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Clachaloze, la Seine et ses ports : lecture d’un paysage fluvial

Habitat troglodytique, ports et circulations en vallée de Seine

Entre falaises calcaires et rive active, Clachaloze révèle un paysage fluvial façonné par les ports, la pêche, l’habitat troglodytique et les circulations sur la Seine.

Un hameau façonné par le fleuve

Clachaloze n'est pas un village posé "au bord" de la Seine. C'est un hameau modelé par elle, installé dans un espace contraint, entre un coteau crayeux abrupt et un fleuve longtemps mobile.

Cette position impose une organisation particulière : on ne construit pas où l'on veut, on circule là où c'est possible, on accède à l'eau là où le terrain l'autorise. La Seine n'est pas un décor, mais l'élément structurant.

Un linéaire fluvial, pas un port unique

Contrairement à l'image classique d'un port centralisé, Clachaloze fonctionne historiquement comme un linéaire fluvial ponctué de ports. Ces "ports" ne sont pas des quais monumentaux, mais des lieux d'usage : accès à l'eau, pontons légers, zones d'amarrage, lieux de pêche ou de traversée.

La toponymie ancienne et la cartographie montrent cinq ports, répartis le long de la berge : Infographie-pecheurs-Port-La-Croix


- Port de la Croix
- Port Saint-Fiacre
- Port des Îlots
- Port de la Cauchaise
- Port au Roi

Leur espacement n'est pas arbitraire : il suit les possibilités offertes par le terrain.

Les ports de Clachaloze : fonctions et logiques

Le Port de la Croix

C'est le port le mieux documenté par l'iconographie. Une carte postale du début du XXᵉ siècle montre des barques plates et des pêcheurs en activité. Il s'agit d'un port de travail quotidien, lié à la pêche et à l'amarrage local. Son nom provient très probablement d'une croix de chemin ou de limite, repère terrestre donnant son nom à l'accès au fleuve.

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Une autre vue du Port de la Croix montre la vie agricole quotidienne avec les habitants travaillant dans les jardins en contrebas des falaises :

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Le Port de la Croix et ses jardins, début XXᵉ siècle
Cette vue colorisée montre les jardins cultivés en contrebas des falaises calcaires. Les habitants travaillent la terre avec un attelage bovin. En arrière-plan, les grottes et carrières creusées dans le coteau témoignent de l'occupation humaine du site. Le port servait à la fois aux activités de pêche et à l'accès aux cultures de berge.

Le Port Saint-Fiacre

Son nom renvoie au saint patron des jardiniers. Il est vraisemblablement lié à l'exploitation des terres alluviales : cultures de berge, jardins, pêche de subsistance. Même sans carte postale identifiée à ce jour, la toponymie est ici un indice fort des usages.

Le Port des Îlots

Ce port rappelle une Seine plus ancienne, avant les endiguements modernes, avec des îlots et des bras secondaires. Il permettait l'accès à ces zones pour la pêche ou des usages fluviaux ponctuels.

Le Port de la Cauchaise

Forme actuellement attestée, il s'agit d'un port de proximité, discret, à usage essentiellement local. Son nom relève de la micro-toponymie ancienne, typique des lieux liés aux berges.

Le Port au Roi

Ce port se distingue par son appellation. Il suggère un statut particulier : droit seigneurial ou royal, usage contrôlé, ou lien avec une autorité. Même sans documentation précise sur sa fonction, son nom marque une différence nette avec les ports strictement villageois.

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Infographie interprétative
Clachaloze et la Seine — organisation fluviale avant les aménagements modernes
Ce schéma interprétatif propose une lecture d'ensemble du paysage de Clachaloze tel qu'il a fonctionné pendant plusieurs siècles, avant la motorisation de la navigation et les grands endiguements du fleuve.
Le plateau de Gommecourt, dédié aux cultures et aux circulations agricoles, est séparé de la Seine par un coteau crayeux abrupt, qui constitue une contrainte majeure. Cette topographie impose un couloir étroit au pied de la falaise, où se concentrent les circulations terrestres, les habitats troglodytiques, les accès au fleuve et les activités fluviales.
La route du bord de Seine suit ce passage obligé, desservant une série de ports ruraux répartis le long de la berge. Ces ports — Port au Roi, Port de la Croix, Port de la Cauchaise, Port Saint-Fiacre et Port des Îlots — ne sont pas des infrastructures monumentales, mais des lieux d'usage modestes, adaptés à la pêche, à l'accès à l'eau, aux cultures de berge et aux traversées locales.
En contrebas, le chemin de halage longe la rive et permet la traction des bateaux avant la généralisation de la vapeur. La Seine apparaît ici comme un fleuve vivant, non rectiligne, ponctué d'îlots et de bras secondaires, dont la présence conditionne les usages et explique l'implantation des ports.
Si ces activités ont aujourd'hui disparu, le paysage conserve la trace de cette organisation ancienne : tracé de la route, toponymie des lieux-dits et structure générale de la berge. Lire Clachaloze, c'est ainsi comprendre comment le relief et le fleuve ont durablement façonné les circulations et les usages.

