Un hameau façonné par le fleuve
Clachaloze n'est pas un village posé "au bord" de la Seine. C'est un hameau modelé par elle, installé dans un espace contraint, entre un coteau crayeux abrupt et un fleuve longtemps mobile.
Cette position impose une organisation particulière : on ne construit pas où l'on veut, on circule là où c'est possible, on accède à l'eau là où le terrain l'autorise. La Seine n'est pas un décor, mais l'élément structurant.
Un linéaire fluvial, pas un port unique
Contrairement à l'image classique d'un port centralisé, Clachaloze fonctionne historiquement comme un linéaire fluvial ponctué de ports. Ces "ports" ne sont pas des quais monumentaux, mais des lieux d'usage : accès à l'eau, pontons légers, zones d'amarrage, lieux de pêche ou de traversée.
La toponymie ancienne et la cartographie montrent cinq ports, répartis le long de la berge :
- Port de la Croix
- Port Saint-Fiacre
- Port des Îlots
- Port de la Cauchaise
- Port au Roi
Leur espacement n'est pas arbitraire : il suit les possibilités offertes par le terrain.
Les ports de Clachaloze : fonctions et logiques
Le Port de la Croix
C'est le port le mieux documenté par l'iconographie. Une carte postale du début du XXᵉ siècle montre des barques plates et des pêcheurs en activité. Il s'agit d'un port de travail quotidien, lié à la pêche et à l'amarrage local. Son nom provient très probablement d'une croix de chemin ou de limite, repère terrestre donnant son nom à l'accès au fleuve.

Une autre vue du Port de la Croix montre la vie agricole quotidienne avec les habitants travaillant dans les jardins en contrebas des falaises :

Le Port Saint-Fiacre
Son nom renvoie au saint patron des jardiniers. Il est vraisemblablement lié à l'exploitation des terres alluviales : cultures de berge, jardins, pêche de subsistance. Même sans carte postale identifiée à ce jour, la toponymie est ici un indice fort des usages.
Le Port des Îlots
Ce port rappelle une Seine plus ancienne, avant les endiguements modernes, avec des îlots et des bras secondaires. Il permettait l'accès à ces zones pour la pêche ou des usages fluviaux ponctuels.
Le Port de la Cauchaise
Forme actuellement attestée, il s'agit d'un port de proximité, discret, à usage essentiellement local. Son nom relève de la micro-toponymie ancienne, typique des lieux liés aux berges.
Le Port au Roi
Ce port se distingue par son appellation. Il suggère un statut particulier : droit seigneurial ou royal, usage contrôlé, ou lien avec une autorité. Même sans documentation précise sur sa fonction, son nom marque une différence nette avec les ports strictement villageois.

Le plateau de Gommecourt, dédié aux cultures et aux circulations agricoles, est séparé de la Seine par un coteau crayeux abrupt, qui constitue une contrainte majeure. Cette topographie impose un couloir étroit au pied de la falaise, où se concentrent les circulations terrestres, les habitats troglodytiques, les accès au fleuve et les activités fluviales.
La route du bord de Seine suit ce passage obligé, desservant une série de ports ruraux répartis le long de la berge. Ces ports — Port au Roi, Port de la Croix, Port de la Cauchaise, Port Saint-Fiacre et Port des Îlots — ne sont pas des infrastructures monumentales, mais des lieux d'usage modestes, adaptés à la pêche, à l'accès à l'eau, aux cultures de berge et aux traversées locales.
En contrebas, le chemin de halage longe la rive et permet la traction des bateaux avant la généralisation de la vapeur. La Seine apparaît ici comme un fleuve vivant, non rectiligne, ponctué d'îlots et de bras secondaires, dont la présence conditionne les usages et explique l'implantation des ports.
Si ces activités ont aujourd'hui disparu, le paysage conserve la trace de cette organisation ancienne : tracé de la route, toponymie des lieux-dits et structure générale de la berge. Lire Clachaloze, c'est ainsi comprendre comment le relief et le fleuve ont durablement façonné les circulations et les usages.
Le chemin de halage : l'infrastructure invisible
Les ports ne fonctionnent pas seuls. Les cartes anciennes (Cassini, puis état-major au début du XIXᵉ siècle) montrent clairement la présence d'un chemin continu le long de la Seine.
Ce chemin de halage permettait :
- de tirer les bateaux depuis la berge,
- de relier les ports entre eux
- d'assurer la continuité du trafic fluvial.
La route du bord de Seine : un tracé contraint
La route qui longe aujourd'hui la Seine à Clachaloze est souvent perçue comme une voie "naturelle". En réalité, son tracé est fortement contraint :

