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1870 – La destruction du pont de Mantes

Un axe stratégique coupé pour freiner l’armée prussienne

À l’automne 1870, pour ralentir l’avancée des troupes prussiennes, la décision est prise de détruire plusieurs ponts sur la Seine, dont celui de Mantes. Ce geste stratégique vise à entraver les mouvements ennemis vers Paris et la Normandie.

CHRONIQUE LOCALE — LE PONT DE MANTES. —

Le magnifique pont de Mantes, construit en 1764 par l’entrepreneur Vignon sous la direction de Péronnet, n’existe plus.

Le 19 septembre 1870, les Prussiens, vainqueurs à Sedan, et ne trouvant plus aucun obstacle devant eux, s’avançaient comme un torrent dévastateur.

La France n’avait plus d’armée. Elle fut saisie de vertige, et, dans un de ces accès de folie de défense nationale, elle donna l’ordre de détruire toutes les communications et d’opposer à l’ennemi à défaut de soldats, ses fleuves et ses rivières.

Tous les ponts de la Seine furent coupés. Celui de Mantes subit le sort commun dans la soirée du 19 septembre. Il avait vécu 106 ans, plus d’un siècle !

Ces ruines devaient être inutiles. L’ennemi n’en continua pas moins sa marche conquérante.

Les restes du pont de Péronnet gisent maintenant dans le fleuve, obstruant les passages, et menaçant sans cesse la navigation.

Bien plus, depuis dix mois, les riverains en sont réduits, pour communiquer entre eux, aux seules ressources des Gaulois, leurs ancêtres : le bac et le batelet.

Il est temps qu’on remédie à cet état de choses, et qu’on y remédie avec activité, avec plus d’activité surtout.

On paraît avoir oublié que la destruction du pont de Mantes a entraîné aussi la destruction de l’aqueduc qui amenait l’eau à Mantes. Depuis dix mois déjà, cette ville de 5 mille âmes, n’a plus d’eau. Elle en est réduite à s’adresser à des porteurs qui vont s’approvisionner dans les communes voisines et viennent ensuite vendre à chacun de nous cette chose de première nécessité.

Si l’on voulait connaître le quantum de cet impôt de nouvelle espèce frappé sur les habitants, on serait étonné d’apprendre qu’il peut se chiffrer déjà par près de 80 mille francs.

Sources