Le chemin de halage : l'infrastructure invisible

Les ports ne fonctionnent pas seuls. Les cartes anciennes (Cassini, puis état-major au début du XIXᵉ siècle) montrent clairement la présence d'un chemin continu le long de la Seine.

Carte de Cassini - Gommecourt et environs'
Carte de Cassini - Gommecourt et environs.


Ce chemin de halage permettait :

- de tirer les bateaux depuis la berge,
- de relier les ports entre eux
- d'assurer la continuité du trafic fluvial.

La route du bord de Seine : un tracé contraint

La route qui longe aujourd'hui la Seine à Clachaloze est souvent perçue comme une voie "naturelle". En réalité, son tracé est fortement contraint :

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La route de Clachaloze vue depuis La Roche-Guyon, au début du XXᵉ siècle.
Le tracé épouse le pied du coteau et domine la vallée alluviale de la Seine. Carte postale photographique, envoyée en 1915.
  • le coteau crayeux forme une barrière,
  • le fleuve occupe l'espace bas,
  • un seul couloir est praticable.

La route s'installe donc au pied du coteau, là où :

  • la pente est supportable,
  • le terrain est stable,
  • les ports sont accessibles.

Les cartes postales prises depuis La Roche-Guyon notamment, du milieu du XXe siècle pour les plus récentes, montrent un tracé déjà ancien, hérité des itinéraires antérieurs.

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La Grande Rue de Clachaloze, vers 1905
Cette vue colorisée montre la rue principale du hameau, étroite et bordée de murs en moellons. Un attelage avec charrette progresse dans la montée vers le plateau. Cette image illustre parfaitement les contraintes de circulation avant la rectification de la route des 13 virages (1892-1893) : pente raide, largeur limitée, revêtement sommaire. L'habitat dense s'accroche au coteau en arrière-plan.

Clachaloze face à la Seine industrielle

Au tournant du XXᵉ siècle, la Seine est une artère commerciale majeure. Des remorqueurs à vapeur tractent des convois de barges chargées de marchandises, charbon, matériaux de construction.

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La Seine industrielle face à Clachaloze
Cette carte postale prise depuis Freneuse montre un remorqueur à vapeur tractant des barges sur la Seine. En arrière-plan, la colline calcaire de Clachaloze domine la rive gauche. Cette image est essentielle : elle montre une Seine industrielle et marchande, animée par le trafic fluvial, face à une rive encore rurale et peu aménagée. Clachaloze n'est pas un centre industriel, mais il vit au contact direct de cette grande voie économique.
Les péniches à quai : un témoignage de 1909

Le 12 mai 1909, Le Petit Journal relate un fait divers tragique à Clachaloze : un marinier de 34 ans, Victor Esselin, atteint de fièvres paludéennes, s'était réfugié chez des parents habitant le hameau après avoir été abandonné par sa femme. Le lundi soir, "le marinier, dont la péniche était amarrée à quai de Clachaloze, s'est jeté à l'eau. Son corps a été retrouvé hier matin."

Au-delà du drame humain, cet article de presse apporte la preuve que les péniches s'amarraient encore régulièrement dans les ports de Clachaloze en 1909. Les mariniers connaissaient des habitants du hameau, y trouvaient refuge, et leurs bateaux restaient à quai plusieurs jours. L'activité fluviale n'était donc pas seulement de passage : elle tissait des liens durables entre la Seine et le hameau.

Source : Le Petit Journal, 12 mai 1909, Gallica BnF.