- le coteau crayeux forme une barrière,
- le fleuve occupe l'espace bas,
- un seul couloir est praticable.
La route s'installe donc au pied du coteau, là où :
- la pente est supportable,
- le terrain est stable,
- les ports sont accessibles.
Les cartes postales prises depuis La Roche-Guyon notamment, du milieu du XXe siècle pour les plus récentes, montrent un tracé déjà ancien, hérité des itinéraires antérieurs.

Clachaloze face à la Seine industrielle
Au tournant du XXᵉ siècle, la Seine est une artère commerciale majeure. Des remorqueurs à vapeur tractent des convois de barges chargées de marchandises, charbon, matériaux de construction.

Le 12 mai 1909, Le Petit Journal relate un fait divers tragique à Clachaloze : un marinier de 34 ans, Victor Esselin, atteint de fièvres paludéennes, s'était réfugié chez des parents habitant le hameau après avoir été abandonné par sa femme. Le lundi soir, "le marinier, dont la péniche était amarrée à quai de Clachaloze, s'est jeté à l'eau. Son corps a été retrouvé hier matin."
Au-delà du drame humain, cet article de presse apporte la preuve que les péniches s'amarraient encore régulièrement dans les ports de Clachaloze en 1909. Les mariniers connaissaient des habitants du hameau, y trouvaient refuge, et leurs bateaux restaient à quai plusieurs jours. L'activité fluviale n'était donc pas seulement de passage : elle tissait des liens durables entre la Seine et le hameau.
Source : Le Petit Journal, 12 mai 1909, Gallica BnF.
Les falaises habitées : carrières et habitat troglodytique
Le coteau calcaire de Clachaloze n'est pas seulement une contrainte topographique : il est aussi une ressource. Les habitants ont exploité la pierre calcaire et creusé des habitations directement dans la falaise.
Légendes et imaginaire populaire
Au début du XXᵉ siècle, les cartes postales touristiques présentaient ces grottes comme "l'habitation d'un Chef romain". Cette attribution aux Romains ou aux Gaulois était courante à l'époque pour expliquer les cavités anciennes dont on avait perdu la mémoire exacte.


Y a-t-il vraiment eu une occupation antique ? La présence de "débris de colonnes romaines" mentionnée dans la chapelle disparue de Clachaloze suggère une occupation gallo-romaine du site. La vallée de la Seine était effectivement peuplée à cette époque, et les falaises calcaires offraient des abris naturels. Cependant, aucune fouille archéologique n'a documenté précisément l'occupation antique de ces grottes spécifiques.
L'habitat mixte : construire avec la roche
L'habitat troglodytique de Clachaloze ne se limitait pas à de simples cavernes. Les habitants avaient développé un habitat mixte combinant construction maçonnée et creusement dans la roche.

Cette solution ingénieuse présentait plusieurs avantages :
- Économie de matériaux : seule la façade et le toit nécessitaient des matériaux de construction
- Gain d'espace : le creusement dans la roche multipliait la surface habitable sans emprise au sol
- Régulation thermique : la partie troglodytique bénéficiait d'une température stable (fraîche l'été, moins froide l'hiver)
- Protection : l'adossement à la falaise protégeait des vents dominants
Les cartes postales du début du XXᵉ siècle montrent plusieurs ouvertures de cavernes et de carrières dans la paroi rocheuse. Certaines servaient de caves, d'autres d'habitats complémentaires ou de remises agricoles. Cet habitat troglodytique, typique des vallées calcaires, permettait de gagner de l'espace constructible dans le couloir étroit entre Seine et falaise.


