Limetz-Villez commune (issue de la fusion de Limetz et Villez en 1967)
Blason commun de Limetz-Villez. La couronne murale qui surmonte l'écu symbolise les châteaux du seigneur de Melleville, des seigneurs de Vaux et le château fort de la Bosse-Marnière ; les deux ondes représentent la Seine et l'Epte, ainsi que la frontière entre Vexin français et Vexin normand.
- Département
- Yvelines (78)
- Communauté de communes
- CC Les Portes de l'Île-de-France
- Position
- Au confluent de la Seine et de l'Epte, dans l'extrême nord-ouest des Yvelines, voisine immédiate de Gommecourt au sud et de Giverny au nord — frontière historique entre Île-de-France et Normandie depuis le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911).
Carte d'identité
Limetz-Villez est une commune des Yvelines (~2 100 habitants, Carcaïens et Carcaïennes) qui occupe à l'extrême nord-ouest du département une position remarquable : elle s'étend de part et d'autre de l'Epte au cœur même de la confluence Seine-Epte, juste avant que la rivière ne se jette dans le fleuve. Le territoire communal (9,35 km²) s'organise autour de deux noyaux d'habitat — le bourg de Limetz au sud-est, le hameau de Villez au nord-ouest — réunis par la fusion communale du 20 mars 1967. Limetz-Villez appartient à la communauté de communes Les Portes de l'Île-de-France (CCPIF), comme la plupart des communes voisines.
La configuration géographique fait de Limetz-Villez un carrefour de frontières administratives : à quelques centaines de mètres de son centre se rejoignent les départements des Yvelines (78), de l'Eure (27, à Giverny et au-delà) et — un peu plus en aval — du Val-d'Oise (95). C'est la même frontière qui sépare aujourd'hui ces trois départements et qui séparait, depuis 911, le Vexin français du Vexin normand par le traité de Saint-Clair-sur-Epte. Selon la tradition rapportée par les Amis du Vexin français, le nom même de Limetz dériverait du latin limes (« limite »), ce qui en ferait, étymologiquement, la « commune-frontière ».
Voisine immédiate de Gommecourt
Limetz-Villez est l'une des communes les plus directement liées à Gommecourt, sa voisine immédiate au sud sur la même rive de l'Epte. Les deux communes partagent un même fond de vallée, traversé par la même rivière et longé par les mêmes coteaux. Cette proximité s'enracine dans une longue histoire commune. C'est en 1118 que la guerre franco-normande oppose, à la frontière de l'Epte, le roi de France au duc de Normandie, l'épisode ayant culminé avec l'édification du contre-château aujourd'hui identifié à la motte de Bellevue sur le territoire de Gommecourt — voir l'article dédié à La tour de Bellevue.
Le confluent Seine-Epte
La confluence de la Seine et de l'Epte se trouve physiquement sur le territoire de Limetz-Villez. Cette confluence n'est pas seulement géographique : elle est aussi profondément historique, marquant la frontière entre la Francie occidentale des rois carolingiens et la Normandie attribuée à Rollon par le traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911. Pendant tout le Moyen Âge, l'Epte a constitué la limite linguistique, juridique et fiscale entre deux mondes qui se rejoignaient ici à la Seine. À l'aval immédiat du confluent, le petit bras de l'Epte (le « Ru ») traverse le territoire avant de rejoindre le grand bras qui longe le village et constitue les célèbres jardins d'eau de Giverny — Monet y a installé son bassin aux Nymphéas vers 1893, en dérivant le Ru.
La villa gallo-romaine de la Bosse-Marnière
Le site archéologique majeur de la commune — et l'un des plus importants du nord-ouest des Yvelines — est la villa gallo-romaine de la Bosse-Marnière, découverte en 1980 au lieu-dit Le Fort de la Bosse-Marnière (ainsi qu'au lieu-dit voisin Le Gué aux Prêtres), fouillée de 1981 à 1985 sous la direction de Pierre-Jean Trombetta (Service Archéologique Départemental des Yvelines), puis de Paul Van Ossel (Université Paris I) pour l'aile sud. La villa fut occupée du Ier au IIIe siècle apr. J.-C. Caractéristique remarquable, ses bains privés à hypocauste (chauffage par le sol) ont été retrouvés en excellent état de conservation, au point qu'ils servent aujourd'hui de référence pédagogique pour tout le département des Yvelines. La villa illustre ainsi le mode de vie gallo-romain dans tout son raffinement : hypocauste, fragments de peintures murales, cours intérieures. Des restes de plusieurs nouveau-nés ont en outre été déposés à proximité immédiate du mur d'enceinte — pratique caractéristique des sépultures domestiques de très jeunes enfants à l'époque romaine. Le site, contigu au territoire de Gommecourt à quelques centaines de mètres seulement, faute de moyens pour sa conservation et sa mise en valeur, a été rebouché à la fin de la dernière campagne de fouilles. Cette absence de valorisation reste un regret patrimonial pour le secteur, où un tel site, voisin du sanctuaire gaulois et gallo-romain de Bennecourt, aurait pu nourrir un véritable parcours archéologique régional.