Les falaises habitées : carrières et habitat troglodytique

Le coteau calcaire de Clachaloze n'est pas seulement une contrainte topographique : il est aussi une ressource. Les habitants ont exploité la pierre calcaire et creusé des habitations directement dans la falaise.

Légendes et imaginaire populaire

Au début du XXᵉ siècle, les cartes postales touristiques présentaient ces grottes comme "l'habitation d'un Chef romain". Cette attribution aux Romains ou aux Gaulois était courante à l'époque pour expliquer les cavités anciennes dont on avait perdu la mémoire exacte.

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L'intérieur de la "caverne du chef romain"
Vue prise depuis l'intérieur d'une grotte, regardant vers la vallée de la Seine. Cette carte postale, légendée "qui fut jadis l'habitation d'un Chef romain", témoigne de l'imaginaire populaire du début du XXᵉ siècle. Les grottes anciennes étaient systématiquement attribuées aux Romains, aux Gaulois ou aux "chefs barbares", faute de connaissances archéologiques précises. La réalité est plus prosaïque : ces cavités servaient d'habitats, de caves ou de remises aux habitants de Clachaloze jusqu'au XIXᵉ siècle.

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Les "roches du chef romain" vues de l'extérieur
Cette carte postale colorisée montre les multiples ouvertures creusées dans la falaise calcaire. La légende romantique du "chef romain" permettait de valoriser touristiquement ces grottes ordinaires. En réalité, si une occupation antique du site est possible (la vallée de la Seine était densément peuplée à l'époque gallo-romaine), ces grottes ont surtout servi d'habitats et de remises agricoles du Moyen Âge au XIXᵉ siècle.

Y a-t-il vraiment eu une occupation antique ? La présence de "débris de colonnes romaines" mentionnée dans la chapelle disparue de Clachaloze suggère une occupation gallo-romaine du site. La vallée de la Seine était effectivement peuplée à cette époque, et les falaises calcaires offraient des abris naturels. Cependant, aucune fouille archéologique n'a documenté précisément l'occupation antique de ces grottes spécifiques.

L'habitat mixte : construire avec la roche

L'habitat troglodytique de Clachaloze ne se limitait pas à de simples cavernes. Les habitants avaient développé un habitat mixte combinant construction maçonnée et creusement dans la roche.

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Habitation mixte à Clachaloze, début XXᵉ siècle
Cette photographie remarquable montre le principe de l'**habitat mixte** : au premier plan, une construction maçonnée traditionnelle avec toit de tuiles ; en arrière-plan, la partie habitable creusée directement dans la falaise calcaire. Cette combinaison permettait d'économiser les matériaux de construction tout en gagnant de l'espace. La partie creusée servait généralement de cave fraîche, de remise ou de pièce de stockage, tandis que la partie construite abritait les pièces d'habitation principales. Ce type d'architecture vernaculaire, typique des vallées calcaires, a perduré jusqu'au début du XXᵉ siècle.

Cette solution ingénieuse présentait plusieurs avantages :

  • Économie de matériaux : seule la façade et le toit nécessitaient des matériaux de construction
  • Gain d'espace : le creusement dans la roche multipliait la surface habitable sans emprise au sol
  • Régulation thermique : la partie troglodytique bénéficiait d'une température stable (fraîche l'été, moins froide l'hiver)
  • Protection : l'adossement à la falaise protégeait des vents dominants

Les cartes postales du début du XXᵉ siècle montrent plusieurs ouvertures de cavernes et de carrières dans la paroi rocheuse. Certaines servaient de caves, d'autres d'habitats complémentaires ou de remises agricoles. Cet habitat troglodytique, typique des vallées calcaires, permettait de gagner de l'espace constructible dans le couloir étroit entre Seine et falaise.

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Les cavernes de Clachaloze, début XXᵉ siècle
La falaise calcaire montre plusieurs ouvertures de grottes et cavernes, témoins de l'exploitation de la pierre et de l'habitat troglodytique. Ces cavités, creusées de main d'homme dans la craie tendre, servaient de caves, remises ou espaces de stockage complémentaires aux maisons construites en contrebas. Au premier plan, une habitation modeste avec son jardin illustre l'occupation dense du site.