En février 1848, un effondrement dramatique rappela brutalement les risques de l'habitat creusé dans la craie. La Gazette nationale du 13 février relate l'événement :
"Un craquement épouvantable se fit entendre" au hameau de Clachaloze. D'énormes blocs de pierre, se détachant de la partie supérieure de la falaise, s'abattirent sur deux habitations occupées par sept personnes des familles Masse et Montfort. Six personnes furent extraites vivantes des décombres, "plus ou moins contusionnées". La septième victime, une jeune fille de dix-sept ans, sourde-muette de naissance, fut retrouvée morte, "la tête broyée et les membres fracassés".
L'article précise que "M. le procureur de la République s'est transporté sur les lieux pour faire une enquête" et constate la réalité de cet habitat troglodyte où "plusieurs maisons" étaient creusées dans la falaise.
Cet accident tragique témoigne de la fragilité de l'habitat troglodytique dans ces falaises de craie tendre, soumises à l'érosion et aux infiltrations d'eau. Le procureur de Mantes et le juge de paix de Bonnières ouvrirent immédiatement une enquête pour "en rechercher les causes".
1886 : Grange et écurie ensevelies
Trente-huit ans plus tard, le danger persiste. *L'Industriel de Saint-Germain-en-Laye* du 19 juin 1886 relate un nouvel effondrement à Gommecourt : "Le 8 juin dernier, vers 10 heures du soir, un rocher, qui a 50 mètres de hauteur, s'est écroulé sur une largeur de 100 mètres environ, ensevelissant un cheval, une vache et une très grande quantité de matériaux. Une grange et une écurie aménagées dans une excavation formée par ce rocher ont été détruites."
Le cheval fut "littéralement écrasé et réduit en miettes", tandis que la vache, restée au fond de l'étable, fut "retrouvée intacte après plusieurs heures de travail". Le journal attribue cet éboulement "aux pluies qui tombent sans cesse depuis quelque temps".
Un habitat multi-usage mais mortel
Ces deux faits divers, espacés de près de quarante ans, révèlent que les excavations dans la falaise servaient tant à l'habitation humaine (1848) qu'aux bâtiments agricoles (1886 : grange, écurie). Ils témoignent aussi de la précarité structurelle de ces habitats troglodytes : la craie tendre de la falaise, gorgée d'eau par les pluies répétées, se détachait par pans entiers, menaçant en permanence habitants et animaux. Malgré ces drames à répétition, l'habitat troglodyte persista à Clachaloze jusqu'au début du XXᵉ siècle, faute d'alternatives pour les populations les plus pauvres.
Sources : Gazette nationale* (Moniteur universel), 13 février 1848, Gallica BnF ; L'Industriel de Saint-Germain-en-Laye*, 19 juin 1886, Gallica BnF.
Dans la région, ces "boves" (terme local désignant les grottes creusées dans la craie) abritaient parfois des équipements collectifs. À Mousseaux-sur-Seine, le pressoir seigneurial était installé dans une caverne de 14 mètres de profondeur. À Clachaloze, certaines grottes servaient probablement de caves à vin, d'étables ou de remises.
Au-delà du fleuve : Clachaloze, hameau de Gommecourt
Si la Seine structure l'identité de Clachaloze, le hameau s'inscrit aussi dans une histoire administrative et seigneuriale qui remonte au Moyen Âge.
Un fief rattaché à La Roche-Guyon
Dès le début du XVᵉ siècle, les archives mentionnent "le fief de Clachaloze, paroisse de Gommecourt, mouvant de la Roche-Guyon". En 1404, ce fief appartenait aux Mauvoisin et relevait directement de la puissante seigneurie de La Roche-Guyon.
Cette dépendance féodale s'accompagnait d'un rattachement paroissial à Gommecourt : Clachaloze n'a jamais été une paroisse autonome. Les registres paroissiaux de 1692 le confirment : tous les baptêmes, mariages et inhumations des habitants de Clachaloze étaient enregistrés à Gommecourt, chef-lieu de la paroisse.
Il n'y avait pas de cimetière à Clachaloze. Les habitants participaient aux corvées communales de Gommecourt, notamment pour "faucher l'herbe de foin de la commune".

