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Gommecourt à la fin du XIXe siècle : analyse de la monographie de 1899

Lecture critique d’un document communal exceptionnel

La monographie communale rédigée en 1899 par l’instituteur Mr Ferrand offre un regard détaillé sur Gommecourt et Clachaloze à la fin du XIXe siècle. Cette analyse en éclaire les dimensions agricoles, économiques et sociales.

Gommecourt à la fin du XIXᵉ siècle : un village rural entre frontières, mutations agricoles et mémoire civique

(Analyse de la monographie communale de 1899)

Au tournant du XIXᵉ et du XXᵉ siècle, Mr Ferrant, l’instituteur communal de Gommecourt rédige une monographie détaillée de la commune et de son hameau de Clachaloze. Ce document administratif — typique des enquêtes demandées aux instituteurs sous la IIIᵉ République — constitue aujourd’hui une source précieuse pour comprendre l’histoire locale.

Cet article propose une mise en perspective régionale de cette monographie, en en restituant les lignes de force, sans l’interpréter au-delà de ce qu’elle dit, et en citant directement le texte lorsque cela éclaire l’analyse.

Un territoire de pentes, de vallons et de frontières

La monographie insiste d’abord sur la configuration géographique de Gommecourt, situé entre Seine et Epte, sur une ligne de coteaux dissymétriques.

Situation géorgraphique

« Borné d’un côté par la Seine et de l’autre par l’Epte,
ce territoire se compose exclusivement d’une chaîne de collines parallèles
à ces deux cours d’eau… »

Cette dissymétrie conditionne les usages agricoles et l’occupation du sol :

  • pentes douces côté Epte
  • versants abrupts vers la Seine
  • vallons intermédiaires
  • marais et zones alluviales

L’auteur note :

Le relief

«La pente assez douce du côté de l’Epte, est ensuite
perpendiculairement d’inclinaisons plus rapides vers
les rives de la Seine. »

Le hameau de Clachaloze apparaît comme un micro-espace à part :

Clachaloze

«Le village de Clachaloze est placé dans un vallon
dont les pentes sont très escarpées… »

Le relief n’est pas seulement un décor : il structure l’économie, les cultures et les modes de vie.

TEST-TWIG

Gommecourt & Clachaloze – fin XIXe siècle

Points d’intérêt issus de la monographie communale de 1899, complétés par la toponymie actuelle et la mémoire locale (ports, vallons…).

Couches :
Gommecourt & Clachaloze – fin XIXe siècle

De la vigne à la disparition d’un modèle agricole

La monographie témoigne d’une mutation agricole douloureuse.

La vigne, autrefois dominante sur les coteaux exposés, a été replantée — puis abandonnée.

Le vignoble

« Dans les coteaux de Clachaloze,
on avait planté des vignobles en remplacement de la vigne ;
mais cette culture tendit aussi à disparaître. »

Les causes sont clairement évoquées :

  • gelées printanières
  • maladie parasitaire (phyloxera)
  • faible rentabilité

Ce basculement marque la fin d’un cycle économique local.

Une agriculture de substitution : marais & peupleraies

Face au déclin de la vigne, les habitants développent une autre stratégie : l’exploitation du marais de l’Epte et la plantation de peupliers.

Les peupliers

« Dans la partie dite de marée,
il a été planté depuis 50 à 60 ans des peupliers
qui sont aujourd’hui une source de bien-être
pour leurs propriétaires. »

L’auteur décrit une petite « forêt marécageuse » productive :

Les marécages

« On voit une assez petite forêt marécageuse
dans laquelle poussent en moins de vingt ans des peupliers…
dont plusieurs centaines sont abattus régulièrement. »

Puis une seconde rotation sylvicole :

Les pins

« Ces peupliers abattus sont remplacés par des pins
qui promettent à leur tour ample revenu. »

On y lit :

  • une économie prudente et pragmatique
  • un revenu périodique sécurisé
  • l’adaptation d’un territoire marginal

C’est un exemple concret de résilience rurale locale.

Un territoire morcelé — et lentement recomposé

La monographie accorde une large place au morcellement foncier.

Certaines parcelles exploitées au XIXᵉ siècle regroupent :

  • 7 à 10
  • jusqu’à 30 ou 35

anciennes petites parcelles héritées.

Les parcelles

« Les parcelles qui comptent aujourd’hui
de vingt à trente ares ne comprennent pas moins
de sept à dix parcelles anciennes… »

L’auteur décrit :

  • des échanges de terres progressifs
  • des résistances d’attachement familial
  • une rationalisation lente et inachevée

C’est un témoignage rare sur la façon dont les paysans réorganisent par eux-mêmes leurs terres — à petite échelle.

Des îlots d’activité industrielle

À côté de l’agriculture, la commune connaît deux pôles d’activité importants.

La minoterie moderne

Le moulin

« Il existe à Gommecourt une importante minoterie,
établie sur le bras principal de l’Epte… »

En 1892, elle adopte la mouture aux cylindres :

Les meules

« Il a substitué au système de meules,
des cylindres, qui lui permettent de produire
une farine d’excellente qualité. »

Elle s’insère ainsi dans un réseau économique plus large.

La laminerie reconvertie en fabrique d’engrais

Face à la crise du zinc, l’usine se réoriente :

L'usine de zinc

« En 1884, l’industrie du zinc étant languissante,
le Directeur de la laminière se résolut
à la fabrication des superphosphates et d’acides. »

Elle emploie durablement :

« 30 à 35 ouvriers. »

Cette activité relie la commune :

  • aux marchés agricoles régionaux
  • au mouvement de modernisation des cultures

Une mémoire civique forte : héritage de la Révolution

La monographie ne se limite pas aux champs et aux usines. Elle exprime aussi une vision civique et républicaine de l’histoire locale.

Le civisme

« Gommecourt n’est plus un hameau paisible
auquel on impose ses volontés…
c’est un morceau de cette patrie,
fier de son indépendance. »

Les cérémonies révolutionnaires sont évoquées comme des moments d’unité civique :

Le souvenir de la Révolution

« Les citoyens furent invités
et la journée se passa en réjouissances,
chacun priant pour les glorieux travaux
de nos augustes Législateurs. »

La commune apparaît ici comme politisée, intégrée à la Nation, et consciente de son rôle.

Une inquiétude démographique de fin de siècle

L’auteur exprime une forte préoccupation :

  • ménages isolés
  • peu d’enfants
  • célibataires âgés

« Sur 95 ménages, 38 étaient formés d’individus isolés… »

Il critique un individualisme nouveau :

L'égocentrisme

« L’éclat semble être le seul recherché
parmi les hommes surtout. »

Et conclut par un souhait :

L'avenir

« Peut-être la génération qui s’élève
reviendra. »

Ce passage témoigne d’une angoisse rurale fin de siècle face au dépeuplement.

Conclusion — Un territoire en transition

La monographie de 1899 offre le portrait d’un territoire :

  • frontière géographique et historique
  • marqué par la fin d’un modèle viticole
  • cherchant de nouvelles ressources
  • combinant agriculture, bois et petite industrie
  • socialement fragilisé

mais encore civiquement engagé et structuré

Elle constitue un témoignage précieux sur la manière dont une petite commune rurale du nord-ouest francilien traverse la fin du XIXᵉ siècle — entre continuités, adaptations et inquiétudes.