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Gommecourt (S.-et-O.) - Clachaloze - L'entrée du village et les grottes
Cette vue prise vers 1905 montre l'entrée du hameau avec un groupe d'habitants et d'enfants posant devant le photographe. À gauche, le mur de clôture longe la route étroite. En arrière-plan, les multiples ouvertures de grottes creusées dans la falaise témoignent de l'intense exploitation du coteau calcaire pour l'habitat et le stockage. La végétation colonise les parties supérieures de la falaise.
Les falaises habitées : un habitat précaire et dangereux
1848 : L'effondrement meurtrier
En février 1848, un effondrement dramatique rappela brutalement les risques de l'habitat creusé dans la craie. La Gazette nationale du 13 février relate l'événement :

"Un craquement épouvantable se fit entendre" au hameau de Clachaloze. D'énormes blocs de pierre, se détachant de la partie supérieure de la falaise, s'abattirent sur deux habitations occupées par sept personnes des familles Masse et Montfort. Six personnes furent extraites vivantes des décombres, "plus ou moins contusionnées". La septième victime, une jeune fille de dix-sept ans, sourde-muette de naissance, fut retrouvée morte, "la tête broyée et les membres fracassés".
L'article précise que "M. le procureur de la République s'est transporté sur les lieux pour faire une enquête" et constate la réalité de cet habitat troglodyte où "plusieurs maisons" étaient creusées dans la falaise.

Cet accident tragique témoigne de la fragilité de l'habitat troglodytique dans ces falaises de craie tendre, soumises à l'érosion et aux infiltrations d'eau. Le procureur de Mantes et le juge de paix de Bonnières ouvrirent immédiatement une enquête pour "en rechercher les causes".

1886 : Grange et écurie ensevelies
Trente-huit ans plus tard, le danger persiste. *L'Industriel de Saint-Germain-en-Laye* du 19 juin 1886 relate un nouvel effondrement à Gommecourt : "Le 8 juin dernier, vers 10 heures du soir, un rocher, qui a 50 mètres de hauteur, s'est écroulé sur une largeur de 100 mètres environ, ensevelissant un cheval, une vache et une très grande quantité de matériaux. Une grange et une écurie aménagées dans une excavation formée par ce rocher ont été détruites."
Le cheval fut "littéralement écrasé et réduit en miettes", tandis que la vache, restée au fond de l'étable, fut "retrouvée intacte après plusieurs heures de travail". Le journal attribue cet éboulement "aux pluies qui tombent sans cesse depuis quelque temps".

Un habitat multi-usage mais mortel
Ces deux faits divers, espacés de près de quarante ans, révèlent que les excavations dans la falaise servaient tant à l'habitation humaine (1848) qu'aux bâtiments agricoles (1886 : grange, écurie). Ils témoignent aussi de la précarité structurelle de ces habitats troglodytes : la craie tendre de la falaise, gorgée d'eau par les pluies répétées, se détachait par pans entiers, menaçant en permanence habitants et animaux. Malgré ces drames à répétition, l'habitat troglodyte persista à Clachaloze jusqu'au début du XXᵉ siècle, faute d'alternatives pour les populations les plus pauvres.

Sources : Gazette nationale* (Moniteur universel), 13 février 1848, Gallica BnF ; L'Industriel de Saint-Germain-en-Laye*, 19 juin 1886, Gallica BnF.

Dans la région, ces "boves" (terme local désignant les grottes creusées dans la craie) abritaient parfois des équipements collectifs. À Mousseaux-sur-Seine, le pressoir seigneurial était installé dans une caverne de 14 mètres de profondeur. À Clachaloze, certaines grottes servaient probablement de caves à vin, d'étables ou de remises.

Au-delà du fleuve : Clachaloze, hameau de Gommecourt

Si la Seine structure l'identité de Clachaloze, le hameau s'inscrit aussi dans une histoire administrative et seigneuriale qui remonte au Moyen Âge.

Un fief rattaché à La Roche-Guyon

Dès le début du XVᵉ siècle, les archives mentionnent "le fief de Clachaloze, paroisse de Gommecourt, mouvant de la Roche-Guyon". En 1404, ce fief appartenait aux Mauvoisin et relevait directement de la puissante seigneurie de La Roche-Guyon.