Un hameau viticole
Au XVIIIᵉ siècle, la viticulture dominait l'économie de Clachaloze. Comme l'ensemble des coteaux calcaires bien exposés de la vallée de la Seine, le hameau était avant tout un terroir viticole. Les pentes orientées au sud, appelées "côte droit" par les habitants, étaient particulièrement recherchées pour la vigne.
En 1789, les cahiers de doléances de Gommecourt témoignent de l'importance économique de cette culture : la vigne constituait la principale ressource du territoire communal. Les vignerons représentaient une part considérable de la population active, et la commercialisation du vin structurait les échanges avec Paris et les marchés régionaux.

Les vignerons de Clachaloze étaient soumis au pressoir banal de la seigneurie de La Roche-Guyon : ils devaient "porter eux-mêmes leur vin" au pressoir seigneurial et payer une redevance pour ce service obligatoire. Cette contrainte figurait parmi les griefs exprimés dans les cahiers de doléances, où les habitants réclamaient plus de liberté dans l'exercice de leurs activités agricoles.

Le pressoir de Clachaloze, mentionné dans les archives, était un équipement seigneurial majeur. À la fin du XIXᵉ siècle, ce pressoir fut démantelé et ses bois — du chêne durci par les siècles — furent recherchés par les ébénistes et menuisiers. Un document de 1920 évoque ainsi "le précieux cœur de chêne du défunt pressoir de Clachaloze", débité en planches pour la fabrication de meubles anciens.

