète et soignée. Du sanctuaire troglodytique de 1749, il ne subsiste donc plus aujourd'hui que le clocher carré et son toit conique en pierre émergeant du sol — silhouette intrigante, et désormais ruine, qu'on devine au détour d'un chemin sans toujours comprendre qu'on marche, à quelques mètres en contrebas, sur une ancienne nef d'église creusée dans la craie.

Une terre de La Roche-Guyon

Le site préhistorique de Mousseaux est attesté par de nombreuses armes en silex taillé. Avant la conquête romaine, le territoire faisait partie du domaine des Véliocasses, ce peuple gaulois dont les frontières orientales passaient précisément par la confluence Seine-Epte et qui ont donné leur nom au Vexin.

À l'époque féodale, l'histoire de Mousseaux est étroitement liée à celle de La Roche-Guyon : la commune appartient au duché de La Roche-Guyon et reste, comme Moisson voisine, sous l'autorité de ses seigneurs successifs jusqu'à la Révolution. L'épitaphe de 1583 retrouvée à Méricourt — qui mentionne le « haut et puissant seigneur de Maricourt, baron de Moucy-le-Châtel, Rouleboize, Méricourt, Mousseaulx, Chenest et autres terres » — donne d'ailleurs la mesure de cette imbrication seigneuriale : un même grand vassal cumulait les fiefs de toute la rive gauche, de Rolleboise à Mousseaux, sous le regard du château ducal qui leur faisait face.

La vigne était la grande richesse locale jusqu'à la fin du XVIIIᵉ siècle ; les pressoirs subsistants dans les boves en attestent (voir notre article La viticulture en vallée de Seine). Le phylloxéra, à la fin du XIXᵉ siècle, mit fin à cette monoculture, comme partout dans la vallée de la Seine. Inondations récurrentes (notamment celle de 1866, sévère), occupation prussienne brève par un train d'équipage allemand à partir du 8 février 1871 pendant la guerre franco-allemande, bombardements alliés épargnés en 1944 (contrairement à Mantes-la-Jolie voisine) : Mousseaux a traversé les épreuves du XIXᵉ et du XXᵉ siècle dans une relative tranquillité de village rural.

Géographie, falaise et base de loisirs

La commune se présente en bande étroite et allongée entre la Seine au sud-est et le plateau cultivé au nord-ouest. Elle est limitrophe de Freneuse et de Méricourt à l'ouest, et de Moisson au nord. Face à elle, par-delà la Seine, se trouve Saint-Martin-la-Garenne : c'est avec cette commune de la rive opposée — extrémité orientale de la grande falaise crayeuse Bennecourt–Saint-Martin — que Mousseaux entretient le « vis-à-vis » fluvial caractéristique du secteur. Son territoire reste largement non bâti : 88,49 % d'espaces agricoles, forestiers et naturels en 2017, et seulement 6,45 % d'espaces construits.

Mousseaux partage avec Moisson la Sablière des Boucles de la Seine Moisson-Mousseaux (Compagnie des Sablières de la Seine, groupe Lafarge), ancienne carrière en partie reconvertie en plans d'eau. Surtout, elle accueille sur son territoire une partie de l'Île de loisirs des Boucles de Seine (l'autre partie étant sur Moisson) — 120 ha de plan d'eau, sports nautiques, golf 18 trous, équitation, camping, VTT —, ainsi que la réserve naturelle régionale créée en juillet 2009 sur Moisson et Mousseaux, qui protège un milieu rare en Île-de-France : landes à bruyères et à genêts et forêt alluviale.

Comme partout dans le secteur, aucun pont sur la Seine ne dessert Mousseaux. La rive opposée est aux deux pas à vol d'oiseau, mais inaccessible directement ; il faut faire le détour par Bonnières-sur-Seine (6 km en aval) ou Mantes-la-Jolie (14 km en amont) pour traverser le fleuve. Le bac saisonnier Vétheuil–Lavacourt se trouve à quelques kilomètres au nord-ouest, dans la commune de Moisson.

Pour aller plus loin

L'inventaire patrimonial le plus complet des boves de Mousseaux a été réalisé en 2011 par les services de la Région Île-de-France dans le cadre d'une campagne sur l'habitat troglodytique francilien (en partenariat avec l'Association Ar'Site et la Direction régionale de l'Environnement) ; les photographies de Laurent Kruszyk produites à cette occasion sont accessibles sur la photothèque du patrimoine régional. Pour l'église troglodytique disparue, l'Observatoire du Patrimoine Religieux conserve une fiche descriptive avec des clichés du clocher subsistant. Le site Topic-Topos consacre également une notice détaillée au « clocher troglodytique de Mousseaux-sur-Seine ». Côté randonnée, le circuit balisé « La boucle de Moisson » au départ du bourg (9,5 km, 3 h) longe la falaise, monte sur le plateau et offre les plus beaux panoramas sur la presqu'île voisine et sur le château de La Roche-Guyon, au-delà du fleuve.

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