Cette dépendance féodale s'accompagnait d'un rattachement paroissial à Gommecourt : Clachaloze n'a jamais été une paroisse autonome. Les registres paroissiaux de 1692 le confirment : tous les baptêmes, mariages et inhumations des habitants de Clachaloze étaient enregistrés à Gommecourt, chef-lieu de la paroisse.

Il n'y avait pas de cimetière à Clachaloze. Les habitants participaient aux corvées communales de Gommecourt, notamment pour "faucher l'herbe de foin de la commune".

Les variantes orthographiques
Au fil des siècles, le nom du hameau a connu plusieurs graphies : Clachaloze (forme dominante au XIXᵉ siècle), Clachalose (avec "s", dans certains documents), et Clachalosse (attestée dans des dictionnaires du XIXᵉ siècle). Ces variations reflètent l'instabilité de l'orthographe des toponymes avant la standardisation administrative moderne.

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Clachaloze - Quartier de Crébante
Cette vue montre le quartier de Crébante, l'un des secteurs du hameau, avec son lavoir couvert au premier plan. Le hameau se structure en plusieurs quartiers dispersés le long de la route du bord de Seine. En arrière-plan, les habitations s'adossent au coteau boisé, tandis que les prairies occupent les terres alluviales. Cette organisation en quartiers distincts témoigne de la logique d'implantation dictée par le relief et les points d'accès à l'eau.

Un hameau viticole

Au XVIIIᵉ siècle, la viticulture dominait l'économie de Clachaloze. Comme l'ensemble des coteaux calcaires bien exposés de la vallée de la Seine, le hameau était avant tout un terroir viticole. Les pentes orientées au sud, appelées "côte droit" par les habitants, étaient particulièrement recherchées pour la vigne.

En 1789, les cahiers de doléances de Gommecourt témoignent de l'importance économique de cette culture : la vigne constituait la principale ressource du territoire communal. Les vignerons représentaient une part considérable de la population active, et la commercialisation du vin structurait les échanges avec Paris et les marchés régionaux.

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Clachaloze - Pierre fourchée du Val-la-Dame et vue sur le donjon de La Roche-Guyon
Cette vue spectaculaire, prise depuis les hauteurs du coteau, montre la "Pierre fourchée", curiosité géologique formée par l'érosion de la craie. Au second plan, les coteaux stratifiés portent encore les traces de l'ancien parcellaire viticole : lanières étroites perpendiculaires à la pente, terrasses abandonnées, végétation rase des pelouses calcaires qui ont succédé aux vignes. Au loin, le donjon de La Roche-Guyon rappelle le lien féodal entre Clachaloze et la puissante seigneurie voisine.

Les vignerons de Clachaloze étaient soumis au pressoir banal de la seigneurie de La Roche-Guyon : ils devaient "porter eux-mêmes leur vin" au pressoir seigneurial et payer une redevance pour ce service obligatoire. Cette contrainte figurait parmi les griefs exprimés dans les cahiers de doléances, où les habitants réclamaient plus de liberté dans l'exercice de leurs activités agricoles.

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infographie nterprétative d'un pressoir dans une grotte



Le pressoir de Clachaloze, mentionné dans les archives, était un équipement seigneurial majeur. À la fin du XIXᵉ siècle, ce pressoir fut démantelé et ses bois — du chêne durci par les siècles — furent recherchés par les ébénistes et menuisiers. Un document de 1920 évoque ainsi "le précieux cœur de chêne du défunt pressoir de Clachaloze", débité en planches pour la fabrication de meubles anciens.

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Le pressoir de Mousseaux : un modèle régional
Ce plan technique, relevé dans les années 1920 par le Bulletin de la Commission des antiquités de Seine-et-Oise, montre le pressoir de Mousseaux-sur-Seine, dernier pressoir banal intact de la région. Installé dans une "bove" (grotte creusée dans la falaise calcaire), il illustre le type d'équipement seigneurial qui existait à Clachaloze avant son démantèlement. La massive vis en chêne, les plateaux empilés et le système de pression témoignent de l'importance de la viticulture locale jusqu'au milieu du XIXᵉ siècle. Les dimensions considérables de ces installations — la tour du pressoir de Jeufosse mesurait 6 mètres de diamètre intérieur — expliquent la valeur des bois récupérés lors de leur démantèlement.