Au tournant du XXᵉ siècle, la vigne avait pratiquement disparu du paysage de Clachaloze. Les anciens coteaux viticoles furent progressivement colonisés par les pelouses calcaires, tandis que les pressoirs — devenus inutiles — furent démontés et leurs matériaux réemployés.
Le déclin brutal de la viticulture
À partir du milieu du XIXᵉ siècle, la viticulture locale connut un déclin dramatique. Trois facteurs convergèrent pour faire disparaître cette culture séculaire :
- Les gelées printanières répétées détruisirent les jeunes pousses et compromettaient les récoltes
- Les maladies cryptogamiques (oïdium dans les années 1850, puis mildiou) affaiblirent progressivement les ceps
- Le phylloxéra, insecte ravageur apparu en France dans les années 1860, anéantit définitivement les vignobles locaux non greffés
Les tentatives de replantation "en remplacement de la vigne" s'avérèrent peu rentables : les nouveaux cépages greffés sur porte-greffes américains résistants produisaient moins, et la concurrence des grands vignobles méridionaux rendait l'exploitation locale non compétitive.
En 1890, la production de vin pour l'ensemble de la commune de Gommecourt (incluant Clachaloze) n'était plus que de 450 hectolitres, soit "en forte baisse" selon la monographie communale. Quelques décennies plus tôt, la production se comptait en milliers d'hectolitres.
Au tournant du XXᵉ siècle, la vigne avait pratiquement disparu du paysage de Clachaloze. Les anciens coteaux viticoles furent progressivement colonisés par les pelouses calcaires, tandis que les pressoirs — devenus inutiles — furent démontés et leurs matériaux réemployés.
La chapelle disparue de Clachaloze
Au pied des falaises calcaires, entre les rochers et le fleuve, s'élevait autrefois une chapelle dont la mémoire hante encore les documents d'archives.
Un monument roman énigmatique
La chapelle de Clachaloze était probablement de construction romane. Les visiteurs du XVIIIᵉ siècle y remarquaient des "débris de colonnes romaines" — témoins soit d'un réemploi de matériaux antiques, soit d'une ancienne construction gallo-romaine sur le même site.
L'édifice mesurait environ 9 mètres de longueur. Son élément le plus remarquable était une longue inscription gothique gravée dans le chœur, qui relatait "un combat et souvenir du roi saint, roi d'Angleterre". Cette inscription, encore lisible au XVIIIᵉ siècle, évoquait probablement les conflits franco-anglais du Moyen Âge, peut-être un épisode de la guerre de Cent Ans.
La chapelle possédait quelques fresques, des pierres tombales et servait d'annexe à la paroisse de Gommecourt. Les curés qui la desservaient portaient le titre de "vicaires de Clachaloze".
Vente révolutionnaire et démantèlement
Pendant la Révolution, la chapelle fut saisie comme bien national. Le dernier vicaire, Jean-Antoine Lefumi, fut assassiné à Versailles le 1ᵉʳ janvier 1793, dans des circonstances tragiques liées aux troubles révolutionnaires.
La chapelle fut mise en vente par l'administration centrale du département de Seine-et-Oise. Une première adjudication, le 7 floréal an III (1795), échoua malgré une mise à prix de 1200 francs. Le 28 floréal, une nouvelle tentative aboutit à la vente pour environ 2500 francs au citoyen Joseph Bourbon de Versailles.
Le bien changea encore de mains en 1816 : les ruines et terrains furent revendus pour 506 francs à Michel Aimé Traay, menuisier à Clachaloze, qui construisit une maison d'habitation sur l'emplacement.
Vestiges réemployés
De la chapelle démembrée subsistent quelques traces dispersées :
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Un chapiteau de pierre de 4,50 mètres fut récupéré et réutilisé à Gommecourt comme support pour une pompe en fonte adossée à un puits public. Ce chapiteau monumental témoigne de l'ampleur architecturale de l'édifice disparu.
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D'autres pierres de taille demeuraient visibles dans la cour de la propriété Traay à la fin du XIXᵉ siècle.
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Quelques dalles et fragments architecturaux furent dispersés dans des propriétés privées de Gommecourt et Clachaloze.
La chapelle de Clachaloze rejoint ainsi la longue liste des petits sanctuaires ruraux disparus à la Révolution — monuments modestes mais porteurs d'une mémoire locale aujourd'hui fragmentée.


La "route des 13 virages" : un exploit d'ingénierie
La relation entre Gommecourt (sur le plateau) et Clachaloze (au bord de la Seine) a longtemps posé un défi logistique majeur : comment descendre et remonter une dénivelée de plus de 120 mètres sur des pentes crayeuses abruptes ?
L'ancien chemin : un obstacle permanent
Jusqu'en 1892, l'ancien chemin vicinal reliant les deux localités était "assez long, la pente était rapide et la côte de Clachaloze se rendait impraticable aux fortes charges". Les paysans devaient faire un détour par La Roche-Guyon pour transporter récoltes et engrais entre le plateau et le hameau.
Ce handicap ralentissait l'économie locale et isolait partiellement Clachaloze.
La rectification de 1892-1893
En 1892 et 1893, la municipalité fit réaliser une rectification majeure du chemin vicinal n°3. Les travaux donnèrent naissance à ce qui est aujourd'hui connu des cyclistes comme la "route des 13 virages".
La monographie communale de 1899 décrit avec enthousiasme cette réalisation :
"ce nouveau tracé est une superbe route qui dessert de longs intervalles dans les vallons, tantôt plongeant au fond de ces vallons, tantôt s'élevant au-dessus du rocher par une rampe hardie."
Le tracé serpente dans les combes, épouse les courbes de niveau, et ménage une pente supportable par les attelages chargés.
Grâce à cette infrastructure, "les transports se font maintenant facilement" : Clachaloze cesse d'être un cul-de-sac logistique et s'intègre mieux au territoire communal.
1870 : la guerre et ses traces
La guerre franco-prussienne de 1870-1871 n'épargna pas Clachaloze. Comme l'ensemble de la vallée de la Seine, le hameau connut l'occupation prussienne et ses conséquences sur la vie quotidienne : réquisitions, passages de troupes, destructions.
Les habitants de Clachaloze, rattachés à la commune de Gommecourt, subirent les mêmes épreuves que leurs voisins du plateau. Les témoignages de l'époque décrivent un territoire occupé pendant plusieurs mois, avec son lot de craintes et de privations.
Disparition des usages, persistance du paysage
Au cours du XXᵉ siècle :
- le halage disparaît,
- la navigation se motorise,
- les routes deviennent automobiles,
- les ports cessent d'être utilisés.
Les ports disparaissent physiquement, mais leurs noms demeurent. La route suit toujours le même tracé, le chemin de halage survit parfois sous forme de cheminement.
Le paysage actuel est un paysage hérité.