À ces vestiges majeurs s'ajoutent quelques découvertes mineures : des médailles à l'effigie de Trajan (98-117) ont été mises au jour dans le bourg lors de travaux à la fin du XIXe siècle ; au Moyen Âge, une fibule ansée digitée mérovingienne en argent doré (début du VIe siècle) atteste la présence d'une élite franque dans la région après la chute de l'Empire romain.
Limetz-Villez vue par Claude Monet
C'est à Limetz-Villez que Claude Monet (1840-1926) a peint plusieurs de ses œuvres impressionnistes les plus célèbres, depuis sa résidence de Giverny voisine. La fameuse série des Peupliers (1891) — Les Peupliers, fin d'automne, Les Trois arbres, printemps, etc. — a été réalisée le long du bras de l'Epte qui longe la commune, et la rangée d'arbres qui les inspirait y est, en partie, toujours visible. Le Moulin de Limetz (1888) est une autre toile majeure, dédiée à un moulin à eau du XVIIIe siècle aujourd'hui démoli ; l'une de ses deux versions a été adjugée 21,7 millions de dollars chez Christie's en mai 2024. Monet a peint depuis la rive de Limetz-Villez plusieurs vues de la rive opposée : La Seine à Port-Villez (1885), La Seine à Port-Villez, effet du soir (1894), Les Îlots de Port-Villez (1897). La commune fait aujourd'hui partie du Chemin des Impressionnistes et accueille régulièrement des visiteurs attirés par cet héritage pictural.
Le peintre et sculpteur Gabriel Girodon (1884-1941), Grand Prix de Rome de peinture en 1912, a également résidé à Limetz-Villez — il a fait don d'une Piéta (huile sur toile, 1932) et d'un vitrail à l'église paroissiale.
Patrimoine bâti
L'église Saint-Sulpice de Limetz est l'élément patrimonial majeur de la commune. Son clocher et les chapelles formant le transept et le chœur sont inscrits au titre des Monuments Historiques par arrêté du 10 décembre 1927. L'édifice, dont les parties les plus anciennes (la nef et la base du clocher) remontent à la période romane, fut remanié à plusieurs reprises : le chœur reconstruit à la fin du XIIe siècle sur plan rectangulaire, une chapelle nord à double travée ajoutée peu après, et les chapelles sud reconstruites dans le dernier quart du XVe siècle. Le clocher — une tour carrée du XIIe siècle surélevée au XIIIe — est coiffé d'une toiture en ardoises à quatre pans. Originellement placée sous le vocable de saint Pierre, l'église a ensuite reçu celui de saint Sulpice. Elle conserve un retable de L'Adoration des rois mages de 1701, la Piéta de Girodon (1932) et un vitrail du même artiste.
La croix de cimetière, du XVIe siècle, est classée Monument Historique depuis le 1er avril 1966 (référence Mérimée PA00087472) — élément remarquable de la sculpture monumentale de la Renaissance dans le Vexin, ornée d'une tête d'ange et d'une Vierge à l'Enfant.
À ces deux monuments protégés s'ajoutent plusieurs éléments patrimoniaux non classés mais représentatifs de l'identité communale : le lavoir de Limetz sur l'Epte, doté d'un ingénieux plancher ajustable permettant de s'adapter aux crues fréquentes ; le moulin de Villez au bord de l'Epte ; et les vestiges du moulin de Limetz peint par Monet, démoli au XXe siècle. La Croix Monnier, croix de chemin de date inconnue, jalonnait également l'ancienne frontière entre Limetz et Gommecourt sur la départementale qui relie les deux communes ; détruite par un accident de la route au début des années 2010 et restaurée par un artisan, elle a été repositionnée du côté gommecourtois.
Géographie et limites communales
Limetz-Villez est limitrophe de quatre communes : Gommecourt au sud, Bennecourt à l'est (avec son hameau de Gloton à proximité), Giverny au nord (séparée par l'Epte), et la commune nouvelle de Notre-Dame-de-la-Mer à l'ouest sur l'autre rive de la Seine — l'ancienne commune de Port-Villez étant directement face à Limetz-Villez. Limetz-Villez n'a aujourd'hui aucun pont franchissant la Seine sur son territoire ; le bac saisonnier de Vétheuil, qui assure l'unique traversée actuelle de la Seine entre Mantes-la-Jolie et Bonnières-sur-Seine, se trouve plus en aval.
Le paysage communal alterne terres agricoles (63 % du territoire), bois (19 %), espaces urbanisés et voiries (14 %) et cours d'eau (4 %, Seine et Epte). La commune fait partie de l'opération d'intérêt national Seine-Aval et du Parc naturel régional du Vexin français, dans une zone reconnue pour la qualité de ses paysages fluviaux et ses milieux humides.
Pour aller plus loin
Les liens internes ci-dessus renvoient aux notices de Gommecourt et de Giverny, qui complètent la compréhension de cette portion de la confluence Seine-Epte. La fortune picturale de Limetz-Villez sera synthétisée dans un futur article du site consacré aux peintres et personnalités ayant marqué la région.