Au tournant du XXᵉ siècle, la vigne avait pratiquement disparu du paysage de Clachaloze. Les anciens coteaux viticoles furent progressivement colonisés par les pelouses calcaires, tandis que les pressoirs — devenus inutiles — furent démontés et leurs matériaux réemployés.

Pour aller plus loin
Les pelouses calcaires qui ont succédé aux vignes constituent aujourd'hui un patrimoine naturel exceptionnel. Découvrez leur histoire et leur biodiversité dans l'article Les pelouses calcaires de la vallée de la Seine.

Le déclin brutal de la viticulture

À partir du milieu du XIXᵉ siècle, la viticulture locale connut un déclin dramatique. Trois facteurs convergèrent pour faire disparaître cette culture séculaire :

  • Les gelées printanières répétées détruisirent les jeunes pousses et compromettaient les récoltes
  • Les maladies cryptogamiques (oïdium dans les années 1850, puis mildiou) affaiblirent progressivement les ceps
  • Le phylloxéra, insecte ravageur apparu en France dans les années 1860, anéantit définitivement les vignobles locaux non greffés

Les tentatives de replantation "en remplacement de la vigne" s'avérèrent peu rentables : les nouveaux cépages greffés sur porte-greffes américains résistants produisaient moins, et la concurrence des grands vignobles méridionaux rendait l'exploitation locale non compétitive.

En 1890, la production de vin pour l'ensemble de la commune de Gommecourt (incluant Clachaloze) n'était plus que de 450 hectolitres, soit "en forte baisse" selon la monographie communale. Quelques décennies plus tôt, la production se comptait en milliers d'hectolitres.

Au tournant du XXᵉ siècle, la vigne avait pratiquement disparu du paysage de Clachaloze. Les anciens coteaux viticoles furent progressivement colonisés par les pelouses calcaires, tandis que les pressoirs — devenus inutiles — furent démontés et leurs matériaux réemployés.

Pour aller plus loin
L'importance de la viticulture à Gommecourt et Clachaloze en 1789, ainsi que les revendications des vignerons dans les cahiers de doléances, sont détaillées dans l'article Gommecourt et la période révolutionnaire.

La chapelle disparue de Clachaloze

Au pied des falaises calcaires, entre les rochers et le fleuve, s'élevait autrefois une chapelle dont la mémoire hante encore les documents d'archives.

Un monument roman énigmatique

La chapelle de Clachaloze était probablement de construction romane. Les visiteurs du XVIIIᵉ siècle y remarquaient des "débris de colonnes romaines" — témoins soit d'un réemploi de matériaux antiques, soit d'une ancienne construction gallo-romaine sur le même site.

L'édifice mesurait environ 9 mètres de longueur. Son élément le plus remarquable était une longue inscription gothique gravée dans le chœur, qui relatait "un combat et souvenir du roi saint, roi d'Angleterre". Cette inscription, encore lisible au XVIIIᵉ siècle, évoquait probablement les conflits franco-anglais du Moyen Âge, peut-être un épisode de la guerre de Cent Ans.

La chapelle possédait quelques fresques, des pierres tombales et servait d'annexe à la paroisse de Gommecourt. Les curés qui la desservaient portaient le titre de "vicaires de Clachaloze".

Vente révolutionnaire et démantèlement

Pendant la Révolution, la chapelle fut saisie comme bien national. Le dernier vicaire, Jean-Antoine Lefumi, fut assassiné à Versailles le 1ᵉʳ janvier 1793, dans des circonstances tragiques liées aux troubles révolutionnaires.

La chapelle fut mise en vente par l'administration centrale du département de Seine-et-Oise. Une première adjudication, le 7 floréal an III (1795), échoua malgré une mise à prix de 1200 francs. Le 28 floréal, une nouvelle tentative aboutit à la vente pour environ 2500 francs au citoyen Joseph Bourbon de Versailles.

Le bien changea encore de mains en 1816 : les ruines et terrains furent revendus pour 506 francs à Michel Aimé Traay, menuisier à Clachaloze, qui construisit une maison d'habitation sur l'emplacement.

Vestiges réemployés

De la chapelle démembrée subsistent quelques traces dispersées :

  • Un chapiteau de pierre de 4,50 mètres fut récupéré et réutilisé à Gommecourt comme support pour une pompe en fonte adossée à un puits public. Ce chapiteau monumental témoigne de l'ampleur architecturale de l'édifice disparu.