Clachaloze, un palimpseste paysager
Clachaloze se lit aujourd'hui comme un palimpseste — ces parchemins anciens sur lesquels plusieurs textes se superposent.
Le fleuve a structuré le hameau : ses ports, son chemin de halage, sa route contrainte par le relief. Mais d'autres strates affleurent :
- Les coteaux viticoles aujourd'hui protégés comme pelouses calcaires (Réserve Naturelle Nationale),
- Les grottes et carrières creusées dans la falaise, témoins de l'habitat troglodytique,
- La route des 13 virages qui relie toujours le plateau au bord de Seine,
- Les toponymes (Port au Roi, Port de la Croix, Port Saint-Fiacre) qui gardent la mémoire d'usages disparus,
- Le chapiteau de la chapelle réemployé comme colonne de puits à Gommecourt,
- Les falaises crayeuses habitées autrefois, aujourd'hui sanctuaires de biodiversité.
Comprendre Clachaloze, c'est accepter cette superposition de temporalités : un site fluvial médiéval devenu hameau viticole prospère au XVIIIᵉ siècle, éprouvé par la guerre de 1870, confronté au déclin brutal de la vigne et à l'effondrement de son économie traditionnelle, puis point d'ancrage d'une navigation industrielle, aujourd'hui hameau résidentiel au cœur d'une réserve naturelle, face à un fleuve domestiqué. Les anciens coteaux viticoles, devenus pelouses calcaires protégées, côtoient aujourd'hui les cultures céréalières qui ont remplacé la vigne dans les zones cultivables du plateau.
Les usages ont disparu. Le paysage, lui, demeure — transformé, réinterprété, mais porteur d'une histoire qu'il suffit de savoir lire.
- Monographie communale de R. Bonnevoye, instituteur, Archives départementales des Yvelines, 1899.
- Monographie de Paul Aubert (1863-1949), J 3211/8 [7], Archives départementales des Yvelines.
- Cahier des plaintes, doléances et représentations de Gommecourt (1789), Mémoires de la Société historique et archéologique de Pontoise, du Val-d'Oise et du Vexin, tome LXXXII, 1988, Gallica BnF.
- Mémoires de la Société historique et archéologique de Pontoise, du Val-d'Oise et du Vexin (pour le fief de Clachaloze, XVᵉ siècle), Gallica BnF.
- Bulletin de la Commission des antiquités et des arts de Seine-et-Oise (pour le pressoir de Clachaloze et le pressoir de Mousseaux), Gallica BnF.
- Paris et ses environs, dictionnaire géographique par Edme-Théodore Bourg (pour la variante "Clachalosse"), Gallica BnF.
- Le Petit Journal, 12 mai 1909 (fait divers du marinier Victor Esselin), Gallica BnF.