  • D'autres pierres de taille demeuraient visibles dans la cour de la propriété Traay à la fin du XIXᵉ siècle.

  • Quelques dalles et fragments architecturaux furent dispersés dans des propriétés privées de Gommecourt et Clachaloze.

La chapelle de Clachaloze rejoint ainsi la longue liste des petits sanctuaires ruraux disparus à la Révolution — monuments modestes mais porteurs d'une mémoire locale aujourd'hui fragmentée.
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Colonne de la chapelle de Clachaloze réemployée comme support de pompe

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Vue rapprochée de la pompe en fonte adossée au chapiteau
Le chapiteau devenu pompe à eau
Unique vestige monumental de la chapelle romane de Clachaloze, cette **colonne cylindrique en pierre de 4,50 mètres** a été réemployée au village de Gommecourt comme support pour une **pompe en fonte**. Située **rue de l'Eau**, elle permettait aux habitants de puiser l'eau du puits communal à environ dix mètres de profondeur. Ce réemploi pragmatique illustre le sort habituel des édifices religieux vendus comme biens nationaux à la Révolution : leurs matériaux, souvent de belle qualité, étaient récupérés et réutilisés dans de nouvelles constructions. Le panneau **"EAU POTABLE"** rappelle que ce puits a servi jusqu'à une époque récente. Du puits à la pompe : À l'origine, le puits était équipé d'un système de seau et corde. La pompe en fonte, ajoutée au XIXᵉ ou début XXᵉ siècle, représentait une amélioration technique majeure : un mécanisme à piston permettait de remonter l'eau plus facilement et plus hygiéniquement. Le chapiteau de la chapelle, massif et stable, offrait un support idéal pour fixer la pompe. Aujourd'hui, cette colonne demeure le seul témoin visible de la chapelle disparue, transformée en élément du petit patrimoine hydraulique communal.

La "route des 13 virages" : un exploit d'ingénierie

La relation entre Gommecourt (sur le plateau) et Clachaloze (au bord de la Seine) a longtemps posé un défi logistique majeur : comment descendre et remonter une dénivelée de plus de 120 mètres sur des pentes crayeuses abruptes ?

L'ancien chemin : un obstacle permanent

Jusqu'en 1892, l'ancien chemin vicinal reliant les deux localités était "assez long, la pente était rapide et la côte de Clachaloze se rendait impraticable aux fortes charges". Les paysans devaient faire un détour par La Roche-Guyon pour transporter récoltes et engrais entre le plateau et le hameau.

Ce handicap ralentissait l'économie locale et isolait partiellement Clachaloze.

La rectification de 1892-1893

En 1892 et 1893, la municipalité fit réaliser une rectification majeure du chemin vicinal n°3. Les travaux donnèrent naissance à ce qui est aujourd'hui connu des cyclistes comme la "route des 13 virages".

La monographie communale de 1899 décrit avec enthousiasme cette réalisation :

"ce nouveau tracé est une superbe route qui dessert de longs intervalles dans les vallons, tantôt plongeant au fond de ces vallons, tantôt s'élevant au-dessus du rocher par une rampe hardie."

Le tracé serpente dans les combes, épouse les courbes de niveau, et ménage une pente supportable par les attelages chargés.

Grâce à cette infrastructure, "les transports se font maintenant facilement" : Clachaloze cesse d'être un cul-de-sac logistique et s'intègre mieux au territoire communal.

La route des 13 virages aujourd'hui
Aujourd'hui, cette route est devenue une référence pour les cyclistes amateurs qui apprécient son caractère sportif et ses vues spectaculaires sur la vallée de la Seine. Les virages en épingle, taillés dans le coteau calcaire, témoignent de l'ingénierie routière de la fin du XIXᵉ siècle et illustrent l'importance accordée au désenclavement des hameaux ruraux sous la IIIᵉ République.

1870 : la guerre et ses traces

La guerre franco-prussienne de 1870-1871 n'épargna pas Clachaloze. Comme l'ensemble de la vallée de la Seine, le hameau connut l'occupation prussienne et ses conséquences sur la vie quotidienne : réquisitions, passages de troupes, destructions.

Les habitants de Clachaloze, rattachés à la commune de Gommecourt, subirent les mêmes épreuves que leurs voisins du plateau. Les témoignages de l'époque décrivent un territoire occupé pendant plusieurs mois, avec son lot de craintes et de privations.

Pour aller plus loin
L'impact de la guerre de 1870 sur Gommecourt et ses hameaux, les événements marquants de l'occupation prussienne et les témoignages des habitants sont détaillés dans l'article 1870 : les Prussiens à Gommecourt.

Disparition des usages, persistance du paysage

Au cours du XXᵉ siècle :

  • le halage disparaît,
  • la navigation se motorise,
  • les routes deviennent automobiles,
  • les ports cessent d'être utilisés.

Les ports disparaissent physiquement, mais leurs noms demeurent. La route suit toujours le même tracé, le chemin de halage survit parfois sous forme de cheminement.

Le paysage actuel est un paysage hérité.

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Panorama depuis la Roche-Guyon vers Clachaloze, vers 1920
Cette carte postale, prise depuis les hauteurs de La Roche-Guyon, montre une Seine encore large, sinueuse et peu contrainte, occupant une part importante du fond de vallée. Les bras secondaires et zones humides sont visibles, traduisant un fleuve vivant, aux rives mobiles et saisonnières. Aujourd'hui, le cours apparaît plus étroit et plus rectiligne, conséquence des endiguements et de la régulation hydraulique du XXᵉ siècle. La vallée reste ouverte, mais le fleuve a perdu une partie de sa complexité paysagère. Cette image illustre le passage d'une Seine "naturelle et travaillée" à une Seine "canalisée et stabilisée".

Clachaloze, un palimpseste paysager

Clachaloze se lit aujourd'hui comme un palimpseste — ces parchemins anciens sur lesquels plusieurs textes se superposent.

Le fleuve a structuré le hameau : ses ports, son chemin de halage, sa route contrainte par le relief. Mais d'autres strates affleurent :

  • Les coteaux viticoles aujourd'hui protégés comme pelouses calcaires (Réserve Naturelle Nationale),
  • Les grottes et carrières creusées dans la falaise, témoins de l'habitat troglodytique,
  • La route des 13 virages qui relie toujours le plateau au bord de Seine,
  • Les toponymes (Port au Roi, Port de la Croix, Port Saint-Fiacre) qui gardent la mémoire d'usages disparus,
  • Le chapiteau de la chapelle réemployé comme colonne de puits à Gommecourt,
  • Les falaises crayeuses habitées autrefois, aujourd'hui sanctuaires de biodiversité.

Comprendre Clachaloze, c'est accepter cette superposition de temporalités : un site fluvial médiéval devenu hameau viticole prospère au XVIIIᵉ siècle, éprouvé par la guerre de 1870, confronté au déclin brutal de la vigne et à l'effondrement de son économie traditionnelle, puis point d'ancrage d'une navigation industrielle, aujourd'hui hameau résidentiel au cœur d'une réserve naturelle, face à un fleuve domestiqué. Les anciens coteaux viticoles, devenus pelouses calcaires protégées, côtoient aujourd'hui les cultures céréalières qui ont remplacé la vigne dans les zones cultivables du plateau.

Les usages ont disparu. Le paysage, lui, demeure — transformé, réinterprété, mais porteur d'une histoire qu'il suffit de savoir lire.


Sources
  • Monographie communale de R. Bonnevoye, instituteur, Archives départementales des Yvelines, 1899.
  • Monographie de Paul Aubert (1863-1949), J 3211/8 [7], Archives départementales des Yvelines.
  • Cahier des plaintes, doléances et représentations de Gommecourt (1789), Mémoires de la Société historique et archéologique de Pontoise, du Val-d'Oise et du Vexin, tome LXXXII, 1988, Gallica BnF.
  • Mémoires de la Société historique et archéologique de Pontoise, du Val-d'Oise et du Vexin (pour le fief de Clachaloze, XVᵉ siècle), Gallica BnF.
  • Bulletin de la Commission des antiquités et des arts de Seine-et-Oise (pour le pressoir de Clachaloze et le pressoir de Mousseaux), Gallica BnF.
  • Paris et ses environs, dictionnaire géographique par Edme-Théodore Bourg (pour la variante "Clachalosse"), Gallica BnF.
  • Le Petit Journal, 12 mai 1909 (fait divers du marinier Victor Esselin), Gallica BnF.